Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le groupe Planeta quitte Barcelone si la Catalogne se déclare indépendante

Clément Solym - 10.10.2017

Edition - International - espagne indépendance catalogne - grupo planeta catalogne - espagne division catalogne


C’est aujourd’hui que le président Carles Puigdemont doit prendre la parole, et sceller pour partie l’avenir du territoire catalan. Une intervention qui se fera devant le parlement de la Région, et dans un contexte de grandes tensions. 


Catalonia is not Spain
SBA 73, CC BY SA 2.0
 

 

Ce 8 octobre, on estime qu’un million d’Espagnols était descendu dans la rue pour clamer son refus de l’indépendance. Selon les forces de police, ils n’étaient que 350.000. Une opposition farouche, qui a reçu par ailleurs le soutien de plusieurs grandes figures intellectuelles – à commencer par le prix Nobel de littérature, Mario Vargas Llosa.

 

L’auteur s’est publiquement exprimé pour dénoncer la menace qui pèse sur le pays tout entier – lui-même étant de nationalité espagnole et péruvienne. « La démocratie espagnole est là pour rester, et aucune conjuration indépendantiste ne la détruira », affirme-t-il, cité par l’AFP.

 

« Nous voulons que la Catalogne redevienne la capitale culturelle de l’Espagne comme elle l’était quand je suis venu vivre ici. [...] La passion peut être destructrice et féroce quand l’animent le fanatisme et le racisme. La pire de toutes, celle qui a causé le plus de ravages dans l’histoire, c’est la passion nationaliste. »

 

Et d’évoquer « une conjuration putschiste » qui tente de détruire près de 500 ans d’histoire de l’Espagne. « Ici sont réunis des citoyens pacifiques qui croient au vivre ensemble et à la liberté. Nous allons démontrer à ces indépendantistes minoritaires que l’Espagne est un pays moderne », revendiquait-il devant la foule venue manifester.

 

Dans les faits, le président espagnol Mariano Rajoy, a assuré qu’il n’entamerait pas de négociations sous la menace de l’indépendance.
 

Le groupe Planeta annonce son départ... 

 

L’indépendance de la Catalogne avait été l’un des sujets politiques sur lequel l’ancien président de Grupo Planeta s’était battu. José Manuel Lara Hernández, le père, avait affirmé qu’en cas d’indépendance, il prendrait la porte de l’Espagne. 

 

« Je suis plus catalan que les indépendantistes. Voyez à quel point je suis catalan, et si je crois en la Catalogne : je ne veux pas d’un pays qui, dans le pire des cas, deviendrait la Moldavie, et au mieux, le Danemark », déclarait-il en 2014. « Si la Catalogne devait être indépendante, le Grupo Planeta partirait », assurait-il en 2012, à l’époque d’un autre vote.

 

Décédé en février 2015, le président Lara a laissé à son fils, José Manuel Lara, le soin de reprendre la structure, propriétaire du groupe français Editis. Le conseil d’administration de l’entreprise a suivi la position de l’ancien PDG, considérant que le siège social sera déplacé de Barcelone à Madrid, « si une déclaration unilatérale d’indépendance se produisait ». 

 

Une décision qui n’aurait aucune incidence sur le travail des salariés, puisque la société dispose de sites opérationnels dans plusieurs villes du pays. Lors de la conférence de presse de ce 8 octobre, aucune décision n’avait encore été prise. Cependant, le groupe a d’ores et déjà pris ses dispositions, « compte tenu de l’incertitude juridique qui interviendrait pour protéger les intérêts de ses actionnaires, de ses employés et du projet même de l’entreprise ».
 

Planeta quitterait la Catalogne, selon la volonté de José Manuel Lara 

 

Dans une tribune publiée par La Croix, l’écrivain Mathias Enard exprimait ses inquiétudes quant à l’avenir du pays. « Le danger de l’explosion est grand. Il y a 83 ans, le 6 octobre 34, le président Lluís Companys déclarait la République catalane indépendante au sein de la Fédération Espagnole ; Companys a été fusillé à Barcelone par les troupes franquistes, en 1941 ; il est tombé en criant Per Catalunya !, Pour la Catalogne ! Les blessures de la Guerre Civile sont encore ouvertes pour beaucoup d’Espagnols. »

 

De nouvelles informations interviendront à 18h, lors de l'allocution du président.
 

mise à jour 19h : 


Le président a rendu son verdict : la Catalogne sera « un État indépendant sous forme de République ». La déclaration d’indépendance est cependant suspendue : « Le gouvernement catalan et moi-même proposons au Parlement la suspension de la déclaration d’indépendance pour que les prochaines semaines, un dialogue puisse être lancé. Nous sommes convaincus que ce moment historique requiert un arrêt de cette escalade », assure-t-il.