Le libraire le moins aimable d'Angleterre a fermé boutique

Bouder Robin - 18.07.2017

Edition - Société - librairie payante angleterre - librairie grande bretagne - libraire donald trump


Hawes, North Yorkshire : paisible petite bourgade sans histoires, dotée d'une charmante librairie, refuge en plein cœur de la campagne, idéal pour les amoureux du livre... en apparence. Il fallait bien quelqu'un pour noircir ce merveilleux tableau : Steve Bloom, le libraire le moins accueillant de toute la Grande-Bretagne. Après toute une série de plaintes, le bouquiniste a finalement décidé de rendre le tablier.

 

Maxipixel (Domaine public)

 

Cupide, insultant et irascible au possible, celui qu'on surnommait le « Basil Fawlty des libraires », en référence au détestable personnage de la série L'Hôtel en folie, traînait une bien mauvaise réputation, jusqu'à ternir celle du village. Mais cette époque est désormais révolue : pour le plus grand bonheur de la majorité des habitants de Hawes, Bloom met la clé sous la porte.

 

À 63 ans, Bloom faisait tout pour se faire détester : il insultait ses clients, les traitant d'« emmerdeurs » — entre autres charmants surnoms — et les faisait payer 50 pennies pour visiter Bloomindales, sa librairie, dans le but de décourager ceux qui n'auraient pas l'intention d'acheter.

Le président du conseil paroissial de Hawes, John Blackie, a recueilli de nombreuses plaintes et accusé Bloom, plus tôt dans l'année, de jeter le discrédit sur la ville : « Il rend un très mauvais service aux autres commerçants, à la réputation de la ville — qui est accueillante. Nous apprécions les gens qui viennent nous rendre visite. »

 

Selon le Richmondshire Today, Bloom a lui-même pris la décision de partir, pour couper l'herbe sous le pied de ses détracteurs ; il espère ainsi que personne ne pourra crier victoire. « Ces pleurnicheries ne me manqueront pas. Je m'asseyais là, et il fallait que j'écoute les gens dire : “c'est la librairie dont les journaux parlent” ou “c'est lui qui fait payer l'entrée pour qu'on puisse regarder ses livres; ça m'affectait. J'ai acquis une mauvaise réputation, et j'imagine que c'est en grande partie de mon fait, mais je n'ai aucun regret. »

 

Et le libraire va loin, jusqu'à se comparer au président des États-Unis... « Le conseil a essayé désespérément de se débarrasser de moi, mais ils n'ont pas réussi. J'ai gagné cette bataille... C'est comme avec Donald Trump, ils peuvent se faire entendre autant qu'ils le veulent, ils ne peuvent pas se débarrasser de lui, et c'est la même chose avec moi. » Étonnante comparaison, lorsqu'on sait tout l'amour que porte Trump aux livres et à la culture.

 

En tout cas, cela n'atténue en rien le soulagement des habitants de Hawes ni celui du conseil paroissial. « Ce n'est pas trop tôt », a commenté John Blackie. « Nous sommes impatients de faire nos adieux à un commerçant qui se comporte de façon aussi consternante et inacceptable vis-à-vis de ses clients. »

 

Ce qui est plus surprenant, c'est que certains des clients en question se voient déçus du départ de leur libraire, « une ressource précieuse », « un véritable être humain » qui sera bientôt remplacé par « un autre de ces vendeurs de nouvelles technologies suffisants et mielleux ».

Lors de la polémique autour de l'entrée payante, d'autres avaient même — tenez-vous bien — loué l'intelligence de cette entreprise qui le distinguait « du troupeau des autres revendeurs ennuyeux » et aurait dû « être saluée par le conseil de la paroisse locale ».

 

Chiche de payer 60 centimes pour qu'un libraire te traite d'hémorroïdes ?


On en viendrait presque à regretter cet homme si agréable. Si vous aussi vous compatissez, n'hésitez donc pas à apporter votre soutien à Steve Bloom et à lui souhaiter bon vent — ou rire des commentaires des clients sur Yell.com.

Via Richmondshire Today