Le manga Oishinbo a tort : la radioactivité est inoffensive

Louis Mallié - 19.05.2014

Edition - International - Oshindo - Japon - Shinzo Abe


Depuis fin avril, la polémique fait rage au Japon. Le manga Oishinbo, dont deux épisodes sont parus dans l'hebdomadaire Big Comic Spirits le 28 avril et le 12 mai, est attaqué de toute part pour avoir représenté Fukushima comme une zone dangereuse de par sa radioactivité.  Après la préfecture, les réactions gagnent un niveau national.

 

 

 

 

L'AFP indique en effet que le Premier ministre japonais Shinzo Abe a commenté l'affaire lors d'une visite ce week-end dans la province de Fukushima, entraînant la décision de l'éditeur de stopper temporairement la parution du manga à compter de la semaine prochaine. Ce qui ne l'empêche pas malgré tout pour de récidiver aujourd'hui avec un nouvel épisode.

 

Très populaire au Japon, le manga s'est vendu, depuis sa première parution en 1983, à près de 120 millions d'exemplaires, et ce, pour pas moins de 110 tomes.  Mais il se retrouve désormais au centre d'une polémique qui ne dégrossit pas. En effet, les Japonais n'ont pas apprécié de voir la zone de Fukushima représentée comme encore profondément condamnée. « Il est nécessaire que le pays combatte de toutes ses forces ces rumeurs sans fondements », a déclaré le Premier ministre, en visite dans la ville de Fukushima, située à 70 kilomètres du site de l'accident nucléaire de 2011. « Il n'a été confirmé en aucun cas d'atteintes directes à la santé de qui que ce soit à cause des substances radioactives. », a-t-il ajouté. 

 

Aujourd'hui, le magazine Big Comic Spirits a publié un épisode des aventures de son héros dans la préfecture de Fukushima. Et il accuse « la compagnie Tepco et le gouvernement de traiter la situation de façon irresponsable », et recommande d'aider les gens d'aider les habitants à quitter cette province devenue « inhabitable ». Ce qui ne devrait pas apaiser les choses. En effet, dans l'épisode paru le 12 mai, on pouvait voir le personnage principal dire que « de nombreuses personnes souffrent désormais de saignement de nez et de fatigue à cause des radiations », ajoutant plus loin : « Les gens ne devraient plus vivre à Fukushima. » 

 

Le gouvernement et la préfecture de Fukushima avaient immédiatement exprimé leur indignation : « Le ressenti des habitants de Fukushima a été totalement ignoré, on les insulte. Ce genre d'allusion pourrait sévèrement mettre en danger l'agriculture, la sylviculture, et l'industrie du tourisme », avait commenté la préfecture de Fukushima dans un communiqué officiel. Différents partis politiques de la ville avaient également critiqué le manga. Le président de l'université de Fukushima, Katsumi Nakai, à propos d'un des professeurs apparaissant sous son vrai nom pour expliquer que la zone prendrait des années à être décontaminée, avait également déclaré :  « Nous aimerions rappeler aux membres de l'université de ne parler et agir qu'après avoir mûrement réfléchi. »

 

« Le diagnostic des experts est clair : il n'y a pas de relations de causes à effets entre l'exposition aux radiations des habitants et les saignements de nez »

 

Une levée de bouclier générale incomprise par le scénariste de la série, Tetsu Kariya « Je ne comprends pas pourquoi lorsque l'on écrit la vérité telle qu'elle est, cela est critiqué », s'était-il indigné sur son blog personnel, affirmant appuyer son scénario sur deux ans d'études sur le terrain. Quoi qu'il en soit, auteurs et éditeurs tiennent à leur légitimité : aussi le numéro de Big Comic Spirits paraissant aujourd'hui contient-il en plus de l'épisode d'Oishinbo une dizaine de pages consacrées aux réponses des médecins, et des autorités locales qui se sont dites insultées, ainsi qu'à des journalistes et essayistes.

 

Ce qui semble donc confirmer de toute part les assertions de Shinzo Abe et de son porte-parole Yoshihide Suga qui avait déclaré lors d'une conférence le 12 mai : « Le diagnostic des experts est clair : il n'y a pas de relations de causes à effets entre l'exposition aux radiations des habitants et les saignements de nez. » La conclusion de tout cela est donc la suspension temporaire de la série décidée par l'éditeur Shogakukan Inc. ce week-end. En effet, d'après une source du Japan Times le manga ne paraîtra pas dans le prochain numéro de Bic Comic Spritis, le 26 mai prochain.

 

En somme, il s'agirait donc d'une vulgaire diffamation, et la radioactivité ne serait pas si dangereuse. Même si ce n'est pas ce que semble penser Ruiko Muto, habitant de la zone contaminée, à la tête d'un groupe de plaignants ayant engagé des poursuites accusant le comportement des responsables de la centrale. « Après l'accident, j'ai entendu beaucoup de personnes se plaindre de saignements de nez », assurait-il au journal Asashi Shimbun la semaine dernière.  « La radioactivité est bien là, c'est un fait, aussi, je ne vois donc pas comment on peut réfuter tout lien entre les deux. Toutes ses protestations sont étranges. »