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Le métier d'éditeur : la noire légende du camembert

David Meulemans - 19.12.2019

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DOSSIER – La valeur et sa répartition, l’origine même de tout différend et potentiellement de toute injustice. L’édition n’y échappe pas, et quand un livre doit faire vivre l’ensemble des acteurs d’une chaîne, on tente de mesurer ce qui revient à qui. Avec David Meulemans, directeur éditorial des Forges de Vulcain, ActuaLitté vous propose un dossier sur le métier d’éditeur, décryptant mythes et réalités.

pasteurisé ou lait cru, ton camembert ? - pixabay licence


Je devrais penser contre moi. Je suis envieux de l’image des libraires. Peut-être que suis-je mû par la jalousie. Ou peut-être suis-je victime d’un autre mythe : le camembert. Le camembert ? Le camembert n’est pas tout à fait un mythe. C’est une image erronée. Le camembert, c’est le schéma de répartition des recettes des ventes d’un livre. Il est faux. Au sens où c’est une image statique, alors que la vie d’un livre mériterait une représentation diachronique, et pas synchronique.

La représentation synchronique amène à comparer des choses qui ne se comparent pas. C’est un mythe.

Détaillons : dans l’image du camembert, l’auteur touche dix pour cent des ventes de son œuvre, l’éditeur touche quinze pour cent, le libraire, trente-cinq pour cent. Cette représentation donne l’impression que l’agent qui, dans ce système économique, créée la valeur, est celui qui est le moins bien rémunéré. Pourtant, le camembert compare des choses peu comparables, dans la mesure où l’éditeur touche ses quinze pour cent quand il a payé ses charges, fixes et variables. On pourrait argumenter que l’auteur a lui aussi de charges, il doit vivre.
 
Mais le fait est que la majorité des écrivains ne vivent pas principalement de leur activité créatrice. Leurs charges fixes et variables, en tant qu’écrivain, sont difficilement calculables. Mais ce n’est pas vraiment la question. Disons que le camembert permet de représenter le problème bien réel de la précarité des auteurs comme un problème de rapport de force avec les autres acteurs de la chaîne. Et a pour effet négatif, même si ce n’est pas l’effet recherché, de laisser peu de temps pour examiner deux autres raisons qui expliquent la maigreur des revenus des auteurs — la surproduction, et le prix modeste des livres.

Cela étant, peut-être que dire que le camembert est un mythe est une tentative pas très habile d’un éditeur pour masquer les rapports de forces en faisant diversion. 

Tout cela est un peu abstrait. Revenons à notre établissement d’une liste de mythes sur l’édition. Ces mythes sont si nombreux qu’il faut les organiser pour s’y retrouver. Je vous propose, pour commencer, de les classer chronologiquement. Depuis l’arrivée du manuscrit jusqu’au versement des droits d’auteur.

Premier mythe. Les éditeurs ne lisent pas les manuscrits. Que veut-on dire par là ? On sent parfois le dépit de l’auteur éconduit qui se dit : si mon manuscrit a été refusé, c’est qu’il n’a pas été lu. Mais il y a une part de vérité : les éditeurs ne peuvent passer leur temps à lire des manuscrits. Il est d’ailleurs tentant de ne lire les manuscrits que si on a absolument besoin d’un texte. Or, une maison peut ne pas avoir un besoin immédiat d’un texte. Il y a les textes d’auteurs récurrents. Il y a les textes étrangers.

Souvent, les auteurs éconduits veulent un retour précis sur leur texte. Or, ce n’est pas à l’éditeur de le faire. Lui demander de le faire, c’est croire à un autre mythe, que je détaillerai plus tard : le métier passion.

Je note qu’un autre « mythe » des métiers du livre est de considérer que les libraires passent leurs journées à lire. Les libraires passent beaucoup de temps à détromper les lectrices et lecteurs au sujet de ce mythe. Non, ils ne passent pas leurs temps à lire. Ils défont et font des cartons (dans cet ordre), ils passent des commandes, ils travaillent les offices, ils font les comptes, ils organisent des soirées. Puis, quand la soirée en librairie est finie, ils ferment leur caisse, tirent le rideau, rentrent chez eux et, éventuellement, lisent. 

