Le livre, un « bien partageable » à la peau dure

Antoine Oury - 12.08.2014

Edition - Société - institut du développement - durable bien partageable - livre papier


Dans le cadre d'une vaste étude sur l'économie du partage, l'institut du développement durable de Sciences Po évoque le livre, un des produits culturels qui bénéficient le plus de ce mode de transmission. Bien de consommation occasionnel, il serait particulièrement enclin à être donné ou prêté, même si son acquisition reste essentiellement du domaine du neuf.

 


La caverne aux livres

La caverne aux livres (Alexandre Duret-Lutz, CC BY-SA 2.0)

 

 

Parmi les produits culturels au format physique, le livre fait partie des premiers évoqués lorsqu'il s'agit de considérer le marché de l'occasion : de nombreux magasins proposent ce type d'offre, quand les sites Internet marchands ont un peu plus démocratisé cette pratique, ces dernières années. L'étude publiée par l'Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) se centre sur la durée de vie des biens consommables, ainsi que « les espoirs environnementaux de l'économie du partage, prise dans sa diversité, et les conditions de leur réalisation ».

 

Parmi l'ensemble des produits passés en revue par l'étude, les produits culturels représentent le plus faible volume de déchets au sein des ménages français : 75.000 tonnes par an, contre 700.000 pour les produits textiles, 1,5 million pour les automobiles ou encore 4,8 millions pour les équipements culturels. Dans les dépenses, les produits culturels gardent une place honorable, relativement stable.

 

 

Quand les publics se délaissent de leurs biens, la destination n'est pas forcément la poubelle : différentes pratiques ont cours, comme la revente, le don ou le troc. Et le livre apparaît comme un des biens les plus donnés après consommation, juste derrière les vêtements pour enfants. Autant dire que la valeur du livre, dans l'inconscient, est extrêmement périssable : après lecture, l'ouvrage se donne, plus qu'il ne se revend.

 

 

Dans la pratique, le don se ferait plutôt auprès d'un membre de l'entourage proche. La revente, elle, se serait déportée vers Internet : « 33 % des consommateurs déclarent avoir acheté un produit d'occasion sur Internet en 2011, alors qu'ils n'étaient que 27 % en 2007, et 34 % déclarent avoir vendu un produit contre seulement 16 % en 2007 », notait l'étude « Les secondes vies des objets » du Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions (CREDOC), en 2012.

 

La location et l'emprunt sont des pratiques moins développées que la revente ou l'achat d'occasion, note l'étude de l'Iddri, mais le livre a une longue tradition de location avec les bibliothèques, ce que limite probablement le développement d'offres parallèles en la matière, puisque le service est gratuit. Finalement, les systèmes de mutualisation parallèle se créeraient selon les manques de cette offre initiale, comme le site Chegg qui organise la location de manuels étudiants entre les particuliers.

 

Vers un partage du bien numérique ?

 

L'étude de l'Iddri étudie les bénéfices environnementaux apportés par les pratiques de réemploi, location, revente... Dans l'univers numérique, la revente et le marché d'occasion ne se sont pas encore développés, à la fois pour des raisons structurelles et légales. Il rencontrerait pourtant, si l'on se fie à l'analyse de l'Iddri, un succès presque assuré : quel objet semble plus périssable qu'un fichier numérique ? Une fois un film vu, un album écouté et réécouté, un ebook lu, le revendre et faire le ménage dans son ordinateur semble une solution appréciable.

 

Il faut toutefois prendre en compte l'aspect physique du livre papier : le gain de place entre aussi en compte, probablement, dans la décision de revente. 

 

Les observations de la Commission européenne autorisent cependant, dans un cadre légal assez flou, la revente de fichiers numérique, plus particulièrement les logiciels. Une jurisprudence datant du 3 juillet 2012 assure qu'un « créateur de logiciels ne peut s'opposer à la revente de ses licences “d'occasion” permettant l'utilisation de ses programmes téléchargés via Internet Le droit exclusif de distribution d'une copie d'un programme d'ordinateur couverte par une telle licence, s'épuise à sa première vente ».

 

Dans le cas du livre numérique, ce dernier est toujours considéré comme un logiciel sur la plupart des territoires européens, à l'exception notable de la France. Aux Pays-Bas, le site Tom's Kabinet, qui propose la revente de livres numériques, garantis comme légaux et sans possibilité de vente indéfinie via la copie d'un même fichier, a pu poursuivre ses activités malgré un procès intenté par les éditeurs du pays. Grâce à la jurisprudence de la Commission, qui lui a simplement demandé de se rapprocher des professionnels pour définir les modalités de l'offre.

 

L'intégralité de l'étude pourra être consultée à cette adresse.