Le livre Tourner la page de Benoît Hamon tournerait au plagiat

Clément Solym - 26.01.2017

Edition - Les maisons - Benoît Hamon Tourner la page - emprunts textes plagiat - livre politique Flammarion


Et de trois. C’est au tour de Benoît Hamon d’être pris dans une affaire politico-éditoriale, pour son ouvrage publié chez Flammarion en 2011. Le monde des lettres est dangereux pour les candidats : Emmanuel Macron est accusé par un livre d’avoir puisé dans les fonds de Bercy, François Fillon se retrouve avec l’emploi peut-être fictif de son épouse comme conseillère littéraire et, pour Benoît Hamon, ce serait un plagiat, selon BuzzFeed.

 

Benoît Hamon

MEDEF, CC BY SA 2.0

 

 

Ce n’est pas vraiment pour son succès en librairie que Tourner la page, paru en septembre 2011, restera dans les annales. En revanche, l’exercice de copier-coller que pointe BuzzFeed News pourrait laisser un goût amer. Benoît Hamon, alors porte-parole du parti socialiste, n’aura vendu qu’à peine 1300 exemplaires de son ouvrage, lequel encourageait à reprendre « la marche du progrès social ».

 

Selon nos confrères, près de 10.000 signes ont été tout simplement copiés-collés et la compilation fait peine à voir, en regard des 300 pages de l’ouvrage.

 

Que ce soient des citations que l’auteure s’approprie sans ouvertement indiquer qu’il copie-colle, ou des documents officiels repris sans autre forme de procès, le livre pourrait tenir plutôt du mashup, voire de la compilation.

 

Pour exemple, Henri Weber, ancien député européen PS, se retrouve largement réutilisé : affirmant n’avoir pas collaboré au livre de Benoît Hamon, il souligne que le procédé est courant. « Vous savez, ces petits gars-là, ils font écrire leurs bouquins par des collaborateurs souvent jeunes. Ça ne m’étonne pas beaucoup. Je vois très bien ce qui s’est passé : il a reçu des fiches de ses collaborateurs et ça n’a pas été vérifié. » Et d’assurer être lui-même « pillé massivement ».

 

Parmi les structures qui ont abondé au livre, la Confédération syndicale internationale, basée en Belgique, une note du ministère de l’Économie, l’article d’Henri Weber ou encore le travail de Rémi Bourgeot, économiste.

 

 

 

L’équipe de Benoît Hamon, citée par BuzzFeed News assure qu’il n’y a évidemment aucune intention de nuire ni de plagier. Au contraire, affirme le directeur de campagne, Roberto Romero, il s’agit plutôt d’une forme d’ouvrage collectif. Et de préciser : « Sur ce livre, Benoît a écrit la structure et ensuite chacun a participé. Après, il a repris tout ou partie des idées. C’est un vrai ouvrage collectif, et un vrai travail collectif, on n’a pas les moyens de payer des gens pour écrire. »

 

Sauf que les auteurs qui ont malgré eux contribué ne sont pas même cités dans les remerciements de l’auteur. Mieux : le directeur de campagne estime que Benoît Hamon aurait agi comme Henri Weber, qui aurait cité l’Organisation internationale du Travail sans l’indiquer dans son texte. Sauf que, vérification faite, le texte de l’ancien député était totalement original, et ne découlait pas d’un Ctrl-C /Ctrl-V d’une note de l’OIT.

 

Sollicitées par ActuaLitté, les éditions Flammarion sont embarrassées. On nous avance que, « de toute manière, c’est un livre assez ancien », et que « la personne qui a travaillé à son édition ne travaille plus chez Flammarion ». Et bien entendu, impossible d’obtenir son nom.

 

Pénélope Fillon, conseillère littéraire de luxe pour la Revue des Deux Mondes 

 

L’histoire dira plus tard si cette affaire peut avoir une incidence sur la candidature de Benoît Hamon, actuellement en course dans la primaire de gauche avec Manuel Valls face à lui. Mais après l’affaire Fillon, et celle qui touche Emmanuel Macron, c’est un troisième candidat potentiel qui est touché.

 

Pour ce dernier, les journalistes Marion L’Hour et Fréderic Says ont affirmé que près de 120.000 € d’argent public avaient servi au mouvement En Marche !. Le tout prélevé sur les deniers du ministère dont Emmanuel Macron avait la charge – Bercy. Quelle ironie.