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Le Japon pleure ses libraires : 40 % de librairies en moins en 20 ans

Nicolas Gary - 05.09.2017

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Dans la série causes perdues et sinistres culturels, voici... l’état de la librairie au Japon. Selon un rapport établi par un distributeur, plus de 22 % des municipalités du pays ne disposeraient pas de librairies. Sur les 1896 villes recensés, 420 ne disposent pas d’un lieu de vente de livres. 

 

美術書 平安堂書店
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Tohan Corp. est l’un des plus importants distributeurs de livres du Japon : lien entre les éditeurs et les libraires, son rapport de données compilées fin juillet a fait froid dans le dos. Kagawa serait l’unique préfecture où toutes les municipalités possèdent une librairie. 

 

Le problème ne repose pas que sur la proportion actuelle : c’est une hausse de 10 % en quatre ans que l’on constate, d’après les données de Nippon Shuppan Hanbai Inc., structure basée à Tokyo.

 

« Les libraires ne peuvent pas survivre dans une ville où la population diminue », constate Toshihiro Kinkawa, 51 ans, ancien propriétaire de la librairie Tsumagari à Kushima, dans la préfecture de Miyazaki. Son établissement réalisait jusqu’au 200 millions ¥ de chiffre d’affaires, mais a connu une perte de 90 millions.

 

Ce recul des ventes s’explique par le fait que la population dans la ville a diminué de 30 % au cours des 30 dernières années — pour s’établir à 18.000 personnes. Les six écoles secondaires de Kushima ont d’ailleurs été fusionnées en une seule.

 

Après un siècle d’existence, la librairie Tsumagari a fermé en 2014. Et le marché du livre n’est pas le seul concerné : voilà une vingtaine d’années, les ventes de presse et magazines pouvaient représenter 60 à 70 % du chiffre d’affaires. Désormais, et depuis moins de 10 ans, elles sont inférieures à 60 %.
 

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La province d’Hokkaido est la plus touchée du pays : 58 municipalités sont sans librairies, suivie de Nagano, avec 41 % et Fukushima avec 28 %. Les villes privées de point de vente s’apparentent d’ailleurs plus à des villages.

 

À ce jour, le Japon compte 12.526 librairies, soit une diminution supérieure à 40 % en regard des 21.654 qui étaient recensées en 2000. A contrario, un phénomène d’amplification se constate : les librairies qui subsistent sont contraintes de grandir. 

 

Les établissements de moins de 1000 mètres carrés deviennent rares, et sont les plus touchés par les fermetures au cours de la dernière décennie. La surface médiane est passée de 868 m2 à 1166 m2 d’après les données de la l’organisation japonaise pour le développement des structures éditoriales.

 

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Son vice-président, Takashi Atoda, explique : « La librairie reste un endroit où les gens peuvent faire des rencontres et avoir des coups de cœur C’est aussi une base culturelle où ils peuvent enrichir leurs connaissances et leur niveau d’éducation. »

 

En cette période numérique, et dans un pays tout particulièrement concerné par l’évolution digitale, la librairie serait l’avenir du Japon ?

 

via Asahi