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Le maire de Vérone censure les livres traitant d'homoparentalité : c'est sale !

Cécile Mazin - 07.07.2017

Edition - International - Verone maire intolérance - livres théorie genre - homosexualité homoparentalité livres


Le maire de la ville de Vérone, en Italie, vient de décider de faire disparaître des livres destinés à la jeunesse du catalogue de la bibliothèque municipale. Dans un mouvement ferme, il explique son intention de lutter contre « la théorie du genre », et de choisir au mieux les livres que les enfants pourront lire.



Federico Sboarina, maire de Vérone
 

 

« Je suis favorable au dialogue et l’expression des opinions, ainsi qu’à l’absolu respect de la liberté de la presse. Je suis aussi convaincu qu’une famille est composée d’une mère et d’un père, et je défendrai cette valeur dans l’éducation des enfants et des jeunes », assure le maire, jetant de l’huile première pression sur le feu.

 

Federico Sboarina est parvenu à attirer la colère des éditeurs et bibliothécaires au niveau national en choisissant de supprimer de la bibliothèque quelques titres pas conformes à son idée. 7 précisément, sur un catalogue de 13.000 ouvrages, ont écopé de la vision du monde du maire. 

 

Récemment mis en place, il avait stipulé que cette mesure figurerait parmi les premières de sa prise de fonction, « retirer des bibliothèques et des écoles municipales et affiliées, les livres et publications qui placent sur un pied d’égalité la famille naturelle et celle de parents de même sexe ». 

 

Rapidement, les associations locales ont reçu le soutien des organisations professionnelles de l’édition. Alex Cremonesi, de l’organisation de défense des droits LGBT Arcigay Verona, explique : « Nous invitons le nouveau maire à réfléchir et à respecter les principes de la laïcité et de la pluralité de notre constitution, que son rôle l’amène à défendre. Que cela plaise ou non au maire, la multiplicité des familles et des êtres, dans la parentalité, les différences raciales et religieuses, les différentes orientations sexuelles, sont un fait, même à l’école, que l’on peut choisir de respecter ou non. »

 

Dans l’opposition, le parti Cinque Stelle dénonce « l’obscurantisme médiéval du maire nouvellement élu » et déplore une pareille attitude. Seules les organisations réactionnaires semblent saluer la décision. 

 

L’Associazione editori italiana a immédiatement réagi en partageant amplement l’information, condamnant fermement l’attitude du maire.

 

De son côté, l’International Publishers Association enjoint le maire à abandonner son sinistre projet. En poste depuis le 25 juin, il a reçu récemment une lettre du président de l’IPA, Michiel Kolman. 

 

« Pour être parfaitement clair, quelle que soit l’idéologie qui motive votre désir de supprimer et censurer une gamme de livres publiés auxquels les citoyens de Vérone peuvent avoir accès est totalement déplacé. J’aimerais vous rappeler que, dans un pays démocratique comme l’Italie, il n’est en aucun cas acceptable que l’on pratique légalement la moindre forme de censure », écrit-il.
 

"L’Italie est un pays catholique, leurs ligues ont toujours représenté un danger pour la liberté d’expression"


L’Associazione Italiana Biblioteche s’est également joint à l’IPA, et sa présidente, Rosa Maiello, ainsi que le président de l’AIE, Ricardo Franco Levi, d’insister dans une déclaration commune « Quiconque réagit, face à des livres qu’il considère nuisibles, en envisageant de les faire disparaître, de les cacher ou de les brûler, doit se faire expliquer qu’il est plus utile et plus gratifiant de les lire, d’en écrire, de les publier, de les distribuer, de les vendre, d’en choisir, d’en prêter, de les préserver. »
 

Déjà à Venise, voilà deux ans...

 

En juillet 2015 — décidément, l’été n’est pas propice à la tolérance sous ces latitudes — le maire de Venise Luigi Brugnaro était également parti en guerre contre des livres évoquant l’homosexualité et l’homoparentalité.

 

« Les parents sont libres de faire leurs propres choix [...], mais à l’école, il convient de garder à l’esprit que pour la majorité des gens, il n’y a qu’un papa et une maman », reconnaît le maire. Et certainement pas deux papas, donc.

 

À deux doigts d’accuser Pinocchio de vanter les mérites la procréation assistée, donc...
 

Or, de même que, pour l’affaire vénitienne, la présidente de l’AIB s’est déclarée « prête à apporter son plein appui aux collègues qui se verraient imposer, pour des raisons idéologiques, le retrait de livres de leurs collections et de leurs bibliothèques. Elle les invite à s’opposer à toute action qui serait ainsi contraire à la Constitution et aux droits civils ». 

 

Arcigay Vérone se lamente : au cours de la campagne municipale, l’association avait déjà mis en garde contre les mesures que le maire envisageait de prendre, sans avoir été écoutée. Le maire est désormais frappé « d’une apothéose paranoïaque et réactionnaire typique du moment : la théorie du genre, dans les écoles, est une chose qui n’existe pas, mais sur laquelle son parti s’est construit et a ramassé des voix ».