Toutefois, le soin avec lequel ce mythe du libraire lecteur est pourfendu est proportionnel au dépit ressenti par le libraire quand un client lui dit « j’ai un métier pénible, j’aimerais avoir votre métier, lire toute la journée » ou « j’en ai marre de mon métier, je me verrais bien libraire ». Or, comme le libraire trime parfois durement, s’entendre dire : je ferais bien votre métier, il a l’air facile, peut susciter un mouvement contraire, de faire saillir ce qui, dans on métier, est le contraire d’une activité intellectuelle.

Toutefois, la sagesse serait de voir que la cliente ou le client qui dit n’importe quoi sur le métier, nous dit quelque chose sur sa vie, mais rien sur notre vie. Il n’est donc pas nécessaire de le rectifier trop durement. 

Donc : les éditeurs ne lisent pas les manuscrits. Creusons ce mythe, qui est lié à d’autres mythes. Comme les éditeurs ne lisent pas les manuscrits, mais qu’ils publient quand même, il faut bien qu’ils trouvent des textes. Surgit alors un autre mythe : les éditeurs ne publient que leurs amis. Ou : il faut d’abord être connu. Puis être publié. Ou : il faut coucher pour être publié. Variante : l’attachée de presse a couché pour avoir la une de tel magazine (variante sexiste du mythe précédent).

À suivre.
 

Précédemment : créer un mythe positif


Dossier - Le métier d'éditeur : mythes et légendes au pays des histoires


Commentaires
Et donc ce camembert ?

Parce qu'une fois qu'on a dit que c'est un mythe, aucune explication et on passe aux manuscrits et aux libraires pour les 2/3 du reste de l'article... rolleyes

Si on voulait noyer le poisson on ne s'y prendrait pas autrement...
Coucou. Je vais m'autoplagier : "Cela étant, peut-être que dire que le camembert est un mythe est une tentative pas très habile d’un éditeur pour masquer les rapports de forces en faisant diversion. ".

Plus sérieusement, le camembert mériterait une série d'articles. Ce n'est pas un mythe, mais une image. Comme toute image, elle est une synthèse, avec ses défauts et ses qualités. Les défauts sont détaillés (brièvement) dans l'article. Mais de manière générale, ce qui me semble sain est, est de voir que tous les acteurs de la chaîne ont de bonnes raisons de considérer qu'il leur est impossible de réduire leur part du camembert. Même si on monte la part des auteurs entre 10 et 14% (ce que beaucoup de maisons font), les revenus des auteurs vont rester faibles. Donc, il peut être fécond de voir comment la chaîne entière fait croître le secteur du livre. En taille ou en valeur. (cela me fait penser à un autre sujet : le livre est peu cher à l'achat, peut être donné, revendu, relu, pourtant, il est perçu comme un bien culturel onéreux.)
Vraiment pas d'accord avec cet éditeur.

Le Camembert est une réalité basée sur des études statistiques même s'il est vrai qu'il ne montre pas que le seul qui prend un risque financier est l'éditeur. Par contre le vrai mythe est que l'on peut faire fortune en étant éditeur. Dans l'édition, il y a de bons jours et de mauvaises années!

La lecture des manuscrits n'est pas un mythe aux Éditions du Net puisqu'un salarié est payé uniquement pour les lire et ils sont tous lus même si souvent lire la première page suffit à les refuser. Par contre nous ne justifions pas le refus d'un manuscrit pour ne pas avoir de problème avec l'auteur.

Pareil pour les libraires, on ne peut pas faire ce métier sans lire de livres!!!

Enfin désolé de vous contredire de nouveau mais le copinage est une réalité dans l'édition!!! non seulement sur la publication des livres mais aussi sur les critiques dans la presse, la présence dans les media et même sur l'attribution des prix littéraires. S'il vous fallait une preuve, voyez la sous représentation des femmes parmi les auteurs publiés.

Bref je suis en désaccord sur tous les points avec cet éditeur. Donc le vrai mythe est de penser que les éditeurs sont tous pareils.
Merci de votre message.



Comme c'est indiqué à plusieurs reprises, ces notes ne disent pas ce qu'est l'édition en général, mais ce que je peux en percevoir à partir d'un point d'observation qui est très partiel.



Ensuite : je sais bien que les libraires lisent beaucoup - mais souvent, ce n'est pas sur leur temps de travail... car les missions ne manquent pas pendant les horaires d'ouverture d'une librairie.



