Le livre jeunesse, un impact écologique catastrophique

Clément Solym - 28.06.2010

Edition - Société - écologie - impact - papier


Alors que les éditeurs américains multiplient les politiques d'impression sur papier recyclé, de réduction de gaspillage (papier moins blanc, plus fin, et moins de pages), la question est plus délicate pour la littérature illustrée à destination des plus jeunes.

Livres très colorés aux pages épaisses, la littérature jeunesse pose la question de l'empreinte carbonique sur toute l'industrie.

En analysant la composition d'ouvrages des 10 plus grands éditeurs pour enfants, le réseau de sauvegarde de la forêt tropicale Rainforest Action Network a tiré le signal d'alarme. D'après les résultats d'un rapport publié en mai, une majorité d'éditeurs jeunesse compte dans leurs catalogues des titres conçus à partir de bois de la forêt tropicale indonésienne. Ainsi que du papier provenant de plantations spécialisées dans la pulpe d'acacias. Si cette initiative peut paraître bonne, l'éradication de centaines d'essences de bois au profit d'une seule contribue à accroître l'empreinte écologique, la fin d'une biodiversité complexe et provoque des désastres économiques.

Cette suppression de la forêt vierge au profit de monoculture comme la palme fait de l'Indonésie le troisième foyer d'émission de gaz à effet de serre derrière les États-Unis et la Chine. Pour lutter contre ce phénomène, l'accent a été mis sur le boycott du papier provenant d'autres continents. Particulièrement aux États-Unis.

L'exemple américain

« Si vous cherchez des livres imprimés en Amérique du Nord, vous savez que vous n'allez pas causer des dommages à la forêt indonésienne », explique Tyson Miller, président de l'initiative presse verte aux Etats-Unis.

Miller nuance le constat alarmiste du Rainforest Action Network et avance plusieurs chiffres. Entre 15 à 20 % de la fibre employée dans l'industrie américaine du livre provient du recyclage. Un taux modeste mais en pleine expolosion comparé aux années 2007 (13,5) ou 2004 (2,5). D'autres initiatives sont significatives. Chez l'éditeur Scholastic, l'effort a été porté pour que l'année 2012 soit synonyme d'utilisation d'exploitations qui respectent l'écosystème local (30 % du papier utilisé) et 25 autres avec de la fibre qui sera replantée.

Reste que si la qualité du papier recyclé a évolué depuis deux décennies comme le souligne Lisa Serra qui ravitaille Scholastic en pâte à papier, la marge de progression de ces chiffres n'est pas infinie.
Aucune exploitation pratiquant la replantation ne peut devenir source unique de papier vert, et un recyclage de papier au-delà de 20 % risque de « nuire à la solidité du papier », explique-t-elle.

Poudlard se met au vert


Il s'agit également de prendre en considération l'impact social en n'appliquant pas un arrêt strict de l'industrie papétière dans les zones pointées du doigt par les activistes verts. Le réseau Environmental Paper Network propose de se baser sur l'agriculture en place pour faire profiter le papier comme les résidus de canne à sucre, entre autres exemples.

Déjà les groupes européens s'intéressent à l'image verte du papier américaine. Ainsi le géant français Hachette profite des imprimeries nord-américaines.

S'il fallait donner un exemple pour montrer la prise de conscience qui est en train de s'effectuer, un petit magicien à lunettes exploserait encore un record.

Pour le dernier opus de la saga Harry Potter, Scholastic a annoncé que les 12 millions de copies américaines utiliseraient un minimum de 30% de résidus de fibres et 65 % de cette première édition serait produite à partir de parcs forestiers avec replantation. Un voeu pieux déjà affirmé voilà plus de deux ans.

Mais ces excellents chiffres ne permettent pas de comparer l'industrie du papier illustré à celle du papier noir et blanc qui profite de politiques écologiques plus anciennes.