Le jaune, une couleur chaude pour les couvertures de livres

Cécile Mazin - 27.05.2016

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Pour réussir une couverture de livre, un nombre colossal de paramètres entre en compte. En premier lieu, la couleur, qui sera en mesure d’arrêter le regard du lecteur et de capter son attention. En la matière, le jaune serait actuellement une couleur porteuse, à laquelle on recourt pour se démarquer des autres éditeurs. Le jaune est une couleur chaude – au moins en termes de marketing.

 

 

 

 

Selon une récente analyse du Codex Group, LLC, Amazon disposerait de 45 % de parts de marché sur les ventes de l’ensemble des livres réalisées aux États-Unis. La domination du cybermarchand ne cesse de croître et les éditeurs, pour se démarquer, travaillent leurs couvertures du mieux qu’ils peuvent. Cela a conduit, au cours des derniers moins, à des séries d’ouvrages à la présentation criarde, aux audaces parfois difficiles à supporter... et une profusion de jaune.

 

Selon le Wall Street Journal, le constat est d’une simplicité affligeante : « Il y a une sorte d’attitude maximaliste qui pousse vers la couleur, principalement, il me semble, parce que nous partons de l’hypothèse que personne ne prendra le livre en compte, à moins qu’il ne s’impose en criant à nous », estime Peter Mendelsund, directeur artistique chez Knopf. 

 

En 2008, le Pantone 803 – sorte de jaune fluorescent  a fait le bonheur de librairies avec la sortie de The Girl With The Dragon Tattoo​ de Stieg Larsson. L’idée était de lui, et, en regard des ventes, personne ne s’en est plaint. 

 

Robbin Schiff, directeur artistique chez Random House, assure que le contraste prime : on retrouve ainsi des oppositions noir et blanc sur les couvertures. Mais ce choix refléterait plutôt la crainte d’en faire trop – et surtout, les éditeurs le laissent de côté parce que la couverture ne se démarquerait pas suffisamment. Schiff va plus loin : une couverture blanche serait perdue dans le fond blanc du site d’Amazon – et d’autres –, aussi faudrait-il mieux l’éviter.

 

Alors le jaune, donc, la couleur du moment ? En soi, le symbolisme de cette couleur est assez varié : on va de l’approche solaire ou le rappel de l’or, à des idées morbides comme la maladie ou encore le déclin. Le jaune reste une couleur éteinte. Rappelons qu’elle porte, au moins en Occident, une charge négative forte, puisqu’elle était associée à la trahison, la tromperie, ou encore la jalousie et l’orgueil. Il faudra attendre longtemps pour qu’avec le blé, par exemple, et le renouveau printanier, elle n’acquière de plus nobles lettres. 

 

Son avantage premier est de ne pas être associé à un sexe, et donc, de ne pas « sexuer » un titre. Plusieurs exemples s’ensuivent...

 

 

 

Mais en France, du jaune...? Eh bien, il se trouve bien la collection de Grasset, toute d’un jaune habillée, et sans aucune fioriture autour. Mais cette approche est tout aussi historique que la bleue chez Stock ou la blanche de Gallimard. Pas vraiment de tendance, actuellement ? On pourrait bien entendu revenir sur l’exceptionnel destin du livre de Romain Puertolas, L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – mais en l’occurrence, la couverture reprenait avant tout le code couleur de la société suédoise.

 

Plutôt circonstancié donc...