Triman, le super-logo du recyclage qui inquiète l'édition

Antoine Oury - 30.03.2015

Edition - Société - Triman Ecofolio déchets - recyclage livres papier - logo dématérialisation


Son nom fait penser à celui d'un super héros : le Triman est la nouvelle signalétique choisie par le ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie pour permettre « une importante simplification du geste de tri du citoyen et contribuer à l'augmentation des performances des collectes séparées et du recyclage ». Le livre fait partie des produits concernés.

 

La fameux Triman

 

 

Jusqu'à présent, les fabricants de produits à base de papier étaient contraints d'apposer la « boucle papier », pour indiquer que « les fabricants sont engagés pour le recyclage des papiers », avec le paiement d'une taxe au titre de l'éco-contribution. Les livres n'y étaient pas assujettis. 

 

Tout va changer avec le Triman : ce bonhomme qui jette trois flèches au milieu de la boucle papier indique à l'usager qu'il existe des points de recyclage pour les produits qui le présentent. Faire figurer le Triman sur les objets recyclables est une obligation légale depuis le décret du 23 décembre 2014, publié au JORF n°0298 du 26 décembre 2014. Cette fois, les livres sont concernés.

 

Les obligations restent très vagues : il est ainsi possible de l'apposer « de façon dématérialisée », autrement dit sur le site de l'éditeur, dans le cas des livres. Sa présence sur les produits est obligatoire depuis le 1er janvier 2015, mais les produits fabriqués avant cette date ne sont pas concernés, évidemment.

 

« À terme, il va falloir les imprimer », nous précise-t-on, et les prochaines impressions de livres devront le comporter. Sauf que, si l'apposition est obligatoire, aucune sanction ni pénalité n'est prévue en cas d'absence du logo.

 

La société ÉcoFolio, qui participe à la mise à jour des consignes de tri, informe les industriels et finance des campagnes nationales de communication autour du recyclage du papier, nous indique avoir été surprise par le décret, et n'a pas été associée à la réflexion autour de la loi.

 

Celle-ci devait en fait entrer en vigueur dès 2012, et faisaient partie des engagement du Grenelle de l'environnement. Mise en vigueur 3 ans plus tard, elle ne satisfait plus grand-monde, et le Syndicat national de l'édition, via sa commission environnement, a fait savoir tout le mal qu'il pensait de cette nouvelle obligation.

 

Pascal Lenoir, Président de la commission environnement du Syndicat National de l'Édition et directeur de la production chez Gallimard, a estimé auprès d'ActuaLitté que « le livre n'est pas considéré comme un déchet ménager, et nous insistons donc sur le fait que le livre ne fait pas partie des produits couverts par cette obligation d'affichage ».

 

Présenter le livre comme un déchet ménager éligible au tri ouvrirait en effet la porte à une forte dévaluation du livre, pas nécessairement au niveau de son prix affiché, mais sur la valeur de l'objet-livre même. Le présenter comme un objet voué au tri le rapprocherait ainsi des magazines et autres journaux, un contenant plus éphémère que jamais.

 

Or, la tendance, au SNE, est plutôt de viser l'inverse : 

La commission environnement n'a pas souhaité nous apporter d'informations supplémentaires pendant la rédaction de cet article.

 

Cependant, le recyclage de livres ne serait pas un nouveauté mondiale. À Londres, on peut ainsi trouver des bennes « Livres uniquement » de l'organisme de charité Read International, qui fait le tri entre livres recyclés et livres envoyés à des bibliothèques, en Tanzanie.

 

 

Books Only Bin

ActuaLitté, CC BY SA 2.0