Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le livre en prison : savoir coordonner les acteurs de la lecture

Auteur invité - 26.07.2017

Edition - Société - lecture prison bretagne - acteurs livres prison - livres prison


On compte sept établissements pénitentiaires en Bretagne, répartis sur tout le territoire, ce qui représente près de 2500 personnes détenues, selon les périodes de l’année. La grande majorité d’entre eux sont des hommes, en Bretagne, comme à l’échelle nationale. Pour articuler les campagnes de promotion du livre, différents acteurs sont à l’œuvre.

 

Bibliothèque de la maison d’arrêt de Saint-Malo


 

Le rôle de la Disp


La Disp de Rennes encadre l’action des coordinateurs socio-culturels depuis six ans. Ornelle Sec en est la référente. « Auparavant, ces missions de coordination étaient exercées par des personnels du Spip, notamment des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) aidés par des emplois jeunes. Aujourd’hui, dans le Grand-Ouest, elles sont menées en partenariat avec des structures culturelles ou socioculturelles extérieures qui travaillent en lien étroit avec l’Administration Pénitentiaire. Il s’agit en l’occurrence de la Ligue de l’enseignement, avec des exceptions : dans les Côtesd’Armor, la mission est portée par la MJC du Plateau, et dans la Manche, par la scène nationale Le Trident. » Pour la Disp Grand-Ouest, les coordinateurs/trices sont au nombre de un/e ou deux par département, en fonction de la taille et du nombre d’établissements. 
 

Les coordinateurs/trices ont deux principales missions. La première est de proposer une programmation socioculturelle variée. Celle-ci doit répondre aux besoins, mais également aux demandes des personnes détenues, qui sont consultées régulièrement sur le choix des activités qui leur sont proposées comme le stipule la loi pénitentiaire de 2009, dans son article 29. Ces actions sont validées par le Spip, en lien avec les chefs d’établissement, de façon collégiale. « Les responsables d’établissement, aujourd’hui, font preuve d’un intérêt certain pour la mise en œuvre des programmations culturelles, ils contribuent à leur bonne organisation matérielle et logistique, en veillant au respect des règles de sécurité. » 
 

Le second volet de la mission des coordinateurs/trices touche au livre et à la lecture en prison. « Les “coordos”, comme on les appelle entre nous, gèrent les fonds d’ouvrages, leur renouvellement, le partenariat avec les bibliothèques publiques, l’aménagement des lieux de lecture, en lien étroit avec les chargés de mission régionaux lecturejustice. Ils accompagnent également les auxiliaires bibliothécaires, qui sont des personnes détenues ayant fait le choix de travailler au sein de la bibliothèque pénitentiaire. Ce volet est très important, puisqu’on considère que l’accès à la lecture constitue le premier socle pour conduire les personnes détenues vers d’autres champs d’apprentissage, et compte tenu du fait que le taux d’illettrisme est assez élevé en prison. 
 

Aux côtés des “coordos”, les chargés de mission régionaux ont un travail d’accompagnement et de ressource, de lien avec des structures à l’extérieur. Ils/Elles sont force de proposition, d’aide au montage de projets, à la communication, à la valorisation. « En Bretagne, Christine Loquet est la chargée de mission pour le livre et la lecture ; elle travaille en collaboration avec Élise Gosselin, la chargée de mission culture-justice. Elles animent par exemple ensemble les réunions de coordos. »

 

Le rôle de la Drac 

 

L’implication de la Direction régionale des affaires culturelles pour le livre et la lecture en prison s’inscrit dans le cadre du protocole régional Culture-Justice, et plus largement dans ses missions de démocratisation culturelle. 

Comme le souligne Claire Gasparutto, Conseillère Action territoriale et politiques interministérielles à la Drac Bretagne, « il s’agit de défendre l’accès à un droit fondamental qui est facteur d’épanouissement personnel. De plus, l’accès à l’art et à la culture est un levier dans un parcours d’insertion scolaire ou professionnel ». 

La Drac apporte son soutien financier à la politique de lutte contre l’illettrisme et pour sa prévention, par un soutien aux bibliothèques. Elle participe au financement d’une programmation annuelle de projets d’action culturelle, pour certains projets liés au livre et à la lecture, de plus ou moins grande envergure, pouvant prendre la forme de résidences d’auteurs, par exemple avec Laurence Vilaine à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc, ou de projets régionaux tels que Échappées bulles ou Quartier Livre. 
 

Et puis, la Drac participe au financement de l’EPCC Livre et lecture en Bretagne, et donc, de sa mission Publics éloignés du livre. Pour Claire Gasparutto, « cette mission est un gage de réussite pour le développement de cette politique, par son apport professionnel dans l’accompagnement des acteurs ». On peut citer l’informatisation généralisée, l’information auprès du CNL, le partage d’expériences, le fait d’impulser des dynamiques, comme avec le “Facile à lire”, d’activer ou réactiver des partenariats tels que les conventions avec des bibliothèques publiques de prêt.
 

Lire en prison : reconnaître un “droit à la lecture” pour chaque personne détenue


Le développement de cette politique Livre/Prison suppose une bonne compréhension de l’environnement pénitentiaire et une adaptation à ses enjeux et ses contraintes. Il implique également un nécessaire travail de coordination et de mise en lien permanent entre les divers partenaires impliqués (coordinateurs, Spip, bibliothèques, service informatique de la Disp...). « L’articulation avec la mission régionale Culture-Justice est source d’enrichissement et de cohérence », souligne Claire Gasparutto.

« Seul bémol, mais qui dessine un objectif à moyen terme : la nécessité d’une plus grande complémentarité avec le travail réalisé au sein des prisons par d’autres acteurs, tels que l’Éducation nationale et la Formation professionnelle. » 

par Gérard Alle

 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne