Le livre pour ado plus "obscène" que les jeux vidéos

Clément Solym - 23.05.2012

Edition - Société - grossièreté - vulgaire - adolescent


Ils ont bon dos tous ces jeux de guerre et d'abattage à la chaîne de monstres. Depuis les vagues de tueries en milieu scolaire, l'argument était tout trouvé. Le loisir vidéoludique rend associable, violent et pousse à l'irréparable. Mais dans le petit monde des universitaires fondamentalistes, la littérature est en passe de reprendre la toison du mouton noir. Et pas n'importe laquelle, la littérature pour adolescents.

 

A l'heure où les sagas vampirico-fantastiques font le plein de lecteurs, c'est un professeur de la Brigham Young University qui pointe un doigt accusateur vers le sain passe-temps littéraire. Expliquons d'abord que cette faculté est fondé par le successeur de Joseph Smith, apôtre de la religion mormone. Le campus encore aujourd'hui est très largement fréquenté par des étudiants de cette obédience qui doivent s'engager à respecter un code du comportement très strict. Nous voilà prévenus.

 

 

Pour Sarah Coyne, professeur en sciences sociales, le renouveau de la littérature ados et pour jeune adulte a pour corollaire un langage bien moins fleuri et dans le texte et dans la bouche des lecteurs. Il ne fait aucun doute pour l'enseignante que la description valorisante des personnages au langage peu châtié y fait pour beaucoup. Une sérieuse conséquence selon elle qui explique : « Du point de vue de l'apprentissage social, c'est très important car les adolescents sont plus enclins à imiter les personnages décrits de façon positive et désirable ».

 

Dans son étude publiée ce mois-ci dans la revue « Mass Communication and Society », Coyne a calculé que dans 40 meilleures ventes pour ados, 35 contenaient de jolis écarts de langue, soit 88% du total. Dénombrant patiemment les occurrences, elle constate une moyenne de 38 « sacrebleus » et jurons moins avenants pour cette sélection. Ce qui ferait sept phrases non dépourvues de grossièretés par heure de lecture.

 

Des contrôles plus présents sur les jeux.

 

Mais pas de craintes pour les petits sorciers, elle exclut la saga de JK Rowling de sa liste. Le roman étant naturellement adressé à un public plus jeune de prime abord. Plus étonnant, elle constate que comparé à ce genre littéraire, le jeu vidéo est bien moins coupable de vulgarité et autres marques obscènes.  Comme les films, les jeux sur consoles sont soumis à un système d'évaluation en fonction de leur contenu et l'âge minimum conseillé avant d'y jouer. On notera que le système Pegi aplliqué à l'Europe détaille particulièrement bien la présence ou non de grossièreté, thèmes sur les addictions, le sexe, le racisme ou la capacité à faire peur.

 

Et Coyne de pointer du doigt le manque de recommandation parentale pour le support livresque. A lire en creux, une critique des parents qui s'arrêtent au plaisir de voir que leurs enfants lisent sans se préoccuper du contenu. Les taquins pourront relever que le chantre du roman pour jeunes adultes, Stephenie Meyer est elle-même mormone. Mais le professeur-ès-jurons le classe aux côtés d'Harry Potter avec peu ou prou d'écarts de vocabulaire.