Le marché noir du livre devient la tête de Turc des éditeurs

Nicolas Gary - 03.07.2014

Edition - Justice - Turquie livres - contrefaçons oeuvres - crime victime


Après la saisie d'un chargement de livres de poche imprimés et revendus illégalement, les éditeurs de Turquie souhaitent mettre un terme à ce commerce florissant. Surtout que l'approche de la saison estivale semble propice à son développement. Mais le manque à gagner pour les professionnels de la chaîne du livre est considérable.

 

Istanbul

Moyan_Brenn, CC BY ND 2.0

 

 

Dans les rues d'Istanbul, on retrouve de ces jeunes colporteurs, dont les bagages sont remplis de livres contrefaits. « Je ne pense pas que ce soit un crime », assure un jeune garçon de 15 ans, déballant sa marchandise. Il travaille ouvertement pour un circuit parallèle de vente d'ouvrages, un épineux problème pour les éditeurs locaux. Ces derniers réclament aujourd'hui aux autorités de faire le nécessaire pour réprimer les librairies clandestines. 

 

Selon les études fournies, 20 % des lecteurs turcs achèteraient ces contrefaçons, et 30 % connaissent des gens qui s'approvisionnent de la sorte. Des exemplaires qui ne sont pas compliqués à trouver : dans les grandes villes, on trouve même de ces oeuvres dans les librairies officielles. 

 

Pour 8 à 10 lires turques, on peut s'acheter quelques lectures de contrefaçon, contre 20 à 30 lires dans un commerce classique (entre 2,7 et 3,4 € contre 6,8 à 11,2 €). En règle générale, souligne l'étude des éditeurs, les lecteurs se plaignent d'ailleurs que les livres soient trop chers. Et bien entendu, l'édition n'est pas d'accord. De son point de vue, ce sont les amendes et les sanctions qui ne sont pas à la hauteur du crime. 

 

Pourtant, on risque de 3 à 6 ans de prison pour contrefaçon, et une amende entre 50.000 et 250.000 lires (18.000 à 90.000 €). Les perquisitions policières ne manquent pas, et au cours de l'année 2013, 78 endroits ont été fouillés à travers le pays avec 220.000 ouvrages contrefaits découverts. Or, pour de nombreux juges, ce phénomène reste un crime sans victime réelle.

 

« Les juges ont une approche facile, du type ‘Laissons les gens lire'. Certains procureurs ne reconnaissent d'ailleurs pas les falsifications », explique Elif Kurtulus, avocat qui a travaillé pour le syndicat des éditeurs durant près de trois ans. Yunus Sonmez, directeur général de la maison Pegasus, estime que l'on trouve parfois des endroits avec 85 % de lecteurs ayant dans les mains des livres contrefaits. Un véritable drame pour l'éditeur qui publie, en turc, Fifty Shades of Grey, évidemment. 

 

Or, si le problème de la propriété intellectuelle se pose, il souligne que la commercialisation de ces livres incite à un modèle d'évasion fiscale, tout en nuisant à l'économie turque, à la hauteur de 200 millions de lires. Selon les données de l'International Publishers Association, le marché du livre, dans le pays, représentait 1,2 milliard $ en 2012 - l'un des plus importants au monde. 

 

Quant au petit pirate, qui gagne 150 lires par journée de travail, il est assez serein : s'il voit la police, « je remballe tout, et je cours ». Il faudra donc courir plus vite... (via AA)