Turquie : Orhan Pamuk dénonce le "calcul" politique d'Erdogan

Camille Cornu - 12.10.2015

Edition - Société - Orhan Pamuk Erdogan - attentat Ankara Turquie - Prix Nobel littérature


Suite à l’attentat d’Ankara du samedi 10 octobre, le Nobel de littérature 2006 Orhan Pamuk donnait une interview au quotidien Italien La Repubblica, critiquant ouvertement le président Turc Erdogan qu’il accuse de « calcul » envers le PKK, parti des rebelles kurdes.

 

Orhan Pamuk by David Shankbone 2009 NYC

Orhan Pamuk (David Shankbone, CC BY 2.0)

 

 

Samedi se produisait l’attentat le plus meurtrier de l’histoire de la République turque. Lors d’un rassemblement appelant à la paix entre l’armée turque et les rebelles du PKK, au moins 95 personnes ont été tuées. Cet attentat ressemble de très près à celui du 5 juin, soit deux jours avant les élections législatives qui firent perdre à l’AKP, le parti du président Erdogan, la majorité qu’il détenait depuis 2002. 

 

Le parti d'opposition du Parti démocratique des peuples (HDP), visé par l'attentat du 5 juin qui avait eu lieu au cours d'un de ses meetings, était devenu un rival du parti au pouvoir. Après l'échec électoral de l'AKP, le président avait convoqué de nouvelles élections, prévues pour le 1er novembre. 

 

Une reprise du conflit kurde dans un contexte électoral

 

Suite à cet attentat du 10 octobre, le parti au pouvoir accuse le HDP de vouloir de nouveau remporter des voix, ainsi que de complicité avec le PKK, et en a profité pour bombarder, dans la nuit de samedi à dimanche, des positions kurdes à la frontière avec l’Irak ainsi qu’au sud-est de la Turquie, alors même que le PKK avait appelé à un cessez-le-feu jusqu’aux élections. 

 

Dans ce contexte électoral, chaque parti s’accuse mutuellement, et l’écrivain Orhan Pamuk a pris position publiquement dans le quotidien La Repubblica. Interrogé depuis New York, il estime que « la défaite électorale a rendu Erdogan furieux », les Kurdes « ne lui ayant pas fait confiance en votant pour son projet de République présidentielle ».

 

Certains opposants n'hésitent pas à accuser le gouvernement d'avoir orchestré cet attentat, afin de mieux l'attribuer au parti kurde. Sans aller si loin, le HDP accuse Erdogan de n'avoir délibérément pas assuré la protection de la manifestation. Sept chaînes de télévision connues pour leurs critiques envers le gouvernement ont brusquement été interdites d’émettre vendredi 9 octobre.

 

Orhan Pamuk dénonce alors un « calcul » de la part d’Erdogan : « D'abord, il n'a pas voulu faire partie de la coalition internationale qui combat le califat islamique. Puis, il a accepté de faire ce que lui demandaient les Américains. Mais, en même temps que le califat, il s'est mis à bombarder les Kurdes. » 

 

Avec l’opposition, Pamuk accuse Erdogan de vouloir attiser le conflit kurde, afin d’attirer à lui l’électorat nationaliste. « La nouvelle de l'attentat m'a brisé le cœur. J'ai réagi en disant que tous les Turcs libéraux, les démocrates, les laïcs, sont avec les Kurdes et sympathisent avec eux, parce que ce peuple veut la paix », ajoute-t-il. 

 

(La Repubblica, Le Point)