Le gouvernement chinois parvient à dissuader les éditeurs de publier des livres politiques

Camille Cornu - 14.01.2016

Edition - International - Chine Hong Kong - éditeurs libraires - the mighty current


Un éditeur de Hong Kong a décidé de suspendre la parution d'un livre critiquant le gouvernement chinois. Dans le même groupe spécialisé dans les livres politiques dissidents, The Mighty Current, cinq employés ont déjà disparu récemment. L'auteur Yu Jie a annoncé mardi au Hong Kong Free Press que sous la pression, son éditeur  avait préféré annulé la sortie du livre. 

 

Yu Jie, CC BY 2.0

 

 

L'auteur, Yu Jie, vit aux USA et a signé une trentaine de titres, dont certains avaient déjà été censurés en Chine. Il avait publié en 2014 un livre critiquant Xi Jinping, China's Godfather. Il a reçu le 3 janvier un mail de Jin Zhong, rédacteur en chef du magazine Open, lui annonçant que la sortie de son prochain livre, Xi Jinping’s Nightmare, était suspendue : 

 

« La difficulté de publier des livres politiques à Hong Kong est déjà sur le devant de la scène internationale. Les gens de l'industrie ressentent beaucoup de peur et de pression; ils veulent rester en dehors des conflits pour ne pas être les prochains à disparaître. J'ai reçu beaucoup d'appels d'amis et de famille qui ont tenté de m'en persuader. Pour toutes ces raisons, nous avons décidé de suspendre la publication de vos travaux. [...] Je vous demande sincèrement de comprendre. Nous avons publié China's Godfather, XI Jinping, mais les circonstances ont changé, et je ne suis pas capable de faire face à ces énormes conséquences. »

 

Yu s'est montré compréhensif face aux craintes des éditeurs. Il a contacté « cinq ou six » éditeurs de Hong-Kong, tous ayant refusé de se charger de publier le livre. Il sera finalement publié fin février à Taiwan, qu'il a qualifié de « dernier phare de la liberté d'édition pour une société chinoise éthique ». Il s'est dit peu optimiste quant à la possibilité que son livre, une fois publié, soit présent dans les librairies de Hong Kong. 

 

La semaine dernière, une importante chaîne de libraire chinoise, Page One, avait retiré de ses étagères tous les livres politiquement sensibles. Plusieurs éditeurs et libraires avaient disparu récemment, et la dernière en date, celle de Lee Bo, avait fortement confirmé les soupçons pesant sur le gouvernement chinois d'être responsable de ces enlèvements. Une manifestation avait bien été tentée en réponse à cette radicalisation du gouvernement contre la liberté d'expression, mais peu de personnes avaient osé manifester publiquement leur soutien. 

 

L'association des libraires américains (ABA), l'association des éditeurs américains (APA), l’Authors Guild (AG), la fédération des libraires internationaux et européens (EIBF) et le PEN American Center ont publié la semaine dernière un communiqué sur ces disparitions : 

 

« ABA, AAP, AG, EIBF et le PEN demandent au gouvernement chinois de s'expliquer sur la disparition des libraires de Hong Kong. S'ils sont en garde à vue, nous appelons à leur remise en liberté immédiate. Quand la Grande-Bretagne a laissé le contrôle de Hong Kong en 1997, la Chine avait promis d'y protéger la liberté de presse pendant cinquante ans. Les enlèvements sommaires de personnes engagées dans la publication et la vente de livres seraient une très sérieuse violation de la liberté de presse, et auraient des effets désastreux sur la liberté d'expression à Hong Kong. »