Le libraire Gibert Jeune racheté par Gibert Joseph, pour “sauver la société”

Antoine Oury - 28.04.2017

Edition - Librairies - Gibert Jeune - Gibert Joseph Gibert Jeune - rachat Gibert Jeune


L'information est connue depuis hier : le groupe Gibert Joseph reprendra bientôt les librairies Gibert Jeune, dans une situation économique difficile depuis plusieurs années. Comme tout le monde ou presque, les salariés de Gibert Jeune ont appris ce rapprochement, qui s'apparente à une cession, par la presse. Ce que dénonce le syndicat CGT Gibert Joseph.

 
Boulevard ST. Michel
Une librairie Gibert Jeune, à Paris (Gabriella Alu', CC BY-NC-ND 2.0)


 

Le journal spécialisé Livres Hebdo a révélé hier « une procédure de rapprochement » entre les enseignes Gibert Jeune (9 librairies parisiennes) et Gibert Joseph, la seconde reprenant la première, en grande difficulté économique. « C'est plus une cession qu'un rapprochement », nous confie un proche du dossier, qui précise que « la direction n'a pas dit grand-chose aux salariés ».

 

Cette cession devrait être validée le 17 mai prochain, et c'est d'ailleurs ce qu'espèrent les salariés de l'enseigne. L'enseigne Gibert Jeune enchaîne en effet les mauvais bilans, celui de 2016 faisant état d'une perte de quelque 256 100 €. Le site de Gibert Jeune précise toujours que la librairie de Saint-Michel est « le plus grand pôle Sciences Sociales de France », mais le standard téléphonique du groupe est désormais désactivé en permanence.

 

L'information de Livres Hebdo a été confirmée par Bruno Gibert, directeur général de Gibert Jeune, que nous ne sommes pas parvenus à joindre pour cet article.

 

Le syndicat CGT Gibert Joseph a, dans un communiqué, déploré « l’absence d’information des salariés et de leurs représentants, notamment au comité d’entreprise ». « L’opacité entourant cette opération génér[e] stress et inquiétudes parmi le personnel des deux enseignes. Au-delà des vœux pieux prononcés dans l’article précité, nous nous inquiétons des conséquences sociales de ce rapprochement, en particulier pour nos collègues de Gibert Jeune » indique encore le syndicat CGT, qui promet une mobilisation « pour garantir le maintien de tous les emplois, le respect des classifications et l’harmonisation des droits au plus favorable ».

 

Des salariés de Gibert nous ont confirmé « la difficulté pour communiquer avec eux [la direction] », et considèrent « que c'est à eux de venir vers nous, à présent ». Un prochain comité d'entreprise pourrait être l'occasion d'aborder frontalement la question. Rappelons que les salariés de Gibert Jeune sont représentés par des élus CFDT, en majorité, tandis que les syndicats CFTC, CGT, FO et CGE-CGC, présents à différents moments dans l'histoire de l'entreprise, sont désormais absents.

 

Il est évident que la cession « a pour but de sauver la société en mettant en commun les ressources », analysent des observateurs. Signalons pour terminer que le groupe Gibert Jeune abrite deux autres sociétés, Gibert Jeune Rive Droite et Gibert Jeune Rive Gauche, dont les résultats ne sont pas plus encourageants : 28 000 € de pertes pour le premier (contre 78 000 € l'année précédente, cela dit) et environ 400 000 € de pertes pour le second.

 

L'ambiance n'est pas au beau fixe au sein du Gibert Joseph non plus : en début d'année, plusieurs jours de grève s'étaient succédé après qu'un salarié avait reçu un entretien préalable à licenciement. Le conflit social s'était résolu après 4 jours de conflit, les représentants syndicaux reprochant notamment à la direction, déjà, un manque de communication.