Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le livre "moins subventionné que d'autres secteurs culturels"

Antoine Oury - 21.01.2014

Edition - Société - Aurélie Filippetti - voeux 2014 - librairies


À l'occasion des voeux prononcés ce matin, Aurélie Filippetti est évidemment revenue sur la « force émancipatrice de la culture ». Si l'année 2013 devait marquer un nouveau pacte, avec pour objectif de faire de la culture un « corps de la citoyenneté », cette année à venir ne manque pas de renouveler son engagement. 

 

 

Aurélie Filippetti - Voeux 2014 Ministère de la Culture et de la Communication

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La vocation première sera de faire « entrer le ministère dans le XXIe siècle », et la ministre de réitérer une déclaration faite en novembre 2013 : transformer la Rue de Valois [NdR : adresse du ministère de la Culture] en « une Silicon Valois ». La formule fait toujours forte impression. 

 

Dans le secteur du livre, elle rappellera plusieurs axes déjà déployés : 

contrat d'édition numérique, plan d'aide à la librairie, médiateur du livre, réforme de la loi sur le prix unique du livre ,

Cette dernière, c'est la modification de la loi Lang, concernant la gratuité des frais de port et la remise de 5 %, proposés par les cybermarchands, et qui causerait un certain préjudice à la librairie indépendante. Un moyen de « casser les mécanismes d'une concurrence déloyale », souligne la ministre. 

 

D'ailleurs, le livre, rappelle-t-elle, est « moins subventionné que d'autres secteurs culturels », signe d'une certaine « pertinence de l'exception culturelle ». 

 

Elle a également souligné que l'obtention d'une TVA à taux réduit pour la presse en ligne représentait le même enjeu que pour le livre numérique. En effet, depuis le 1er janvier 2013, la France a harmonisé la TVA pour livres papier et numérique, à 5,5 %, provoquant la colère et la procédure d'infraction de l'Europe.

 

Mais l'Allemagne, comme le répétera la ministre, s'est ralliée aux arguments français sur ce point, et désormais, nous disposons d'un nouvel acteur pour peser d'un poids nouveau sur la directive européenne concernant le taux de TVA.

 

Le médiateur du livre, dont le profil général a déjà été présenté, et sur lequel nous reviendrons la semaine prochaine, n'a cependant pas encore été annoncé. Ce dernier devra servir d'intermédiaire dans les cas d'infractions constatées aux lois sur le prix unique du livre et du livre numérique. 

Il s'agit aussi d'inscrire l'exception culturelle dans l'ère numérique avec des dispositions sur l'amélioration de l'offre légale, sur la rémunération des créateurs et des artistes, sur les droits d'auteur pour en assurer la protection dans l'univers numérique et pour l'adapter à la réalité des usages, sur la lutte contre le piratage et la notion de domaine public. Faire entrer l'action du ministère et nos politiques culturelles publiques dans le 21ème siècle, c'est aussi les ouvrir aux modalités de la création d'aujourd'hui et de demain, aux nouveaux modes de diffusion de l'offre culturelle mais surtout aux pratiques et aux usages innovants.

Soulignons également cette déclaration d'intention, pour le coup très intéressante : 

C'est tout le sens de l'Automne numérique que j'ai lancé en 2013.
En organisant un mashup et un hackathon, j'ai voulu montrer la formidable énergie et la créativité à l'œuvre dans les pratiques et les usages innovants.
Le numérique a transformé la diffusion et l'accès à l'art et à l'offre culturelle, il a révolutionné les usages. Mon ambition, c'est donc aussi d'accompagner nos concitoyens dans leurs pratiques, de constituer, chez chacun d'eux, un « capital numérique » pour qu'ils se repèrent dans la multiplicité de l'offre culturelle et exploitent avec discernement toutes les possibilités des outils innovants.
Il ne peut y avoir de fétichisme technologique, le numérique n'est rien sans les usages : la révolution numérique doit être une révolution créative et citoyenne.

 

Enfin, la ministre, nous y avons consacré un précédent sujet, s'est penché sur le devenir des bibliothèques : « 2013 était l'année de la librairie, 2014 sera celle des bibliothèques », a-t-elle assuré.