Le Livre à Metz célèbre le "mauvais genre", en très bonne compagnie

Claire Darfeuille - 07.04.2015

Edition - International - Festival le livre à Metz - traduction - littérature et journalisme


Du jeudi 9 au dimanche 12 avril, 200 auteurs participent à la 28e édition du festival Le Livre à Metz, littérature et journalisme. Cette année, les « mauvais genres » sont à l'honneur et l'équipe de Fluide glacial a le bon goût d'y fêter ses 40 ans.

 

 

 

 

« Nous avions choisi de célébrer l'irrévérence et la satire bien avant le 7 janvier (date des attentats à Charlie hebdo) » se rappelle Marie-Hélène Caroff, en charge de la programmation du festival. Elle se souvient du dernier soir de l'édition 2014 où toute l'équipe était assemblée pour un dîner informel, « Mathias Enard (conseiller littéraire du festival avec Philippe Lefait) a lancé cette idée. Je l'ai notée sur un bout de papier et lorsque le comité s'est retrouvé en septembre, tout le monde a été séduit. Le sujet permet d'inclure toutes les formes de littérature et de journalisme et de les traiter avec légèreté. Entre-temps, ce choix a pris une autre résonnance... »

 

Le hasard a ensuite voulu que Yan Lindingre, rédacteur en chef de Fluide glacial, soit messin et qu'il y ait justement un anniversaire à fêter... La surboum de Fluide glacial aura lieu à la Chapelle des Trinitaires, avec concerts et croquis de toute l'équipe, laquelle aura peut-être un peu mal aux cheveux pour la table ronde du lendemain sur l'histoire du magazine. Quatre expositions accompagnent l'événement, Les couvertures mythiques de Fluide, Les Bidochons de Binet, Les affiches du 7e lard et un hommage au regretté Tignous, dont 36 caricatures ont été rassemblées.

 

Liberté d'expression, « Umour et Bandessinées » 

 

La liberté d'expression et le droit de rire seront donc au cœur de la manifestation lorraine qui, depuis 2008, s'est recentrée sur les liens entre littérature et journalisme. Le festival accueille 30 000 visiteurs pour quatre jours de débats, de spectacles, d'expositions et surtout de rencontres avec des auteurs et des journalistes de la presse écrite, mais aussi des autres médias. La radio notamment y trouve toujours bonne place. Aurélie Charon et Caroline Gillet de France Inter mèneront une expérience de journalisme livre avec des jeunes « désobéissants » d'ici et d'ailleurs et les goûters sonores de la webradio Arte seront à Metz pour la première fois.

 

boum 40 ans fluide

FluideIllus-40ans©Audie- Fluide Glacial

 

 

Roberto Saviano en direct pour l'inauguration

 

« Le roman mêle de plus en plus réalité et fiction et les auteurs mènent souvent un travail d'enquête avant d'écrire », relève Marie-Hélène Caroff pointant les passerelles entre littérature et journalisme. Roberto Saviano, l'auteur du best-seller Gomorra et du récent Extra pure (Gallimard), mis en danger par ses investigations sur la Camorra napolitaine, interviendra ainsi lors de la soirée d'ouverture, pour un grand entretien, par vidéo conférence. 

 

Depuis 2006, il ne peut se déplacer que sous haute protection policière. D'autres tables rondes feront se croiser art de la plume et exigence de l'enquête, talent d'écrivain et rigueur du témoignage avec Sorj Chalandon, Lydie Salvayre, Adrien Bosc, Cédric Gras, Clara Dupond-Monot, Régis Jauffret, Joy Sorman, Serge Joncour ou encore Valérie Zenatti, parmi les 200 personnalités invitées. Les deux invités d'honneur sont le romancier Frédéric Beigbeder, également directeur de la rédaction du magazine Lui et Marie-Aude Murail, auteur de Oh, boy !, pour la jeunesse.

 

Traduire, une question de genre

 

Le festival offre par ailleurs de nouveaux champs d'exploration. Un partenariat avec la Frac Lorraine met un coup de projecteur sur la traduction comme fondement de toute culture. L'exposition regroupe les œuvres d'une dizaine d'artistes contemporains et engage à penser la traduction à l'heure de la globalisation, mais aussi à s'interroger sur les limites fixées par la langue. Ainsi, une table ronde (In) Traduisible, traduite en langue des signes français avec, entre autres Barbara Cassin, invite à entrer dans "la quatrième dimension" de la traduction et Corinne Oster, maître de conférence en traductologie à reconsidérer la question de genre à travers la traduction.

 

Philo punk à l'heure de l'apéro

 

Spectacles, théâtre, fanfare, ateliers « manga » ou « pop up », lectures (même la bande dessinée se fera entendre), tables rondes et grands entretiens se succèderont avec le souci de ne laisser de côté aucun âge ni aucun genre. La philosophie aura, elle aussi, voix au chapitre, à travers celle hautement revigorante d'Alain Guyard, philosophe forain dont l'objectif est de « mettre la philosophie dans tous ses états, de la sortir des universités pour l'emmener dans les prisons, les hôpitaux et les bistrots », et bien entendu dans tous les festivals littéraires qui n'ont pas peur des apéros philo et de la punk attitude.

 

La démarche d'aller à la rencontre de tous les publics n'est d'ailleurs pas étrangère à l'association Le livre à Metz, littérature et journalisme dont la petite équipe (pour l'essentiel, deux salariées à temps plein, neuf stagiaires, un comité de sept bénévoles et 50 recrues pendant la manifestation) organise toute l'année, en amont du festival, des résidences et des actions au long cours en centre pénitentiaire, dans les lycées ou encore les maisons de retraite.

 

Souhaitons qu'une très bonne idée fuse dès dimanche soir pour la prochaine édition...

 

Tout le programme du jeudi 9 au dimanche 12 avril 2015.