Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le mécène et éditeur Osman Kavala, fondateur d'Iletisim, arrêté en Turquie

Antoine Oury - 20.10.2017

Edition - International - Osman Kavala Turquie - Osman Kavala Iletisim - iletişim


L'homme d'affaires, mécène et éditeur turc Osman Kavala a été arrêté ce 18 octobre à Istanbul par les autorités turques, alors qu'il revenait de Gaziantep, au sud-est de la Turquie, où il assistait à une réunion au Goethe Institute. Fondateur de la maison d'édition Iletisim, une des plus importantes du pays, Kavala serait soupçonné de connivence avec le Parti des travailleurs du Kurdistan, interdit en Turquie et considéré comme terroriste par le gouvernement d'Erdogan.


Turkish flag
(William John Gauthier, CC BY-SA 2.0)
 


Né à Paris en 1957, Osman Kavala étudie l’économie à l’université de Manchester après une scolarité à Istanbul. Au décès de son père Mehmet Kavala en 1982, il hérite du groupe familial, conglomérat très puissant qui officie notamment dans l’équipement militaire ou les médias. Sensible aux arts et à la culture, Osman Kavala investit massivement dans ces secteurs et créé notamment Iletisim, maison d’édition basée à Istanbul et parmi les plus importantes du pays.

 

Les raisons de son arrestation n’ont pas été exposées, explique son avocat Ferat Çağıl, mais il suffit de jeter un œil sur la presse turque pour comprendre ce que le gouvernement lui reproche. De nombreux articles, très consensuels vis-à-vis du gouvernement, expliquent que Kavala avait des liens avec le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, interdit par le régime en place. La presse progouvernementale qualifie aussi Kavala de « Soros rouge », en référence au philanthrope George Soros, qui investit une partie de sa fortune dans la lutte contre les dictatures et pour l’ouverture des sociétés à la démocratie.

 

Les liens avec le PKK sont un prétexte utilisé depuis plusieurs mois par le gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan pour arrêter ses opposants ou ceux qu’il soupçonne de l’être. Éditeurs, hommes d’affaires, journalistes ou citoyens, tout simplement, sont les victimes de ces arrestations arbitraires, qui se prolongent bien souvent en attente d’un éventuel procès. Kavala est connu, en Turquie, pour son engagement en faveur d’un rapprochement avec les minorités, et la reconnaissance des génocides commis par le pays.

 

Pour Osman Kavala, la détention sera au minimum de 7 jours, semble-t-il, mais la France et l’Union européenne ont déjà fait part de leur inquiétude après l’annonce de cette arrestation. Kati Piri, députée démocrate socialiste néerlandaise, auteure d’un rapport sur la situation politique en Turquie, a souligné que cette nouvelle était « très inquiétante » et demandera aux parlementaires européens de « réclamer sa libération en urgence ». Agnès Romatet-Espagne, porte-parole du Quai d’Orsay, a déclaré que la France « sera très attentive aux développements de cette affaire », rapporte Le Monde

 

Asli Erdogan : “J'essaye de faire crier les silences”

 

D’après les éléments diffusés dans les médias turcs progouvernementaux, la police turque aurait perquisitionné les bureaux de l’ONG de Kavala, Anadolu Kültür, et y aurait trouvé des éléments liés à la mouvance politique kurde — des informations à considérer avec un minimum de prudence, évidemment. L’épouse de Kavala, l’universitaire Ayşe Buğra, aurait aussi été entendue par la police turque. Dans un message, elle assure que les accusations contre Kavala sont erronées, et que la justice du pays fera rapidement la lumière sur l’affaire.