Le maillot de foot brésilien, dessiné par un écrivain en 1950

Antoine Oury - 12.06.2014

Edition - Société - Brésil - Coupe du Monde - football


L'habit ne fait pas le moine, mais peut-être que le maillot fait le footballeur : en 1950, alors que la Coupe du Monde est hébergée par le Brésil, la finale voit le pays voisin, l'Uruguay, enfoncer la nation du football, avec un score final de 2 buts contre 1. Toute la nation le vit comme « La Défaite », et le football brésilien sent bien qu'une refonte d'image est nécessaire : cela passera par le tissu.

 

 

BRASIL

(Eduardo Marquetti, CC BY-SA 2.0)

 

 

Alors dominé par le bleu, le maillot de l'équipe brésilienne doit se parer des couleurs du drapeau national, afin de régénérer la foi de la population dans son équipe. La Confédération brésilienne des Sports, aidée par le journal Correio da Manhã, met alors en place un concours de design autour du nouveau maillot, avec pour seule contrainte l'utilisation des couleurs jaune, vert, bleu et blanc.

 

Aldyr Garcia Schlee, qui résidait alors à Pelotas, à proximité de la frontière avec l'Uruguay, s'est penché sur le concours, et pas qu'un peu, puisqu'il a dessiné plus de 100 maillots différents avant de se décider : « Comment mettre du blanc et du jaune sur un maillot ? Ce qu'on obtient, ce sont les couleurs nationales, ou alors celles du Vatican ! », se souvient-il.

 

Il a finalemement contourné le problème en réservant le blanc... aux chaussettes, et son dessin - Schlee est également illustrateur - fut finalement retenu par la Confédération. Suite à sa victoire, Garcia Schlee eut le privilège de rencontrer l'équipe de football nationale, mais il n'en garde pas un très bon souvenir : « Les joueurs étaient juste une bande de vauriens », préoccupés par la boisson et les femmes. Autre temps, mêmes moeurs...

 

Depuis, le maillot dessiné par Schlee est devenu une référence visuelle du football : en 1996, la marque Nike aurait même déboursé 200 millions de dollars pour pouvoir fabriquer ses propres maillots aux couleurs du Brésil. De son côté, Garcia Schlee s'est heurté à la dictature militaire, fut emprisonné pendant quelques années, et mena une carrière de journaliste et de romancier. 

 

Il est resté proche du milieu du football, notamment avec son recueil Cuentos de Fútbol, écrit en espagnol et publié en 1995, et s'est particulièrement intéressé aux relations entre le Brésil et l'Uruguay. Toutefois, il porte un regard désabusé sur sa création footballistique, et le milieu du sport : « Ce maillot n'est pas un symbole de la citoyenneté brésilienne. C'est le symbole de la corruption et du statu quo. » Malheureusement, nul n'est prophète en son pays...

 

(via The New Yorker)