Le light novel ou la littérature Young Adult à la japonaise

La rédaction - 20.07.2016

Edition - International - light novel Japon - littérature Young adult - Japon YA livres


Sword Art Online, Spice and Wolf, Durarara!!…  Ces noms d’œuvres japonaises sont familiers aux fans de manga ou à tous ceux qui se sont intéressés au moins une fois à cet univers. Aujourd’hui déclinés en anime, publiés par divers éditeurs sur le marché français, ces mangas sont pourtant (et le plus souvent) à l’origine des romans japonais appartenant à un genre littéraire bien précis : le light novel. Focus sur un phénomène éditorial dont le succès nippon n’épargnera très certainement pas la France.

 

par Priscila Selva

 

本がつまったダンボール箱の中かららのべだけ取り出してみました よ

Kazutoshi Yamagishi, CC BY 2.0

 

 

Encore peu populaire en France, le light novel est au Japon ce que la littérature Young Adult est aux pays anglo-saxons. Véritable succès outre-Atlantique, visant et plaisant notamment à un public dit « jeunes adultes », le light novel commence doucement à se faire un nom dans le paysage littéraire français actuel. Ce sont notamment les éditions Ofelbe, fondées en 2014 par Yves Huchez, qui participent aujourd’hui à l’expansion du genre littéraire en France, en se focalisant exclusivement sur l’édition de light novels. S’appuyant sur le succès de l’anime de Sword Art Online, dont le light novel est la licence phare de la maison, l’éditeur a su trouver son public et a permis au genre d’occuper une place de choix dans le pan du secteur jeunesse de l’édition : chaque titre se vend à des milliers d’exemplaires ! Preuve que le genre était attendu et demandé sur le marché… 

 

Un peu de théorie littéraire… 

 

Par méconnaissance du sujet, le light novel est souvent assimilé au manga. Les adaptations en anime et en manga (la bande dessinée nippone en version papier) de ces romans, qui sont bien plus connues et médiatisées auprès du grand public, brouillent les frontières entre les genres.  

 

Le light novel est un genre littéraire. Les adaptations qui en découlent, peu importe leur forme, ne sont donc pas des light novels ! 


La genèse du genre au Japon est difficilement datable. Il est né au sein de diverses revues littéraires japonaises dans les années 1970 qui prépubliaient des histoires en les découpant en différentes parties, à l’instar des romans-feuilletons français qui firent les belles années des éditeurs de magazines au XIXe siècle. Le light novel est aujourd’hui un genre littéraire qui a été rapidement identifié et codifié au Japon. 

 

Un light novel, c’est avant tout un roman au format court et percutant, dont la lecture doit être la plus agréable et la moins difficile possible. Car avant d’être de la littérature à proprement parler, comme nous l’entendons dans son sens noble, le light novel est avant tout un divertissement. Parsemé d’illustrations dans la même veine que le style manga qui dynamise son contenu, le light novel se doit d’avoir une narration fluide et rapide : prédominance des dialogues, phrases et paragraphes courts, notes de bas de page expliquant les mots rares et difficiles… Tout est fait pour aérer et faciliter la lecture. 

 

À l’image de son homologue, le manga, le light novel est avant tout prépublié chapitre par chapitre – du moins au Japon – dans des magazines spécialisés avant d’être relié et édité en un volume. Ce mode de publication permet au light novel de devenir une saga littéraire à suivre sur le long terme, et ainsi d’attiser l’impatience et l’excitation de ses lecteurs. En réalité, le light novel se lit comme l’on regarde une série télévisée : rapidement, avec fébrilité, beaucoup d’émotions, et on a hâte de déguster le prochain épisode ou la prochaine saison !  

 

En France, pas de prépublication, pas de frustration : chaque volume de lights novels existants sur le marché, quand il s’agit d’une série, est relié et édité dès lors que sa parution est effective au Japon.  

