Un libraire japonais veut priver Amazon de vendre des livres

Nicolas Gary - 03.10.2015

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Le libraire japonais Kinokuniya, en achetant 90 % des exemplaires imprimés du dernier Murakami, avait fait sensation. Sur l’Archipel, la chaîne de librairies était décidée à lutter contre Amazon, en privant le revendeur de cette nouveauté – toujours très attendue. Pas de livres à vendre, pas de clients à combler. Et dans le calcul, les lecteurs reviendraient même en librairies. Pour ce livre, et manifestement pour d’autres à l’avenir.

 

Kinokuniya Bookstore

yosoynuts, CC BY ND 2.0

 

 

Masahi Takai, le PDG de la chaîne Kinokuniya, avait au moins gagné une belle campagne de communication. « Pour rivaliser avec les librairies en ligne, les libraires du pays doivent se montrer solidaires, pour promouvoir le marché classique de la distribution de livres », expliquait-il, fin août, en découvrant ses intentions. 

 

Le livre Shokugyo toshite pas Shosetsuka (Romancier comme vocation, traduction personnelle NdR), de Murakami, serait donc distribué par le libraire, aux libraires qui souhaiteraient le vendre, et surtout, le stock échapperait presque totalement à Amazon. Une manière de prendre le romancier japonais en otage, même s’il semblait impossible qu’il n’ait pas été consulté par son éditeur pour une pareille opération. Dans tous les cas, son soutien était resté particulièrement discret.

 

Sorti le 10 septembre, l’ouvrage sert donc d’exemple, pour la profession, et de symbole de la résistance des boutiques physiques contre l’invasion dématérialisée. « Nous allons compter plus sur le modèle d’achats directs, de sorte que les librairies locales seront revitalisées », précise le grand manitou de Kinokuniya. 

 

En passant cet accord avec Swith Publishing, la maison qui publie Shokugyo toshite pas Shosetsuka de Murakami, la librairie prend malgré tout un risque. Les stocks lui restent en effet sur les bras et les invendus ne peuvent pas être retournés à l’éditeur, comme cela se pratique d’ordinaire pour les livres. Toutefois, la contrepartie est d’obtenir des points de remises supplémentaires... 

 

« Notre approche a reçu des retours positifs de la part d’autres librairies », indique pourtant le patron. « Nous avons reçu des offres similaires d’autres éditeurs. Nous passerons à des achats directs sur le même principe, si nous estimons qu’il est possible de faire du profit. »

 

 

 

Et dans un accord passé avec la société d’édition Dai Nippon Printing, un projet pilote sera mis en place, toujours sur ce rapprochement plus étroit entre éditeur et revendeurs. Depuis 2007, les ventes de livres ont largement augmenté chez les détaillants en ligne : on constate une croissance de 70 %, porté à 160 milliards ¥ sur l’année 2013. Et bien entendu, cela s’est fait au détriment des librairies, toutefois moins touchées que les petites boutiques de dépannage – baptisées convenience stores.

 

Restera à régler cette question des invendus : « C’est devenu un sérieux gaspillage, parce que le ratio des invendus a atteint 40 %. Il devrait y avoir plusieurs solutions pour l’ensemble des circuits de distribution » , estime Masashi Takai. 

 

(via The Japan News)