“Le maintien du prix unique, c'est le maintien de la diversité culturelle”

Antoine Oury - 17.12.2018

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En Allemagne, le prix unique est appliqué de manière plus ou moins tacite depuis la fin du XIXe siècle : une sorte de tradition commerciale, donc, entrée dans la loi au début des années 2000. En mai 2018, la Commission des monopoles, sorte d'équivalent de l'Autorité de la Concurrence en Allemagne, a rendu un rapport au gouvernement critiquant largement le prix unique en y voyant une « intervention sérieuse sur le marché », obstacle à la libre concurrence.

Foire du Livre de Francfort 2018 - #FBM18
À la Foire du Livre de Francfort, en 2018 (photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


L'intérêt de la Commission des monopoles a été attiré sur l'application du prix unique du livre après un jugement négatif de la Cour de justice de l'Union européenne sur la fixation des prix en vigueur en Allemagne sur le marché des médicaments. Craignant un jugement similaire de la Cour sur le marché du livre allemand, la Commission des monopoles a donc fait du zèle, avec un rapport rendu en mai dernier au gouvernement fédéral.

Les effets du prix unique du livre seraient « ambivalents et peu explicites », selon la Commission des monopoles, qui ne relève donc pas de statut indispensable à cette intervention sur le marché, laquelle entrave la libre concurrence. S'il est difficile de contester l'obstacle à la libre concurrence que représente le prix unique du livre, ignorer son rôle dans le maintien d'un réseau de revendeurs diversifiés l'est tout autant.

Le gouvernement fédéral, a priori, ne comptait pas vraiment suivre les conclusions de la Commission des monopoles : le prix unique du livre, en Allemagne, est quasiment une composante culturelle, au même titre qu'en France. La Fédération des éditeurs et des libraires allemands s'était bien évidemment élevée contre la perspective d'une disparition du prix unique du livre.

Le Parlement allemand, le Bundestag, vient aussi de se ranger aux côtés de l'industrie du livre dans une résolution, adoptée à l'unanimité, qui demande au gouvernement de ne pas suivre le rapport de la Commission des monopoles. 
« Le “oui” du Bundestag allemand pour maintenir un prix unique du livre est un “oui” à une diversité culturelle vivante. Par leur décision d’aujourd’hui, les députés ont reconnu le rôle central joué par le livre dans notre société et le fait que le prix unique est un facteur essentiel pour la protection et la promotion de la diversité culturelle. Les demandes incompréhensibles de la Commission des monopoles ont clairement été rejetées par les parlementaires », se réjouit Alexander Skipis, directeur général de la Fédération des éditeurs et libraires.

Pour contrer le rapport de la Commission et assurer le maintien du prix unique, la Fédération publiera le 8 avril 2019 un rapport scientifique, commandé par ses soins, qui établira les effets positifs du prix unique du livre.


Commentaires
Le PU n'a pas que des bons cotés pour les libraires contrairement à l'idée reçu, normalement un commerce adapte le prix de ce qu'il vend à ces charges sauf la librairie à cause du PU ce qui est un problème pour tout le monde (appauvrissement des auteurs, éditeurs et des libraires). Je vois pas trop le gain...
Le gain ? C'est simple, voyez les disquaires... il n'y a pas qu'internet qui a joué un rôle dans leur disparition. Quand vous avez une grande enseigne qui peut bénéficier d'une remise supérieure (disons 45 %) à un libraire de quartier (qui est plutôt vers les 35%), le résultat est un livre moins cher dans la grande enseigne... et la mort de la librairie de quartier. Qu'en 2018 une quantité aussi grande de personnes n'est toujours pas conscience de la diversité exceptionnelle de l’édition française, qui est là aussi grâce au prix unique, ça me dépasse. Allez parler à des libraires (indépendants). Ça vous aiguillera surement.
"Je ne vois pas trop le gain..."



Face à la concurrence des grandes enseignes (Fnac, Culture, Amazon, etc.), aucun libraire ne s'amuserait à vendre un livre plus cher que le prix fixé par l'éditeur. Le principal ressort du libraire pour augmenter sa marge nette n'est pas pas le prix du livre ou même la remise du fournisseur qu'il peut espérer dessus ; c'est tout simplement la rotation de son stock, autrement dit, pas vendre plus cher ou acheter moins cher, mais vendre plus vite.

Quand au gain de la loi Lang, il est d'empêcher les grandes surfaces culturelles et les vendeurs comme Amazon de flinguer toute la concurrence avec des prix volontairement bas. Les libraires indépendants défendent un assortiment de livre plus varié et qui met plus en avant des petites ou moyennes maisons d'éditions, lesquelles pourraient difficilement survivre sinon car ne faisant pas assez de "commercial", pas assez de best-sellers tout public, les grandes enseignes susmentionnées ne les commercialise même pas. Le prix unique garantit donc une plus grande diversité de l'offre éditoriale. C'est toute la chaine du livre qui s'appauvrirait sans lui ; les librairies s'effondreraient, des auteurs ne seraient jamais publiés, et nombres d'éditeurs indépendants n'auraient qu'à fermer boutique – les quelques-uns qui survivraient seraient forcés d'augmenter leurs prix pour le faire, résultant dans une augmentation moyenne du prix du livre.

Le gain c'est tout simplement une bouée de sauvetage, indispensable.
Une bouée qui tue les auteurs avec 6-7%.

sauver les libraires ça marche pas non plus.

le prix du livre est cher en France et y a jamais de promotions (faut attendre 10 ans pour la version poche et souvent JAMAIS).

Nous avons le livre numérique le plus cher, pour rien, nada niveau gain.

LE PU est un échec complet
Le passage en poche n'est pas une question de PU. C'est à l'éditeur de décider s'il veut publier une version poche ou pas ; il le fait généralement dans deux cas : soit pour un livre qui se vend vraiment bien, soit pour un livre qui a épuisé son tirage grand format mais dont le retirage coûterait trop cher par rapport aux espérences de ventes.

Le PU sur le livre numérique est débatable, vu que les librairies sont peu présentes sur ce marché. Mais quant au prix du livre plus cher en france c'est tout simplement faux. Il n'y a pas de promo et c'est tant mieux,car comme dit précédemment, cela ne profiterait qu'aux grandes enseignes et tuerait tout l'écosystème. Comparez le marché français aux marchés étrangers qui n'ont pas de prix unique : seuls les best-sellers y sont moins chers ; les livres plus confidentiels sont plus chers ; le manque de diversité de l'offre fait peine à voir. L'absence de prix unique revient à une exanguination culturelle...

Quelle tête vont faire les auteurs qui ne seront plus publiés car pas assez rentable ?
Je pratique l'Ebook Anglais/USA et non aussi bien coté diversité que prix c'est le paradis par rapport à la France ; les éditions physiques sont quand même hors Best-seller sont quand comparable à la France ; même chose du coté de l’édition indépendante, je trouve le monde Anglo-saxon bien bien plus vivant et intéressant. Là non plus je vois pas trop l'avantage PU/exception culturelle (coté cinéma et séries TV j'y vois encore un intérêt mais pour l’édition c'est le quasi-désert).
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