Le livre papier est en sursis, les générations à venir s'en passeront

Clément Solym - 27.01.2011

Edition - Société - lecture - creation - numerique


Nous publions depuis hier un feuilleton-réflexion, d'un auteur sur le rapport au texte, au format et plus globalement à l'écriture. Précédemment, quelques remarques liminaires sur l'oeuvre numérique de cet auteur. (voir notre actualitté)


Quand StoryLab a pris contact avec moi pour me proposer une publication sur iPhone, je dois reconnaître que je suis resté un temps dubitatif. C’était en septembre 2009 et le livre numérique, ça ne me parlait pas plus que ça. Et si le « succès » de Real TV sur le blog, me faisait penser à une possible publication, c’était sur papier. Et puis, j’y ai réfléchi. L’avantage de mon aventure sur le blog était ce rapprochement avec les lecteurs, j’avais la chance de connaître les personnes qui m’avaient lu (grâce aux profils sur Myspace) et je me suis rendu compte que les lecteurs les plus susceptibles d’apprécier et de se reconnaître dans mon univers possédaient un iPhone.

Si ce n’était pas le cas, ils n’allaient pas tarder à le faire (personnellement, j’y pensais sérieusement). Ce n’était pas suffisant, il fallait aussi avoir l’assurance que l’application développée par StoryLab garantirait un plaisir de lecture équivalent à celui d’un livre poche. Ce fut le cas. Rassuré, j’étais prêt à m’engager dans cette aventure et à devenir, involontairement au départ, un représentant du livre numérique.

Vierge de toute publication, ma « vision » était de considérer le livre numérique comme un formidable outil pour toucher de nouveaux lecteurs et pour faciliter l’émergence de nouveaux auteurs. Le premier avis sur lequel j’étais partagé, était de se demander si la publication numérique devait se démarquer de l’édition classique en proposant des collections 100 % inédites ou s’il devait être le moyen de « tester » des romans. Je me disais même qu’un livre numérique à succès pouvait ensuite sortir en poche.

Ce n’est pas que je sois naïf, c’est juste que j’ai toujours une vision positive des choses et cela me semble logique financièrement parlant. Si on édite pour vendre des livres, ça me semble absurde de ne pas publier un livre dont il y a une demande de la part des lecteurs. Bien sûr, cette conception se base sur mon envie de publier Real TV en papier ! Je ne le cache pas. Au départ, je me disais aussi que le livre papier avait encore de très longues années devant lui et que le numérique lui serait complémentaire. Ces idées, ces réflexions, j’ai eu l’occasion de les partager avec mes collègues et ainsi connaître des avis différents, des peurs, mais aussi beaucoup d’espoir.

Mon travail me permettant d’être en contact avec un lectorat large (de l’enfant qui découvre ses premiers romans au retraité qui dévore des romans du terroir) m’a donné l’occasion d’entendre les interrogations et les appréhensions du public. Forcément, les questions des journalistes furent aussi constructives à ma réflexion (ou ma défense ?). Si mes premières pensées n’ont pas changé au fil des mois, la dernière a muté vers un sentiment de plus en plus présent : le livre papier est en sursis ! Chers éditeurs, vous avez raison de vous inquiéter ! Ce n’est pas pour demain, mais je pense que les prochaines générations, celles qui vont grandir avec le numérique, n’auront plus besoin du papier, en tout cas, pas en ce qui concerne la lecture « loisir ».

Il me suffit de regarder ma fille d’un an et demi. Depuis sa naissance, elle est entourée de livres et elle apprécie de partager ses lectures avec nous, ses parents. Mais je perçois bien l’attraction que provoque un iPhone et sa rapidité à comprendre son utilisation lorsque je lui montre une application destinée aux bébés. Dans quelques mois, un IPad ne sera pas de trop (surtout avec les récentes applications, pas forcément des livres, qui sont actuellement en développement).

À suivre...


Hieronymus Donnovan est né en 1980 dans une ville minière du Pas de Calais. Dés son enfance, il est passionné de lectures, de jeux vidéo et de cinéma bien plus que par l'école. Celle-ci passe au second plan : ses cours principaux, il préfèrera les suivre au cinéma, au vidéo-club et à la médiathèque. Très tôt, il se met à écrire, tout d'abord des scénarios dans la lignée des films hollywoodiens ou des séries américaines. Il est notamment le créateur de L'Agence des mystères, une série française digne héritière d'Aux frontières du réel et injustement boudée par les chaînes françaises !
www.hieronymusdonnovan.com