medias

Le Grand Paris entrainerait la fermeture de deux bibliothèques à Sevran

Clément Solym - 23.02.2017

Edition - Bibliothèques - bibliothèques Sevran travaux - Grand Paris bibliothèques - fermeture bibliothèques travaux


Les personnels des bibliothèques de Sevran le constatent : depuis plusieurs mois, un sous-effectif structurel sévit. Non-remplacement de postes, baisse des dotations, les causes sont connues. Mais la publication d’un document, Sevran Terre d’Avenir, sème le doute quant à l’avenir des deux plus importantes structures.

 

 

 

C’est un « schéma directeur », communiqué en septembre dernier, qui inquiète. Ce dernier « fixe la vision urbaine pour le territoire sevranais », dans un « travail partenarial avec la Ville et ses services ». Problème : nulle part dans cette synthèse, les établissements Albert Camus et Marguerite Yourcenar, les deux plus importantes bibliothèques, n’apparaissent.

 

Situés respectivement dans le Quartier de la gare et le Quartier Urban, les actuelles bibliothèques semblent tout simplement éclipsées. Dans le cas d’Albert Camus, on trouve le terme « Espace de proximité », pour Marguerite Yourcenar, on signale un « équipement ».

 

Dans le redéploiement qu’entraîneraient les travaux liés au Grand Paris, on évoque la création de Fab Lab, ou encore des Idea Stores, un concept mêlant service de bibliothèque, d’étude et d’information. « Ce sont pourtant des problématiques qui touchent les personnels des bibliothèques : pourquoi ne pas nous tenir informés ? De cette manière, nous serions presque exclus des aménagements », explique-t-on.

 

Alors que les travaux doivent débuter à la rentrée 2017, les personnels ont multiplié les questions à l’attention de la mairie, des élus, et des adjoints. Mais pour l’instant « c’est un mutisme complet : on nous répond que nous sommes paranoïaques ! »

 

Et de poursuivre : « Ces deux structures sont implantées sur des zones qui seront totalement remodelées dans le cadre du Grand Paris Express. Les travaux démarrent dès septembre aux abords de la bibliothèque Albert Camus et nous déplorons qu’aucune disposition n’ait été prise à ce jour par nos tutelles pour assurer le bon fonctionnement du service durant cette période. »

 

Dans le même temps, on pointe « la vétusté de structures dont l’entretien n’est plus assuré depuis quelques années. Nous ne sommes donc plus en mesure de garantir la continuité d’un service public de qualité ». D’autant que les usagers commencent à se préoccuper eux-mêmes de savoir ce qu’il adviendra de ces lieux.

 

« La ville a été abondamment qualifiée de “désert culturel” par la presse nationale lors de l’inauguration de la microfolie au sein du quartier des Beaudottes sans que cette description peu élogieuse ne provoque de droit de réponse de la part de la municipalité pour soutenir les services culturels (Conservatoire, Arts plastiques, festival des rêveurs éveillés, théâtre à domicile, bibliothèques). Si Sevran est vraiment un désert culturel qu’il importe de faire reverdir, ce n’est pas en fermant deux bibliothèques qu’on s’engage dans cette voie... »

 

 

Crise de la lecture publique ?

 

Une grève des personnels est d’ores et déjà prévue pour le 1er mars. « La possibilité d’envisager la fermeture de deux bibliothèques dans une des villes les plus pauvres du 93, après les fermetures d’équipement à Grenoble, est la traduction des premiers développements d’une crise plus générale de la lecture publique », poursuit un interlocuteur.

 

L’Association des Bibliothécaires de France a fait savoir qu’elle suivait ce développement avec attention. L’ABF insiste sur le devenir de la Bibliothèque Albert Camus, tête de réseau, et la bibliothèque Marguerite Yourcenar, située en Zone d’Éducation Prioritaire.

 

Et de déplorer qu’« aucune réponse claire n’a été obtenue à ce jour, tant sur le devenir du réseau que sur le futur projet de lecture publique sevranais ». Pour l’ABF, cette situation devient emblématique de projets constatés dans de nombreuses collectivités.

 

Or, « le besoin d’information des équipes de terrain confrontées aux incertitudes et rumeurs en tous genres, et la nécessaire concertation avec les professionnels des bibliothèques afin qu’ils puissent apporter leur expertise et devenir les acteurs des nouvelles orientations politiques » sont essentiels.

 

Alors que sévissent une recomposition territoriale et la réduction des moyens budgétaires, l’ABF tire la sonnette d’alarme. « Les élus et les pouvoirs publics [doivent] continuer à garantir l’égalité d’accès de tous les citoyens à la culture et à l’information dans tous les territoires. »

 

Le schéma directeur publié indique précisément qu’il s’agit d’un « document évolutif. Il n’est pas un plan figé ». Mais il précise également dessiner « une image directrice à la fois concrète et prospective, réaliste et ambitieuse ». Faire disparaître des bibliothèques ? Belle ambition...

 

Pour l’heure, la mairie n’a pas encore répondu à nos demandes.