Le livre, ce n'est pas des cigarettes, si le prix augmente, les gens n'en achètent plus

Clément Solym - 09.11.2011

Edition - Economie - Serge Guérin - TVA - livre


ActuaLitté se faisait l'écho de colères et de protestations multiples venant des différents acteurs de l'édition. L'annonce d'une TVA, toujours réduite, certes, mais rehaussée à 7 % contre 5,5 % auparavant, provoque un malaise général.


Alors que le Syndicat national de l'édition a sollicité un rendez-vous en urgence auprès du premier ministre, son analyse reste présente des conséquences lourdes pour tout le secteur. « L'effort de solidarité nationale demandé à la chaîne du livre, estimé à une soixantaine de millions d'euros, semble sans commune mesure avec la situation actuelle du marché du livre et avec l'enjeu de la diversité. »


Sollicité par ActuaLitté, Sergue Guérin, président du MOTif élargit le débat, en sortant des strictes inquiétudes de l'interprofession. « Au niveau francilien, on recense plus de 1000 libraries. Tous les élus locaux, au-delà des couleurs politiques, devraient se sentir concernés par une telle mesure. On ne peut pas aspirer à n'avoir que des commerces de bouche, il faut aussi des commerces d'intelligence », nous précise-t-il.

 

 

Évidemment, pour le MOTif, tout à la fois Observatoire du livre, mais également organisme de soutien à la lecture et au livre, une telle mesure va à l'encontre de la préservation impérative de la bibliodiversité. « Ce ne sont pas les best-sellers qui vont souffrir d'une hausse des prix, mais les oeuvres qui sont vectrices d'idées réelles, et plus confidentielles peut-être, mais non moins importantes. »

 

Alors la TVA sur l'ebook, oui, mais celle du livre papier, non ?

 

D'autre part, Serge Guérin ne manque pas de pointer l'absurdité d'un gouvernement qui est parti en guerre contre l'Europe, en réclamant, et décidant d'imposer au 1er janvier une TVA sur le livre numérique à 5,5 %, dans un souci d'harmonisation avec le livre papier, et cette mesure de hausse. Une incohérence, mais déjà admise : hier, Antoine Gallimard, président du SNE, à l'occasion des Assises professionnelles, annonçait déjà une TVA sur le livre numérique de 7 %, puisque calquée sur celle du livre papier.

 

Précarité intellectuelle

 

Mais pour le président du MOTif, la mesure annoncée par François Fillon ne manquera pas d'introduire une précarité nouvelle auprès de ceux qui, professionnellement ou scolairement, ont besoin des livres.

 

« Les étudiants pointent déjà que les livres sont trop chers, et qu'ils ne peuvent pas se les procurer pour cette raison. Et l'élasticité de la demande pour les livres n'est pas celle que l'on rencontre avec les cigarettes : quand ces dernières augmentent, les gens n'arrêtent pas de fumer. Alors qu'une hausse du prix des livres conduira immanquablement à une baisse des achats. »

 

En somme, et en poussant un peu le sens des mots, on parlerait presque d'un « autodafé fiscal », avec cette TVA réduite réévaluée. « On maltraite encore un peu plus un des éléments de notre démocratie qu'est le livre. Et ce n'est pas en saupoudrant çà et là des hausses de TVA que l'on réglera le problème des finances publiques. » En effet, cette hausse de TVA, comme nous l'avions annoncé, ne rapportera à l'État que 60 millions € supplémentaires. Une pécadille... (voir notre actualitté)

 

« Un livre ne se résume pas, et ne pourra jamais se résumer, au prix qui est indiqué sur sa couverture. »