Le magazine Spare Rib, porte-parole du mouvement féministe en Angleterre

Joséphine Leroy - 07.06.2016

Edition - International - Spare Rib magazine - numérisation magazine 1960 - archives numériques Angleterre


Spare Rib, ce magazine accolé au Mouvement de libération des femmes de la deuxième partie du XXe siècle, était l’outil principal des féministes anglaises dans leur combat contre les stéréotypes et l’utilisation des femmes. Irrévérencieux, plein d’humour et de distance, et marquant par ses couvertures tape-à-l’œil, le magazine tentait à l’époque d’élever et de diversifier les débats sur le féminisme, mais aussi sur le traitement des minorités en général. Le catalogue de ce magazine alternatif est maintenant numérisé et publié en ligne par la plateforme associative et à but non lucratif Journal Archives, en collaboration avec la British Library. 239 publications du magazine (1972-1993) sont disponibles et librement téléchargeables.

 

Première édition du magazine dont le titre se traduirait par « côtelette de porc » (1972)

(Angela Phillips / CC BY-NC-SA 3.0)

 

 

 

Il avait été créé en 1972 par Marsha Rowe et Rosie Boycott et fonctionnait sur un principe de gestion collective. Il faisait intervenir une « large palette de voix », mais aussi des personnalités importantes du mouvement : Bretty Friedan, Germaine Green, Margaret Drabble, Angela Davis ou Alice Walker. Le magazine tenait également comme ligne directrice la création d’un espace dédié aux femmes ordinaires, leur laissant ainsi la possibilité de raconter leurs propres histoires.

 

Magazine d’avant-garde ou magazine vivant avec son temps ? « Dans des centaines de pages de Spare Rib, le débat passionné autour du racisme, de la lutte des classes ou de la sexualité au sein du groupe communiste n’était pas moins vivace hier qu’il ne l’est aujourd’hui », précise la British Library.  

 

 

 

Roisin Boyd, auteure et femme de radio irlandaise, a repoussé les limites du journal qu’elle a rejoint en 1980, mais en a aussi pointé les contradictions fondamentales. Dans les années 1980, le mouvement féministe est critiqué : s’il revendique le progrès, pourquoi, dans le magazine, n’y a-t-il que des Blanches de classe moyenne ? Dans un essai, Rosin Boyd revient sur cette problématique fondamentale : « Sur les trois ans de ma participation au collectif, le fait qu’en temps que femmes et féministes, nous reconnaissions les problèmes, mais que nous n’arrivions pas à régler nos différends m’a souvent rendue perplexe. » « Certaines personnes du collectif venaient d’une classe sociale supérieure » et « se tenaient à distance du problème du post-colonialisme ».

 

Dans Spare Rib, la priorité était donnée à la pluralité des débats, même si ceux-ci n’étaient pas de tout repos, surtout lorsqu’ils concernaient la sexualité et le racisme. 

 

Spare Rib était une sorte de vitrine du mouvement féministe de l’époque. Pour Sue O’Sullivan, ex-membre du collectif, c’était un « outil pour atteindre des milliers de femmes chaque mois pendant plus de vingt ans ». 

 

La numérisation de l’intégralité du catalogue pourrait être une « formidable ressource pour les jeunes historiens, les féministes engagées, les chercheurs et toutes les femmes (ou hommes) qui se demandent à quoi se sont raccrochées dans le passé leurs mères, leurs tantes, leurs grand-mères ou des connaissances plus âgées ».  

 

L’heure serait-elle à la nostalgie ? En mars 2016, Oz « le magazine le plus controversé des années 1960 », avait été également numérisé. Et ce mois-ci, c’est au tour du magazine provocateur et briseur de tabous Avant-Garde de l’être. L’esprit d’un temps. 

 

 

(via Open Culture)