Le grand projet de Mitterrand pour la BPI tourne au préavis de grève

Clément Solym - 25.09.2012

Edition - Bibliothèques - BPI - Frédéric Mitterrand - bibliothèque


Information ActuaLitté : La situation est complexe aujourd'hui pour la BPI, qui depuis 2010 obéit à une logique nouvelle, décidée par le ministre de l'époque, Frédéric Mitterrand. Ce dernier avait en effet conçu un grand projet, d'accompagnement dans l'évolution de la lecture, à notre époque. Une lettre de mission était partie de la rue de Valois, accompagnée par la nomination de Patrick Bazin, en 2010, à la tête de l'établissement. Simplement, deux ans plus tard, les équipes sont sur les rotules...

 

 

Studying at the Centre Pompidou Library

richpompetti (CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Le projet avait quelque chose de noble : renouer avec la lecture, être plus en relation avec les attentes des lecteurs mais également remettre la dimension informative au coeur de la BPI. Sauf que le ministre avait formulé, entre temps, d'autres projets, comme celui d'aller chercher de nouveaux lecteurs, et d'attirer d'autres publics que celui des étudiants. 

 

Mais deux ans plus tard, la lassitude, les paradoxes et les contradictions fatiguent les employés. Dans un tract diffusé à l'attention des lecteurs, l'intersyndicale explique la situation : 

 

Depuis 2 ans, un nouveau projet de réaménagement complet de la Bibliothèque publique d'information a été lancé. En juillet, 2010 un nouveau directeur est arrivé pour réaliser cette oeuvre. Dans ce projet, des modernisations prévues semblaient positives et nécessaires. Mais la réalisation se faisait à surface égale (en m2), il apparaît que les nouveaux services créés, le seront au détriment de services et des collections déjà existants. 

 

Deux ans, pas tout à fait : une grosse année et demie, en fait. Mais les problématiques n'en sont pas moins réelles. « Non seulement nous sommes quasiment certains que le Budget pour la mise en place de ce projet n'arrivera jamais, mais il nous faut également composer avec les décisions de la direction, qui a décidé de bouleverser l'organigramme, de créer des services, d'en fermer d'autres, pour anticiper la mise en place de ce nouveau projet, tout en ayant l'obligation d'assurer et gérer notre activité quotidienne », nous précisent des salariés. 

 

Et de poursuivre :

Alors que la direction est accaparée par le projet, le personnel présent constate que le fonctionnement quotidien est négligé. Plusieurs témoignages nous apprennent que cette remarque est partagée par le public de la bibliothèque. De nombreuses interventions ont porté sur le délabrement, le délitement et les dégradations perçus au niveau du bâtiment, comme au niveau des relations de travail et d'une baisse de la qualité des collections. Le personnel a l'impression que des missions qui faisaient la réputation de la BPI au niveau national ( mission handicap, autoformation, coopération...etc.)   sont délaissées au profit de la volonté de transformer l'établissement en une simple salle d'espace culturel, où l'on trouverait parfois des livres...

 

 

Un couac dans la com'

Daniel Guérin, chargé des

affaires sociales s'est pris

les pieds dans le tapis.

En refusant de rencontrer

les grévistes, suite à leur

dépôt de préavis, il a 

provoqué l'envoi d'une

lettre adressée à la ministre

de la Culture.

Un courrier de plainte, bien

entendu, où les syndicats

dénoncent la situation de la

Bpi, au quotidien.

 Ainsi, la BPI accueillerait des salons-conférences, des séances de lecture publique, supprimant les tables de travail - esssentielles pour les étudiants, attendu que les ouvrages ne peuvent pas sortir de l'établissement. Des tables en moins, mais pas les chaises : il faut bien trouver à s'asseoir pour écouter... De même, les collections n'étaient plus organisées par cote, mais thématiques, et l'on retrouvait ainsi, au rayon savoir pratique la médecine, le droit, l'économie... et probablement d'autres choses.


Une situation de tension, doublée d'une incapacité à communiquer en interne avec la direction, mais également avec le ministère de tutelle. « L'intersyndical de la BPI devait être reçu demain à 16h au ministère, mais la grève ayant été votée en Assemblée générale, le ministère et plus particulièrement Daniel Guérin a refusé de nous recevoir si on faisait grève puis, après qu'on lui a de nouveau écrit, a finalement accepté de nous recevoir vendredi 28 septembre à 16h », nous précisent les salariés. (voir notre encadré)

 

Aujourd'hui, les syndicats réclament que l'Inspection générale des bibliothèques viennent constater par elle-même la dégradation de la situation - attendu que même le ministère de la Culture semble difficilement comprendre les enjeux pour l'avenir de l'établissement. 

 

La grève est donc lancée pour demain, avec plusieurs points d'accroche : 

 

- 20 postes non pourvus dans le nouvel organigramme + départs à la retraite anticipés + demandes de mutation,

- la redistribution des postes suite au mouvement interne qui déshabille

les services de production (collections, autoformation) au profit des services-projets, 

- le manque d'information et de clarté sur le projet lui-même et la réalité des moyens existants pour le mener à bien.

 

Un rassemblement doit avoir lieu à 16h, demain, devant le ministère de la Culture.