 

Saupoudrée de thématiques jeunesse… 

 

Dans ses histoires et ses thématiques, rien à redire : les histoires narrées dans les light novels n’ont rien à envier à la littérature jeunesse ou la littérature Young Adult

 

Akihabara Shops 5

(Danny Choo, CC BY-SA 2.0)

 

 

Spécialement calibré pour ce public, le roman balaye un large spectre d’histoires baignant aussi bien dans des univers violents, romantiques que fantastiques… Et plus encore ! Il ne faut pas se méprendre sur la traduction littérale de light novel en français, autrement dit le « roman léger » – la transcription japonaise du terme étant d’ailleurs issue d’une traduction de l’expression anglaise : si le ton de l’histoire peut avoir l’air facilement désinvolte, si le style est simple, si la lecture est rapide et agréable, les thématiques abordées n’ont jamais rien de léger ou de facile… Trahisons, complots, éthique, sens du devoir et de la morale, mort ou encore sexualité sont omniprésents dans cette littérature et ces thèmes sont toujours traités avec beaucoup de maturité par ses auteurs. Qui dit « divertissement » ne signifie donc pas forcément légèreté dans le choix de leurs positions et de leurs histoires… 

 

De même pour les personnages, ce sont des héros proches des lecteurs : ils sont dans la même tranche d’âge, ont les mêmes préoccupations personnelles et professionnelles, vivent les mêmes dilemmes humains… Chaque aspect de leur personnalité est décortiqué à travers les dialogues ou les illustrations accompagnant la lecture. 

 

Proposant également des histoires innovantes et originales, le light novel donne depuis quelques années la belle part à des univers de jeux vidéo massivement multijoueurs en ligne (MMORPG) ou de réalité augmentée dans lesquels ses protagonistes se retrouvent piégés. À l’exemple de Sword Art Online qui est le titre référence en la matière, on peut également citer Log Horizon ou Accel World dont les noms ne sont pas inconnus de la sphère des fans de manga. Le light novel s’attache plus particulièrement à faire évoluer ses personnages dans des univers où le fantastique, la fantasy ou la science-fiction sont monnaie courante. 

 

Avec un zeste d’émergence qui progresse lentement mais sûrement… 

 

Au niveau de son contenu, le light novel se rapproche alors énormément du Young Adult malgré le fait qu’il baigne énormément dans l’environnement et la culture japonaise auxquels il est ancré. Ce point la rend très certainement moins accessible et familière aux néophytes qui ont du mal à s’approprier ou comprendre les codes et les règles de la société nippone, à l’inverse du Young Adult dont le genre est encore assimilé à une société très occidentale. 

 

Néanmoins, le manga a tout de même réussi à s’imposer en France, notre pays étant aujourd’hui le deuxième plus gros consommateur de manga au monde, évidemment bien derrière le Japon, mais aussi bien devant les États-Unis ! Il n’est donc peut-être pas surprenant de parier sur le succès à venir du light novel auprès du grand public… Tous les ingrédients qui font le succès du manga en France sont réunis avec le light novel

 

Mais alors, que manque-t-il à son grand « boom » littéraire ? Il est vrai que le light novel reste encore dans l’ombre de son ami et pourtant concurrent le plus proche, le manga. Il est aussi vrai que le light novel est encore souvent confondu avec son homologue par le public et qu’il reste parfois dans l’ombre de ses adaptations plus visuelles… ll souffre peut-être également de la concurrence de la littérature jeunesse voire Young Adult dans son ensemble, tant l’offre est vaste et qu’il paraît moins noble à ses côtés.  

 

Mais le light novel est avant tout un livre comme un autre, un roman, une histoire, une écriture, un style, un auteur qui a l’envie de partager quelque chose. Il est le reflet d’une jeunesse qui cherche dans la lecture le moyen de s’évader à travers des personnages qui lui ressemblent, des thématiques qui lui font écho, des histoires qui la font s’échapper de la réalité. Baignant dans son formidable univers culturel japonais dont le lecteur a tant à apprendre, loin de s’adresser aux seuls adeptes du manga, le light novel est une histoire à lire et à vivre.