Le gouvernement turc fait fermer 29 maisons d'édition

Antoine Oury - 01.08.2016

Edition - International - Recep Tayyip Erdogan livre - édition Turquie - Turkish Publishers Association


Dans la nuit du 15 au 16 juillet, Ankara et Istanbul ont assisté à une tentative de coup d'État revendiquée par le « Conseil de la paix dans le pays », émanation des Forces armées turques. Le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan a immédiatement mené une campagne de représailles à base d'état d'urgence, d'emprisonnements et de fermetures administratives. Un décret daté du 27 juillet ordonne ainsi la fermeture de 29 maisons d'édition.

 

A Statesman’s Forum with H.E. Recep Tayyip Erdoğan, Prime Minister of Turkey

Recep Tayyip Erdoğan, en 2013 (Brookings Institution, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

L'inquiétude est de mise en Turquie, alors qu'un décret du gouvernement portant sur « des mesures nécessaires en raison de l'état d'urgence et des régulations relatives aux institutions » a conduit à la fermeture de 29 maisons d'édition, sans qu'aucune justification ne soit fournie.

 

La Turkish Publishers Association (TPA), association des éditeurs turcs, s'inquiète des faillites potentielles que ces fermetures administratives pourraient faire encourir aux maisons. « La TPA a immédiatement condamné le coup d'État et toute atteinte à la démocratie. La TPA condamne cet assaut envers la démocratie parlementaire, le gouvernement et les citoyens, et nos pensées vont aux familles et aux proches des citoyens, journalistes et forces de sécurité tués lors de ce coup d'État », rappelle l'organisation dans un communiqué.

 

Le dernier bilan officiel du putsch manqué faisait état de 350 morts, dont 179 civils, et de près de 1500 blessés.

 

Économiquement dangereux, moralement incompréhensible

 

Après ces précautions, la TPA réagit au décret du 27 juillet dernier : « La fermeture de 29 maisons d'édition, voire d'autres dans un avenir proche, représente un risque de violation des droits de l'homme, de mise à mal de la liberté de pensée et d'expression, mais aussi des pertes morales et financières irremplaçables », souligne l'organisation.

 

En effet, selon le décret, toutes les possessions et tous les documents des maisons d'édition ont été saisis par la Direction générale du Trésor, « qui n'est pas responsable pour les sommes dues par ces maisons ».

 

Autrement dit, l'activité est définitivement suspendue, ce qui fait craindre à la TPA de nombreuses faillites. Au sein des maisons, mais aussi de la chaîne du livre tout entière : « Un certain nombre de sociétés annexes, comme les imprimeurs, les relieurs ou les distributeurs, pourraient aussi se retrouver en faillite. »

 

Évidemment, les employés des maisons, mais aussi les auteurs et traducteurs, sont également cités par la TPA parmi les potentielles victimes du décret gouvernemental.

 

Les représailles au coup d'État raté, que le gouvernement turc attribue aux fidèles de l'opposant politique Fethullah Gülen, ont lieu depuis deux semaines, avec des conséquences sur toute la Turquie. Depuis le 16 juillet, 3 agences de presse, 16 chaînes de télévision, 23 stations de radio, 45 titres de presse et 15 magazines ont été fermés par le gouvernement.

 

Inutile de souligner qu'un tel bilan laisse craindre une reprise en main musclée du pays par Erdogan, avec l'élimination de tous discours contraires au sien. Dès le mois de novembre 2015, le président turc avait suspendu les activités d'un groupe éditorial, Kaynak Holding, en les accusant de dissimuler des financements destinés à l'Organisation Terroriste Guleniste (FETO), rattachée à Fethullah Gülen.

 

 

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