Le libraire enlevé par les autorités chinoises parle : “On m'a privé de ma liberté”

Antoine Oury - 18.06.2016

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Contre toute attente, Lam Wing-kee, libraire enlevé en octobre 2015 en Chine et de retour chez lui il y a quelques jours, a révélé qu'il avait bien été kidnappé et maintenu en détention par les autorités chinoises. L'homme s'est exprimé sur le sujet au cours d'une conférence de presse organisée à Hong Kong : il a décidé de parler après avoir vu les manifestations organisées en son soutien à Hong Kong en janvier dernier.

 

Lam Wing-kee lors de conférence de presse

 

 

Le retour de Lam Wing-kee à son domicile s'était fait des circonstances plus qu'étranges : disparu depuis plus de 6 mois, l'homme avait déclaré qu'il souhaitait que la police de Hong Kong supprime le dossier ouvert après sa disparition. Il assurait n'avoir pas disparu, tout simplement, alors même qu'il s'était confessé en mars dernier à la télévision chinoise, accusé de trafic de livres : « Je reconnais pleinement ma faute. Je suis prêt à être puni. »

 

Quelques jours seulement après son retour, Lam Wing-kee a donc décidé de révéler sa version des faits, quitte à se mettre à nouveau le régime chinois à dos. Lui et quatre autres libraires de la maison d'édition Mighty Current, jugée irrespectueuse envers le régime, avaient été enlevés en octobre 2015 et mis en détention.

 

Pour Lam Wing-kee, l'enlèvement s'est produit, selon ses dires, le 24 octobre 2015, alors qu'il traversait la frontière afin de rendre visite à sa compagne en Chine. Il est alors ligoté et bâillonné, puis jeté dans un train lancé vers le Nord de la Chine.

 

« J'ai passé 5 mois dans une pièce d'environ 18 m2, de moins de 20 m2 », raconte Lam Wing-kee. « Sur 24 heures, 6 groupes d'individus se relayaient pour m'observer. J'ai perdu ma liberté. » Au cours de sa détention, ses geôliers lui demandaient d'identifier des auteurs anonymes, ou encore de fournir des données sur l'identité de ses clients. Il aurait signé sous la contrainte un document lui faisant renoncer à un avocat et à la possibilité de voir ses proches.

 

« Cela peut vous arriver aussi, mais je veux faire savoir au monde que les habitants de Hong Kong ne céderont pas devant la force brute », a souligné ce libraire de 61 ans. Hong Kong bénéficie en effet d'un régime spécial par rapport au reste de la Chine en raison de son statut d'ancienne colonie britannique. Lam Wing-kee soutient également que sa confession à la télévision était montée de toutes pièces : « Je devais suivre le scénario. Si je ne le faisais pas, on devait recommencer à zéro. »

 

Lam Wing-kee aurait également été contraint de signer des aveux à charge contre Gui Minhai, le dernier libraire qui serait encore détenu par les autorités chinoises, accusé d'être à la tête du trafic de livres interdits par le régime.

 

Jason Ng, un écrivain habitant à Hong Kong, a résumé son sentiment : les dires de son confrère « confirment tout ce que nous suspections, et ce que nous savons, sur le Parti Communiste chinois ». Au retour de Lam Wing-kee sur le territoire de Hong Kong, les autorités chinoises avaient assuré que les agents de régime ne feraient rien d'illégal dans le cadre de leurs fonctions.

 

 

via NY Times, The Guardian