"Les ebooks ne sont plus la menace qu'ils étaient autrefois"

Clément Solym - 28.07.2015

Edition - Librairies - livre numérique librairie - partenariat Kobo - menace ventes


Paradoxe intéressant : alors que deux organisations d’auteurs et le syndicat de la librairie américaine interpellent la justice pour dénoncer le comportement d’Amazon, le livre numérique ne semble plus un véritable problème. Dans la région de Denver, les libraires indépendants le voient même comme une quantité négligeable, concernant leur propre commerce.

 

Boulder Bookstore - Boulder, Colorado

Jennifer Roberts, CC BY ND 2.0

 

 

« Voilà trois ou quatre ans, on paniquait beaucoup dans l’industrie du livre, craignant que la lecture numérique ne prenne le relais et que les livres physiques ne deviennent une relique d’un autre temps », explique Orent Teicher, directeur général de l’American Booksellers Association. « Ce que nous voyons, comme nous l’imaginions alors, c’est qu’impression et numérique coexistent, ils ne se concurrencent pas. »

 

Arsen Kashkashian, gérant du Boulder Bookstore va plus loin : les ventes numériques « ne représentent même pas une goutte d’eau dans un seau, vraiment. Nos ventes sont en hausse pour cette année, et cela vient des livres papier ». Autrement dit, foin des cris d’orfraie poussés voilà encore quelques années : la librairie est redevenue sereine en regard de ce turbulent numérique.

 

Pourtant, un accord a été passé avec Kobo, par lequel l’American Booksellers Association impulsait un programme eRead Local, pour installer des appareils Kobo en librairie. Et développer en parallèle le commerce numérique chez les indépendants. 

 

Michael Tambly, PDG de la société Kobo, n’avait aucune réserve sur le bien-fondé de cette organisation. Si eRead Local n’avait vocation qu’à durer une centaine de jours, de fin mai à fin juillet, donc, le programme global de partenariat avec les libraires était reconduit après une année de test. Et pour une période de trois ans.

 

De la sorte, près de 2000 librairies indés sur le territoire pouvaient commercialiser des livres numériques, en passant par l’ebookstore de Kobo. Et ils étaient intéressés aux ventes, percevant un pourcentage du prix du livre. Fin juin, l’ABA et Kobo avaient donc convenu de poursuivre leur engagement pour trois ans. 

 

Mais dans le Colorado, on s’amuserait plutôt de cette négociation tant le livre numérique reste dérisoire. Non seulement les ventes se sont stabilisées cette année, mais surtout, la frémissante croissance de 2014, à + 3,8 %, n’a pas confirmé les explosions des années précédentes. 

 

Bien entendu, Amazon reste le leader dans le domaine, et son écosystème Kindle est, quoi qu’on en dise, le plus simple d’utilisation. Encore faut-il accepter l’écosystème propriétaire, qui livre le client pieds et poings dans la jolie prison dorée d’Amazon. 

 

À Boulder, Kashkashian apprécie d’ailleurs le choix de Kobo, même si cela ne lui rapporte rien, ou presque rien. Selon lui, une dizaine de clients achètent des ebooks régulièrement, alors que la plupart restent très occasionnels. D’ailleurs, si l’accord avec l’ABA venait à s’arrêter, son confrère de Tattered Cover, à Denver, tenterait de rester chez Kobo, mais là, il devient plus difficile de négocier avec une si importante entité – toutes proportions gardées. (via Denver Post)