Enfin, la question du copinage fera l'objet du billet de demain. Toutefois, je pense qu'il faut étudier la chose plutôt en termes de système qu'en termes de personnes. -et je reconnais que, là encore, il y a un biais de ma part : je n'ai pas les moyens de bénéficier d'un éventuel copinage, donc, je décris un monde où les choses se font à la loyale, car, comme l'écrasante majorité des maisons d'édition, je ne peux faire les choses qu'à la régulière ; envoyer les livres par la poste aux journalistes, aux libraires, leur en parler, espérer qu'ils aimeront et soutiendront, etc.
Comme dit dans l'article, le camembert n'est pas un mythe, mais une image... qui fait tout de même apparaître une certaine injustice insoluble dans l'économie au lait cru moulée à la louche.

Dans ce cas, pourquoi ne pas sortir la rémunération de l'auteur - au moins une partie - de ce camembert ?

Dans un monde idéal, un monde industriel puisque la chaîne du livre est une industrie, l'auteur serait considéré comme le fournisseur d'un prototype.

Ce prototype, le manuscrit, lui serait payé par l'éditeur lorsque ce dernier obtiendrait satisfaction sur le modèle ( = travail éditorial) avant de le mettre en production (impression) et de chercher à le vendre (communication, diffusion, distribution).

L'achat du manuscrit à l'auteur ne serait pas une avance sur droits, mais bien le paiement pour la fourniture d'un produit à développer ensuite. Une pratique industrielle normale, aucune injustice là-dedans.

Il s'agirait bien de découpler la rémunération initiale de l'auteur des ventes futures. La cession de droits n'interviendrait que dans un deuxième temps. L'auteur pourrait toujours percevoir des droits, comme un designer, mais son travail en tant que fournisseur du modèle à produire aurait déjà été payé à un prix convenu.

Bien sûr, le prototype d'une star du design (heu... de l'écriture) vaudra plus cher que celui d'un débutant. Mais le débutant prometteur ou disrupteur aura sa chance. Et les industriels (mes excuses: les éditeurs) seront peut-être incités à limiter la surproduction de modèles (pardon, de livres) à peine différents les uns des autres pour ne lancer que les nouveaux designers (ha, zut, encore : auteurs) auxquels ils croient vraiment, parce que leur prototype (OK, manuscrit finalisé) leur aura déjà coûté des sous.

Il y aurait toujours de la littérature d'exploitation, mais le système de cavalerie serait grandement freiné.
La piste que vous décrivez est intéressante, dans la mesure où, en un sens, elle applique aux auteurs et autrices la règle qu'on applique aux traducteurs et traductrices. Un traducteur ou une traductrice est rémunéré.e au minimum 21EUR par feuille de 1500 signes numériques espaces comprises. Et son travail est un travail de commande. Le petit hic est que le livre traduit a déjà eu une première vie qui donne des éléments permettant de se projeter dans ses espérances de ventes. Quand une oeuvre est inédite, le risque qu'elle ne trouve pas ses lectrices et lecteurs est forte, donc, à moins d'avoir un argument qui permette de crédibiliser de fortes espérances de ventes, l'éditrice ou l'éditeur sera prudent.e. Mais le système que vous décrivez est celui de la commande, qui existe (même s'il est plus développé en non-fiction qu'en fiction). Par exemple, si vous recevez une commission pour écrire la bio de Dominique de Villepin, il est naturel de recevoir une somme initiale forte.

Je pense que, même si ce n'est pas souvent formulé ainsi, l'édition est une forme de capitalisme très dure :

- l'auteur ou l'autrice se trouve rémunéré à la hauteur de ses résultats, pas de son travail ;

- si une maison décide de changer la règle (en faisant des fortes avances à des auteurs débutants, à la hauteur du temps de travail), elle se crée des charges qui la pénalisent dans un système très concurrentiel ;

- la valeur de l'auteur ou de l'autrice est liée, le plus souvent, à ses résultats passés (en gros, celui ou celle qui vend bien peut négocier son avance) ;



Malgré ses défauts, je pense que ce système est un compromis. Pour faire monter les revenus des auteurs et autrices, je pense qu'il faut plutôt voir comment diminuer le volume de l'offre en maintenant le volume global des ventes (facile à dire, bien compliqué à faire dans un marché de l'offre). Ou augmenter massivement le prix du livre. Alors attention, cela ne signifie pas nécessairement augmenter le prix de vente au consommateur final. Cela peut signifier, comme dans d'autres marchés, qu'une partie du prix est financé collectivement. Mais cela fait, d'une certaine façon, payer le prix du livre en partie aux non-lecteurs...



