Le maire de Rome se retrouve avec un rat néonazi dans la gorge

Clément Solym - 29.04.2012

Edition - International - Italie - Maire - Rome


Le maire de Rome, Gianni Alemanno, a finalement refusé l'utilisation de la salle de Caroccio, située au Capitole, pour la promotion d'un ouvrage, prévue pour le 4 ai prochain. Ce texte publié aux éditions Ar de Freda Franco enfreint « les principes sacrés de la Constitution », ainsi que s'en est aperçu in extremis le maire. Comme on s'en doute, la polémique n'a pas tardé.

 

Dans un communiqué, le maire revient donc sur une autorisation déjà donnée. En effet, Franco Freda fut condamné à des peines de prison entre 1960 et 1970, pour attaques subversives. Et son passé politique rejaillit sur le livre qu'il présente, traitant du philosophe allemand, Freidrich Nietzsche. Sauf que, creusant quelque peu le passé de l'homme, on découvre qu'il est aussi l'éditeur de textes négationnistes, ainsi que d'une version italienne de Mein Kampf. 

 

Un texte décidément très chaud dans l'actualité, ces dernières semaines. 

 

Walter Veltroni, chef du parti démocrate, s'est vivement ému de ce que le maire ait pu donner les autorisations nécessaires à l'éditeur intéressé. « Ce qui me frappe, explique-t-il, c'est que tout le monde sait qui est Freda, quelles sont ses liens, et ses responsabilités sont bien connues dans les massacres et les tragédies des Années de plomb. » Une période, des années 60 à 80, où différentes manifestations politiques violentes, accompagnées de luttes armées, avec un recours régulier à l'attentat politique eurent lieu en Europe. Elles se soncrétisaient notamment par l'opposition assez classique d'une logique communiste contre néofascistes. (voir Wikipedia)

 

 

 

Walter Veltroni n'a pas mâché ses mots, estimant que la négligence du maire était « une faute et une insulte pour la ville ». Et de faire croire que personne n'avait connaissance de la nature idéologique de la maison d'édition, un autre mensonge, passablement éhonté...

 

D'autant que Freda avait reconnu lui-même son implication dans différents attentats, et qu'il fut condamné pour en avoir été l'organisateur. Alors comment se fait-il qu'il puisse impunément obtenir les autorisations idoines ? Parce qu'il avait correctement rempli les documents bureaucratiques ? Faut croire...

 

Or l'autre problème se pose du côté du maire. Ce dernier est également réputé pour son passé proche des néo-fascistes, et selon certains, il entretiendrait et cultiverait ces liens aujourd'hui encore. Il en fut membre jusqu'en 2008, année où il a rejoint les troupes de Silvio Berlusconi et le mouvement Peuple de la liberté - et année où il fut élu maire de Rome également...


Cependant, pour garantir son image de marque, le maire ne peut plus laisser affaire. « Je vais prendre soin d'interdire immédiatement toute manifestation et de faire retirer toute autorisation pour cette initiative », assure-t-il donc dans un communiqué. 

 

Pour certains, Alemanno se retrouve pris, selon l'expression italienne consacrée « avec un rat dans la bouche », et à devoir surtout le retirer le plus rapidement possible. Sauf qu'il semble clair que personne, du côté administratif, n'a pris le temps de vérifier les références de l'éditeur, et les porte-parole, assure que dans le cas contraire, aucune autorisation n'aurait été donnée à l'éditeur.  

 

Mais il semble difficile d'avaler qu'avec le passé du maire de Rome, personne n'ait fait le rapprochement, ni n'ait eu à l'esprit les affinités néo-nazies de l'éditeur Franco Freda. « La vérité est qu'ils ont tenté de fermer les yeux sur ce sujet. Puis Alemanno a tenté de mettre un cache-misère sur ce trou, comme d'habitude », s'indigne le sénateur Stephen Pedica.