Le libraire lillois au drapeau suspect risque la prison ferme

Julien Helmlinger - 03.02.2015

Edition - Justice - Apologie du terrorisme - Religion - fanatisme - Liberté d'expression


Ce lundi, devant le tribunal correctionnel de Lille, le parquet a requis un an de prison ferme ainsi que cinq ans d'interdiction d'exercice d'activités commerciales pour apologie du terrorisme, contre le libraire qui avait exposé un drapeau suspect dans la devanture de sa librairie El Azhar, située dans la rue des Postes. Outre l'exhibition des couleurs de l'organisme fanatique, il est accusé d'avoir lancé quelques provocations aux policiers lors de son arrestation.

 

 

via Google Maps

 

 

Entre l'affaire du Carlton et celle-ci, le tribunal lillois fait l'actualité cette semaine. Chaabi M'Barek, libraire âgé de 59 ans, a été arrêté le 16 janvier dernier, après qu'un automobiliste a remarqué un drapeau noir suspect dans la devanture de sa boutique. Il a alors alerté les forces de l'ordre, qui sont venues interpeller l'individu. Selon les policiers, le drapeau serait bien celui de Daech et le commerçant en possédait tout un lot, dont certains accrochés au plafond.

 

La police s'en est rendu compte en arrivant sur place, alors que l'organisation islamiste s'adonne depuis plusieurs mois à ses atrocités au Moyen-Orient. Quand les policiers lui ont demandé de décliner son identité, le libraire aurait notamment répondu : « Je suis Ben Laden », ou encore « les barbus vont vous vaincre, inch'Allah », ce qui n'a pas dû arranger son cas.

 

En requérant contre lui un an de prison ferme et cinq ans d'interdiction d'exercice d'activités commerciales, le parquet se veut ferme. Comme l'explique l'avocat du prévenu, Me Charles Cogniot, évoquant les autres arrestations pour apologie du terrorisme qui sévissent actuellement dans le pays : « Monsieur est commerçant et les actes reprochés sont jugés plus graves que pour la personne qui ferait des actes d'apologie dans le cadre d'un état d'ébriété. »

 

Et, pour l'avocat de la défense, il y aurait « une confusion qui a été faite entre le drapeau religieux qui était exposé en devanture du magasin et des drapeaux idéologiques [...] normalement le drapeau de Daech c'est sur fond noir avec des inscriptions blanches, là c'était l'inverse. [...] Est-ce que toutes les personnes qui détiennent un drapeau corse font l'apologie d'actes de terrorisme ? » On peut s'étonner qu'aucun expert n'ait visiblement encore répondu à cette question avant l'audience.

 

Lorsque les policiers l'avaient interrogé quant aux actes terroristes perpétrés en France au cours du mois de janvier, le libraire avait dit condamner « tous les gens qui assassinent ». En revanche, ce qui ne joue pas en sa faveur, outre ses provocations orales, réside dans le fait qu'il serait connu pour tenir des positions radicales à la mosquée et autres liens présumés avec des extrémistes. Me Charles Cogniot a plaidé la relaxe, le jugement a été mis en délibéré pour le 9 février.