Merci de vos idées et suggestions, cela dit.
"Un traducteur ou une traductrice est rémunéré.e au minimum 21EUR par feuille de 1500 signes numériques espaces comprises."

Cette phrase trahit une bien piètre connaissance des conditions de rémunération des traductrices.eurs. Allez jeter un œil sur https://www.atlf.org/profession-traducteur/remuneration/enquete-remuneration/ ...
Vous aurez noté que je dis "au minimum" et le texte de l'ATLF désigne une moyenne.
Vous aurez noté qu'un minimum est par définition inférieur à une moyenne.

Et que si l'enquête de l'ATLF observe un minimum de rémunération de 11 € le feuillet dit "traditionnel" (25 lignes de 60 signes, espaces et blancs compris), à augmenter de 15 % à 30 % lorsqu'on compte, comme vous le faites, en tranches de 1500 signes informatiques, soit 12,65 € à 14,30 € pour des traductions d'anglais vers le français (les tarifs observés sont supérieurs pour les autres langues sources), votre minimum est au moins de 50 % environ supérieur au minimum observé par l'ATLF.
Le minimum que j'ai indiqué est le minimum "syndical" que préconisent des institutions comme le CNL ou les régions afin qu'un projet soit éligible à des aides publiques. Il est bien sûr très au-dessus du minimum que certains éditeurs peuvent proposer, sur certains textes, à certains traducteurs, dans certaines circonstances. Pour ma part, pour l'anglais, je propose 21EUR par tranche de 1500 signes numériques espaces comprises. Parfois plus. Je crois que c'est l'usage de nombreux éditeurs de prendre ce chiffre comme référence (on a d'ailleurs là un cas intéressant où la puissance publique, sans imposer, créée une incitation force à adopter une norme).
Méconnaissance encore (vous allez croire que je vous en veux).

Le minimum de rémunération du traducteur exigé par le CNL pour soutenir un projet est de 21 € le feuillet traditionnel dont je parlais supra ("s’il s’agit d’un projet de traduction, faire l’objet d’un contrat de traduction prévoyant une rémunération d’au moins 21 euros soit au feuillet de 25 lignes de 60 signes (blancs et espaces compris), soit à la tranche informatique de 1500 signes (espaces comprises) avec une revalorisation du nombre de signes de 15% minimum")



