Le groupe Pearson, accusé d'être mauvais payeur, se sort d'un procès

Antoine Oury - 03.04.2017

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L'éditeur Pearson, spécialisé dans les manuels scolaires et les contenus pédagogiques, vient d'échapper à un procès de grande ampleur : deux auteurs avaient porté plainte en 2014 pour des paiements de droits qu'ils jugeaient inférieurs à ce que l'éditeur gagnait avec leurs ouvrages. Les prix des manuels sont en forte hausse, expliquaient les auteurs, sans que cette inflation n'ait d'effet sur leur compte en banque...

 

K-8 School Library Shelves

(photo d'illustration, Terry McCombs, CC BY-NC 2.0)

 

 

Si la santé financière du groupe ne semble plus convenir à ses actionnaires, Pearson reste l'un des grands noms de l'édition scolaire, voire de l'édition tout court, à l'international. Selon les derniers rapports financiers, le groupe affiche 4,45 milliards £ de revenus en 2016 – + 2 % –, avec un bénéfice d’exploitation de 635 millions £ – en recul de 8 %.

 

Sans aucun doute, la stratégie de l'éditeur devra être revue, mais Pearson vient d'éviter un procès intenté par deux auteurs américains, Lawrence J. Gitman et Michael D. Joehnk, des professeurs d'économie qui avaient signé plusieurs manuels sur la finance. Ils accusaient le groupe, et plus particulièrement sa filiale Pearson Education, de n'avoir pas correctement procédé au paiement de leurs droits d'auteurs sur ces manuels.

 

En octobre 2014, Gitman et Joehnk mettaient en avant le fait que les prix des manuels scolaires avaient subi une forte inflation — de 140 % entre 2000 et 2011 pour leur seul ouvrage Fundamentals of Investing —, sans que celle-ci ne soit répercutée sur leurs paiements, qui étaient restés « virtuellement stables ». Les prix des manuels scolaires restent très élevés aux États-Unis, si bien que même le rappeur Kanye West s'en était inquiété.

 

Le juge de la Cour de New York George Daniels avait validé la plainte, et même la possibilité pour celle-ci d'être transformée en class action, pour que d'autres auteurs puissent aussi attaquer Pearson Education sur ces pratiques, qui devaient être examinées par une enquête. Le juge avait seulement débouté les professeurs de leur plainte contre Pearson et les filiales Pearson PLC et Pearson Inc., tandis que Pearson Education devait répondre aux accusations.

 

Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort...

 

La transformation de la plainte en class action aurait pu faire entrer d'autres auteurs, et donc d'autres plaignants, au tribunal, avec de nouveaux dédommagements pour Pearson Education en cas de condamnation. Gitman et Joehnk réclamaient 470.000 $ de droits impayés. Les avocats de Pearson eux-mêmes avouaient que la class action aurait pu mener sur des plaintes de « dizaines de milliers d'auteurs ».

 

Dans leur réponse à la plainte, ils soulignaient que la class action était irrecevable en raison des différences au sein des contrats signés entre chaque auteur et Pearson, un argument qui devait être examiné par le juge Daniels.

 

Le groupe Pearson a toutefois obtenu la suspension de la plainte, d'après une décision de la Cour de New York du 22 février, rapporte Publishers Weekly, en attendant un accord entre les deux parties, dont les conditions n'ont pas été dévoilées.

 

Ces mêmes conditions seront encore discutées par Pearson et les deux plaignants jusqu'au 6 avril, date à laquelle la plainte pourrait être abandonnée. Sans trop s'avancer, il est probable que l'éditeur préfère régler le litige à l'amiable. On ne badine pas avec des auteurs spécialistes en économie...