Le livre en Nord-Pas de Calais : librairie, presse, papeterie, ces mal-aimées

Cécile Mazin - 26.10.2016

Edition - Librairies - Nord pas de Calais - vente livres librairies - points vente livres


À travers 49 points de vente, le CRLL Nord-Pas-de-Calais a brossé le tableau d’une région et de ses accès au livre. Librairies, papeterie, presse et d’autres ont été passés au crible, pour définir tant leur rôle que les enjeux de leur développement.

 

Loneliness #2

Abie Sudiono, CC BY 2.0

 

 

Fragilités structurelles autant que circonstancielles ont été relevées à travers l’enquête, qui résulte d’un accord-cadre passé entre la Région et le Centre national du livre. « L’un des axes prioritaires était le développement et la qualification du maillage culturel que représentent, dans les zones dites “blanches”, les petits points de vente de livres », rappelle le CRLL. 

 

Formation et relations aux fournisseurs

 

Pour revenir sur le rôle économique et culturel de ces petits espaces, on note avant toute chose un véritable manque de formations proposées à ces professionnels. « En recourant à une formation ciblée sur l’assortiment et sa mise en valeur, mais également sur les relations avec les fournisseurs, nul doute que cette offre gagnerait en qualité et en rentabilité », relève l’étude. Gestion des retours, rotation des stocks ou encore relations avec les fournisseurs ne sont pas toujours maîtrisées ni parfaitement assimilées.

 

De même, le recul de la presse a induit une fragilisation des entreprises. Depuis 2010, le chiffre d’affaires de la presse a diminué de 30 % dans l’ensemble des librairies du réseau NAP – et les fermetures de maisons de la presse sont en augmentation. 

 

Réné Faussereau, responsable produits librairie du réseau NAP indique qu’avec la hausse des loyers de centre-ville, et la désertification constatée de ces mêmes espaces, les fermetures deviennent inéluctables. « Toutefois, face à ce recul de la presse, certains voient désormais dans le livre un produit d’appel, qui peut expliquer pourquoi tant d’établissements continuent à vendre des livres malgré les faibles marges réalisées sur ce produit culturel qu’ils jugent incontournable. »

 

Le chiffre d’affaires des établissements est par ailleurs impacté par des remises faibles – difficilement pratiquées au-dessus de 23 %. Ce qui affecte les tentatives de réponse aux marchés publics, mais également les commandes d’ouvrage. De quoi revenir sur la difficulté dans les relations avec les fournisseurs – « un sujet récurrent de frustration », note l’étude. 

 

Fluidifier les échanges, et valoriser une présence territoriale

 

Il importerait alors d’envisager la constitution d’une plateforme comme Le Comptoir du livre, qui diffuse plus de 1 300 éditeurs – et s’est imposé avec une offre spécifique et adaptée aux maisons de la presse. La suspension des services de la LôL, société de diffusion, en 2012, a par conséquent affaibli les établissements. « Nul doute que le manque d’une telle plateforme au nord de Paris, adaptée en partie aux petits points de vente du livre, est l’un des points les plus saillants de cette étude. »

 

Enfin, toujours en matière économique, la concurrence avec les hypermarchés, internet et les réseaux de lecture publique semble particulièrement mise en avant. « C’est davantage l’ouverture de rayons presse et librairie en super et hypermarchés, dont les conséquences économiques sont dramatiques pour les maisons de la presse installées à proximité (un gérant par exemple, après l’ouverture de ces rayons dans une grande surface avoisinante, a dû licencier son employée embauchée quelques mois plus tôt) », précise le CRLL. 

 

À cet état de fait s’ajoute également un sentiment d’isolement, tant au sein de la profession que vis-à-vis des pouvoirs publics. « Une mise en réseau serait peut-être une première action efficace en faveur d’une meilleure professionnalisation. Ces établissements regrettent également le manque de lien avec les collectivités publiques ou les établissements scolaires de leur commune, qui parfois les ignorent, préférant commander à la librairie généraliste d’une commune voisine. » 

 

Des acteurs là où l'on ne trouve personne pour vendre de livres

 

Et ce, alors même que les établissements jouent tous, à leur mesure, un rôle de service de proximité. « C’est la diversité des services et des produits qui assure leur viabilité économique, mais également leur rôle au sein de la commune, que vient appuyer leur localisation centrale pour une très grande majorité d’entre eux. »

 

Pour contrer ces constatations, les solutions miracles n’existent pas : pourtant, et en dépit d’un rôle économiquement relatif dans l’ensemble de la chaîne du livre « ces établissements maintiennent un maillage culturel dans des zones souvent dépourvues de tout point de vente du livre ». Difficile d’omettre toutefois ces acteurs – clairement mis de côté 

 

Il convient ici de noter que plusieurs maisons de la presse réalisant plus de 50 % de leur chiffre d’affaires dans la vente de livres neufs, avec, parfois, une offre comparable à une librairie généraliste, n’ont pas été retenues dans l’effectif, et ne faisaient pas non plus partie du groupe 1 des librairies identifié en 2015. De manière emblématique, malgré des chiffres d’affaires livres très élevés, elles ne sont pas citées dans le traditionnel classement de Livres Hebdo recensant, par chiffres d’affaires, les 400 plus grosses librairies de France. 

 

Par ailleurs, les relations tendues entre gérants et fournisseurs les poussent irrémédiablement à simplifier leur offre en ne passant que par un seul intermédiaire, au détriment, donc, de la diversité. Symboles d’un maillage culturel dans des zones qui ne disposent d’aucun point de vente de livres, les établissements mériteraient donc de voir leur position revue.  

 

Six préconisations sont alors évoquées pour améliorer la situation des librairies-papeteries-presse 

Favoriser une meilleure reconnaissance de leur particularité par les fournisseurs. Encourager des partenariats renforcés avec l’édition régionale. 

Favoriser une prise de conscience par les collectivités locales de leur rôle social, économique et culturel. 

Mettre en place des espaces d’échanges et de partages d’expérience.
Mettre en place un cadre adapté pour des dispositifs de formation professionnelle.

Encourager la mise en œuvre d’aides économiques adaptées aux besoins de ces structures. 

 

Et le CRLL de conclure : « Le réseau des librairies-papeteries-presse est traversé par de multiples lignes de tensions qui tiennent à la crise du modèle économique du petit commerce de proximité, au décrochement de la presse comme produit d’appel, à la concurrence des plateformes de vente en ligne et des hypermarchés, aux relations commerciales déséquilibrées avec les grands diffuseurs-distributeurs de livres, pour n’en citer que quelques-unes. 

 

Toutefois, le livre reste un bien culturel à forte valeur symbolique qui confère aux lieux où on l’expose, où on en parle, où on le vend, une « aura » qui n’a jamais été entamée. La librairie est un commerce singulier pour cette raison. Et c’est peut-être aussi pourquoi le livre, demain plus encore qu’aujourd’hui, peut être un « appel culturel » autant qu’un « produit d’appel » dans ces nouveaux commerces multi-produits et multi-services situés dans les petites communes, les villages et les quartiers périurbains. »