Le libraire de Kaboul perd son procès contre Asne Seierstad

Clément Solym - 14.12.2011

Edition - Justice - libraire - Kaboul - Asne Seierstad


La Norvégienne Asne Seierstad avait semé une belle panique, en racontant l'histoire du libraire de Kaboul, qui manifestement n'avait rien demandé. Au point qu'il demande 5 millions $ pour diffamation, dans un procès complètement improbable. Mohammed Rais avait toujours soutenu que la journaliste n'avait rien compris au mode de vie, l'obligeant à écrire lui-même un ouvrage en réponse

 

Eh bien que l'on se passe le message, Asne Seierstad a décidé qu'elle ne toucherait pas une ligne de son livre. Une cour d'appel, en Norvège, vient en effet d'annuler la précédente décision dans le procès qui oppose le libraire afghan chez qui l'auteure avait finalement passé plusieurs mois. Et depuis huit ans, la bataille juridique faisait rage entre la famille de Mohammed Rais et Asne Seierstad. 

 

Voilà donc que la justice lui donne raison : elle n'a pas violé l'intimité de cette famille, et son livre, devenu best-seller, n'a rien à se reprocher. « Ce jugement signifie beaucoup. En tant que journaliste, être accusée d'avoir violée la vie privée de quelqu'un, on court toujours le risque que cette étiquette vous reste collée. » 

 

Dans un premier temps, la justice norvégienne l'avait condamnée, avec son éditeur, à verser 15.600 € de dommages-intérêts. Son éditrice en France, Eva Bredin (JC Lattès), avait alors expliqué à ActuaLitté combien cette décision était regrettable. « C'est très curieux que le tribunal ait condamné Asne. C'est même assez navrant, parce qu'en frappant ainsi les auteurs, que pourront-ils raconter comme histoire à l'avenir ? L'édition est vraiment menacée par ce type de procédure ? Je suis personnellement déçue par cette décision. »

 

La plainte concernait la seconde femme du libraire qu'il avait épousée lorsqu'elle avait 16 ans selon le livre. De là, l'accusation de violation de vie privée. Mais le tribunal d'Osla a estimé que la famille était bien au courant du projet de livre d'Asne, et que le contenu de son livre est bien basé sur des faits réels. 

 

La journaliste sort de cette affaire avec du plomb dans la tête, ayant dû éplucher l'ensemble du livre, méticuleusement, pour défendre ligne à ligne, ou presque, ce qu'elle avait écrit. « Le juge a estimé que je n'avais pas manqué de prudence. Désormais, si je fais quelque chose, je serai encore plus prudente. » Aucun regret cela dit, ni pour le livre, ni pour l'expérience de vie à Kaboul, explique-t-elle, bien qu'elle ne soit plus du tout en contact avec le libraire, si ce n'est pas l'intermédiaire de ses avocats.

 

Retrouver les livres d'Asne Seierstad

 

L'ouvrage, qui racontait comment le libraire tentait de faire son métier le mieux possible, alors que l'Afghanistan était sous le régime des talibans. Aujourd'hui traduit en 42 langues, il est lu un peu partout dans le monde. « J'ai gardé beaucoup d'admiration pour lui et le fait qu'il continue de vendre ses livres. C'est un héros afghan et je pense l'avoir dépeint ainsi, mais c'est également un patriarche afghan. Le journalisme, c'est se lancer et faire des choix. C'est mon livre, c'est ma décision. » 




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