Le Land de Bavière s'opposera aux rééditions de Mein Kampf

Julien Helmlinger - 12.12.2013

Edition - International - Mein Kampf - Adolf Hitler - Allemagne


Comme en fait état aujourd'hui l'Agence France Presse, le Land allemand de Bavière continuera de s'opposer à la publication de nouvelles éditions germanophones du pamphlet idéologique d'Adolf Hitler, le célèbre et controversé Mein Kampf, une fois que celui-ci aura rejoint le domaine public d'ici 2015. Une annonce qui ne remet toutefois pas en question le projet d'universitaires qui planchent actuellement sur une mouture critique de l'ouvrage.

 

 

 

 

 

Le ministère des Finances de Bavière est le détenteur des droits sur le titre sulfureux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et jusqu'à 2015, année de sa tombée dans le domaine public, quelque 70 ans après la disparition du Führer du IIIe Reich. Si sa publication ne sera plus empêchée par la propriété intellectuelle, en revanche, l'exécutif régional entend faire barrage à toute incitation à la haine raciale à renfort de poursuites juridiques.

 

Hitler a rédigé son Mein Kampf en 1924, tandis qu'il purgeait sa peine de prison après une tentative de putsch manquée. Le livre regroupe ses thèses idéologiques nazies avec tout l'antisémitisme propre au futur régime hitlérien. Si en Allemagne la législation n'interdit pas l'ouvrage, contrairement à certains signes ostentatoires, la Bavière refuse son exploitation par des néonazis.

 

Selon le chef de l'exécutif régional, Horst Seehofer, cette décision ne va pas à l'encontre de la liberté scientifique, mais exclut toute  « publication étendue ». Elle contredit un texte voté il y a deux ans à l'unanimité par les élus bavarois qui entendaient soutenir une édition critique établie par l'Institut d'histoire contemporaine de Munich. Quelque 500.000 € ont déjà été injectés dans le projet par le gouvernement régional.

 

Entre soucis de mémoire et crainte d'instrumentalisation extrémiste

 

Du côté de l'Institut d'histoire contemporaine, un porte-parole a affirmé que le projet n'était pas remis en question. Soutenu à l'époque par les représentants de la communauté juive elle-même, il serait financé au besoin avec des fonds privés. « Nous estimons toujours que l'existence d'une édition commentée du livre, qui ne se contente pas de diffuser Hitler sur le marché, mais qui permet de le recadrer, est justifiée. » 

 

Selon les termes du président du Conseil central des juifs d'Allemagne, Dieter Graumann, ce projet était perçu comme « une bonne idée », car si le livre polémique devait revenir sur les étagères des libraires, autant que ce « soit dans une version [...] avec des commentaires de personnes compétentes plutôt que de voir faire de l'argent avec ». Un avis qui n'était toutefois pas partagé avec certaines organisations représentant les victimes de l'Holocauste.

 

Charlotte Knobloch, ancienne présidente dudit Conseil, et survivante des camps de concentration, avait d'ailleurs demandé à Horst Seehofer d'étudier « la possibilité d'empêcher juridiquement la publication du texte pour incitation à la haine raciale » au cours d'un déplacement commun en Israël courant décembre 2012.