Le livre que Trump veut interdire devient un succès, grâce à lui

Antoine Oury - 05.01.2018

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On savait Donald Trump peu féru de livres — à l'exception des siens. Mais Fire and Fury : Inside the Trump White House (Le Feu et la Fureur : dans la Maison-Blanche de Trump), de Michael Wolff, a droit à un traitement de faveur. Après la publication des bonnes feuilles de l'ouvrage, le président américain a demandé, par l'intermédiaire de ses avocats, l'annulation de la publication du livre, prévue pour le 9 janvier. Évidemment, c'est tout l'inverse qui se produit.

 


 

Faudra-t-il renommer l'« Effet Streisand » en « Effet Trump » ? Chercher à dissimuler une information ou un fait conduit souvent à lui offrir une mise en avant et une publicité inespérées : le président des États-Unis en fait encore l'expérience. Le 3 janvier dernier, le journal The Guardian publie quelques informations tirées du livre Fire and Fury : Inside the Trump White House, publié par Henry Holt and Co. quelques jours plus tard.

 

Signé par Michael Wolff, biographe de Rupert Murdoch et ancien journaliste du Guardian, le livre contient son lot de petites révélations croustillantes, comme le fait que Trump se soit retrouvé « pâle comme un fantôme » à l'annonce de son élection, qu'il n'avait visiblement pas souhaitée lui-même, selon l'auteur. Dans le livre, on découvre aussi que Murdoch qualifie Trump de « putain d'idiot » et que la fameuse rencontre entre l'équipe de Trump et des Russes, pour obtenir des informations sur Hillary Clinton dans le but de la discréditer, était désapprouvée par le conseiller du candidat, Steve Bannon. Et que Trump aurait été informé de cette rencontre.

 

La publication des bonnes feuilles du livre a fonctionné : l'intérêt a été suscité, et les précommandes ont commencé à affluer. Mais c'est le président des États-Unis lui-même et son équipe qui ont donné le plus gros coup de pouce. Dans un courrier publié le 4 janvier, les avocats de Donald Trump réclament en effet l'annulation de la publication du livre, assurant que les comptes-rendus sont « faux/sans fondement ».

 

Pour couronner le tout, Trump y va aussi de son commentaire, avec un tweet publié quelques heures plus tard : « Je n'ai autorisé aucun accès à la Maison-Blanche à l'auteur de ce livre grotesque (en fait, je l'ai même éconduit plusieurs fois) ! Je ne lui ai jamais parlé pour ce livre. Bourré de mensonges, de caricatures et de sources qui n'existent pas. Jetez un œil au passé de ce type et observez ce qui va arriver à lui et “Sloppy Steve” ! », surnom affectueux donné à son ex-conseiller Steve Bannon, qui, selon Trump, a aujourd'hui « perdu la tête ».

 


 

Trump fait référence aux livres précédents de Wolff, critiqués pour leur manque de rigueur et une certaine propension à considérer comme crédibles des informations ou des déclarations fantaisistes. Plusieurs personnes citées dans son livre Burn Rate, publié en 1998, avaient ainsi critiqué des phrases tronquées ou même modifiées, tandis que son ouvrage sur Murdoch a essuyé de sérieuses réserves vis-à-vis de la véracité de certains passages.

 

Levée de boucliers contre Trump

 

Quoi qu'il en soit, Fire and Fury reste rivé à la première place des meilleures ventes, et l'éditeur, malin, a même avancé la date de publication au 5 janvier, ce qu'a salué son auteur sur Twitter.

 

 

 

De plus, les organisations professionnelles de l'édition sont toutes montées au créneau pour dénoncer les pressions évoquées par les avocats de Donald Trump. L'American Booksellers Association, pour les libraires, l'Authors Guild, pour les auteurs, et la National Coalition Against Censorship, organisation qui lutte contre la censure, se sont toutes les trois dressées contre les demandes du président, envoyées à l'éditeur par l'avocat Charles Harder.

 

« Les Américains ont le droit, garanti par le Premier Amendement, de lire Fire and Fury et d'autres ouvrages qui contribue à un débat public crucial, même s'ils contiennent des déclarations critiques vis-à-vis du président. C'est à la justice de déterminer si des déclarations sont diffamatoires, lorsqu'elles ont été publiées », affirme Chris Finan, directeur exécutif de la National Coalition Against Censorship.

 

Et un président américain contre la Constitution, cela ne s'est jamais vu...

via The Guardian




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