« Le masculin l’emporte sur le féminin » : une règle de grammaire obsolète ? 

Laure Besnier - 09.11.2017

Edition - Société - Masculin Féminin écriture - règle grammaire - Tribune Professeurs


Ne plus enseigner que « le masculin l’emporte sur le féminin », c’est l’engagement signé par 314 membres du corps professoral dans une tribune publiée par le magazine français en ligne Slate cette semaine. En parallèle, une pétition pour soutenir les enseignant.e.s et encourager le mouvement a été ouverte sur le site Change.org.

 
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314 membres du corps professoral « de tous niveaux et tous publics, enseignant la langue française ou ayant à corriger des copies ou autres textes rédigés dans cette langue » ont signé la tribune publiée sur Slate.fr, promettant de ne plus enseigner la règle de grammaire suivante : « le masculin l’emporte sur le féminin ». Cette dernière consiste à accorder le ou les mots se rapportant à plusieurs substantifs de genre différents au masculin. 
 

3 Français sur 4 se disent
favorables à l'écriture inclusive

 

En même temps, une pétition a été lancée sur le site change.org pour encourager ce mouvement. Elle a atteint aujourd’hui 5 000 signataires et on y lit des commentaires comme « Je signe parce que je ne veux plus que la langue participe à la domination des hommes sur les femmes. », « J'ai enseigné à ma fille la règle de proximité, les hommes et les femmes sont belles, de la mobilité dans la règle c'est un bon point de départ pour penser le masculin et le féminin » ou encore « Le féminin est l'égal du masculin et comme le verbe est créateur, il est nécessaire qu'il reflète notre société que l'on souhaite égalitaire. » 


Une règle de grammaire récente

 

Des arguments étayés par bien d’autres dans la tribune publiée par Slate. Ainsi, les signataires de la tribune expliquent que cette règle de grammaire est récente. Auparavant, on utilisait l’accord « de proximité », inspiré du latin, qui « consiste à accorder le ou les mots se rapportant à plusieurs substantifs avec celui qui leur est le plus proche ». 

Une règle de grammaire arbitraire et politique

 

En outre, la décision d’appliquer la règle de grammaire « le masculin l’emporte sur le féminin » est politique et non pas linguistique. Sous prétexte que le masculin était le genre le plus « noble », supérieur au genre féminin, il devait donc l’emporter. Cela s’explique par le contexte historique français où les femmes n’ont pas eu de droits politiques et n'ont pas eu le droit d'aller à l’école avant longtemps. 


Une règle de grammaire qui ne pense pas l’égalité hommes-femmes

 

Enfin, les mots ne sont pas seulement des mots. Ils produisent des systèmes de représentations mentales dans lesquelles le genre féminin est subordonné au genre masculin. Elle conduit les « femmes et [les] hommes à accepter la domination d'un sexe sur l'autre, de même que toutes les formes de minorisation sociale et politique des femmes. » indiquent les signataires de la tribune. 

 

Dans ce contexte de lutte pour l’égalité de la femme, où l’on se rend compte de toutes les conséquences des stéréotypes de genre, cette règle de grammaire n’est pas à prendre à la légère. L’égalité dans la langue aussi, est nécessaire. 


D’autres règles de grammaire comme solutions

 

Les signataires de la tribune de Slate entendent donc enseigner la règle de proximité, ou l’accord de majorité (qui consiste à accorder le ou les mots se rapportant à plusieurs substantifs avec celui qui exprime le plus grand nombre : un français et mille françaises sont contentes, par exemple) ou encore l’accord au choix (qui consiste à accorder selon le bon vouloir du rédacteur ou de la rédactrice). 

 

De même, les signataires appellent toute la société : corps enseignant, presse, édition, écrivain, correcteurs, citoyens ainsi que le Ministère de l’Éducation nationale à appliquer ces nouvelles règles. 


La réaction frileuse de la secrétaire d’État Marlène Schiappa

 

Pour l'Académie française,
l'écriture inclusive est un “péril mortel”

 

Sur France Culture, Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas emballée par la tribune : «  Honnêtement, je pense que c'est assez problématique », « on ne peut pas décider de son propre chef ce qu'on va enseigner ou pas, quelle qu'en soit la raison ». Par contre, pas de soucis pour un débat « porté par des grammairiens et des grammairiennes ». 

 

Elle déclare ensuite être favorable à la féminisation du langage, mais sans pour autant apprécier le point médian prôné par l’écriture inclusive (les Français.e.s par exemple). La secrétaire d’État conclut : « on peut avoir le débat sémantique de la place des femmes dans le langage sans en faire l'alpha et l'oméga du débat de l'égalité entre les femmes et les hommes à notre époque ».


Pour lire entièrement la tribune sur Slate c'est à cette adresse