Le minimum que vous indiquez dans votre article est donc : 1/ erroné même pour le "minimum 'syndical'" 2/ trompeur (il laisse croire qu'aucun traducteur n'est jamais rémunéré moins de 21 € les 1500 signes informatiques, ce qui est faux dans un nombre non négligeable de cas)
Et quid des 8 mois qu'il faut pour écrire un bouquin en parallèle d'une activité alimentaire, surtout lorsque que son compagnon n'a pas d'emploi ?
Je pense qu'une des difficultés vient de ce que la majorité des auteurs et autrices n'ont pas comme revenu principal leurs revenus de plume. Vu de l'extérieur (je ne suis pas auteur), on peut émettre l'hypothèse qu'il est plus facile de faire réfléchir la chaîne à son incapacité à bien rémunérer les auteurs et autrices si ces derniers ont pour revenu principal l'écriture. Ou si la médiocrité de la rémunération entraîne un tarissement de l'offre. Par exemple, mais je dis cela alors que c'est une question que je connais très mal, donc, si une personne qui s'y connaît veut amener des précisions, j'en serais reconnaissant, l'édition de BD n'a souvent pas les ressources pour bien rémunérer les dessinateurs et dessinatrices, mais cela présente un risque réel, que les personnes qui sortent d'écoles d'art ne se dirigent vers d'autres secteurs (jeux vidéos, communication ?) plus rémunérateurs. Le problème est que, dans l'édition de romans, par exemple, on ne manque pas de manuscrits. La rémunération faible ne décourage pas les nouveaux entrants. A mon échelle, le problème est : comment encourager des autrices et auteurs à perséverer alors que, même quand leurs textes trouvent leur public, la rétribution reste modeste ? Il y a les bourses, les aides, les résidences, mais ce n'est pas très sain (ce que je veux dire par là, c'est que ce sont des systèmes de compensation ou de correction : ils sont nécessaires mais ils devraient rester secondaires par rapport aux revenus liés à l'écriture).
Déjà le quatrième opus et j'ai l'impression qu'on n'a pas plus d'infos… Je trouve tout cela très "brouillon". C'est dommage parce que je suis certain qu'il y a beaucoup à dire et, effectivement, de nombreux mythes à démonter.
C'est effectivement un brouillon. Mais promis, il y aura plus de mythes dans l'épisode qui suit.
Pour ma part cette histoire de camembert c'est l'arbre qui cache la forêt. De nos jours un éditeur d'app ou de jeu mobile touche 70 à 75% revenus, le distributeur (Apple ou Google dans ce cas) ne prenant que 25 à 30% commission. Les business models sont certes un peu différents entre un média numérique et un livre papier, mais je rappelle que les prix des ebooks ainsi que la répartition de la valeur restent très largement indexés sur ceux des livres papier... Il serait temps que les éditeurs de livres fassent leur examen de conscience et se remettent en question niveau répartition, parce que les ficelles sont vraiment très grosses dans leur discours et ça commence à se voir. On ne peut pas continuer à mal payer les auteurs sous prétexte que de toutes façons ce n'est pas leur activité principale et qu'ils sont déjà pauvres donc les payer un peu plus ne ferait aucune différence. Mais c'est vrai que si on compare la charge de travail nécessaire pour écrire un bouquin a celle passée à l'éditer et qu'on indexe les rémunérations en fonction, l'éditeur ne toucherait plus grand chose...
Merci de ces remarques.



1/ Sur la question du numérique, je n'ai pas de réelle légitimité. Les forges ont fait du numérique de 2010 à 2013, ont arrêté, viennent à peine de recommencer. Je ne connais pas assez ce secteur.



2/ Attention, je n'ai pas dit que les éditeurs disent aux auteurs : vous ne méritez pas plus parce que ce n'est pas votre revenu principal. D'une part, c'est le revenu principal de certains et certaines. D'autre part, le problème est plutôt : comme pour certains, c'est un revenu annexe, ils tirent (inconsciemment) les rémunérations vers le bas.



3/ Je crois que beaucoup de tensions dans l'édition viennent de l'asymétrie d'attention et de position entre les agents. En deux ans, un auteur écrira un texte. Un éditeur sortira vingt livres. Pour l'un, c'est la chose la plus importante de sa vie. Pour l'autre, même s'il adore le texte, il adore vingt textes en même temps. C'est une relation qui est structurellement difficile.
L'éditeur se taille donc la part du lion sur 20 ouvrages, et perçoit à lui seul plus que les 20 auteurs réunis tout en n'y accordant qu'un 20ème de son attention, alors qu'eux travaillent chacun sur le projet de leur vie.

Asymétrique en effet, c'est le moins que l'on puisse dire.



Et je ne pense absolument pas que ce sont les auteurs qui tirent les revenus vers le bas parce qu'il s'agirait seulement d'un revenu annexe. C'est d'ailleurs complètement contradictoire avec le fait de dire que c'est la chose la plus importante de leur vie : les auteurs n'aspirent qu'à vivre de leur art.

S'ils ne le peuvent pas, c'est justement parce qu'ils rentrent en concurrence avec des milliers d'autres auteurs qui sont "sélectionnés" par les éditeurs, ces derniers disposant ainsi d'une position parfaitement dominante pour imposer des contrats avec des conditions de partage de revenus scandaleuses.

On parle de 10 à 14
Je me permets de nuancer ton résumé. L'éditrice ou l'éditeur consacre son temps de travail quotidien à travailler les textes et les livres. La majorité des auteurs ou autrices y consacre son temps libre. Je ne dis pas que c'est bien ou mal, je décris des faits.



De même, je ne suis pas auteur, mais je connais peu d'auteurs qui désirent vivre de leur art. Pour diverses raisons : parfois, ils ont un métier qu'ils aiment (c'est d'ailleurs un des sujets du denier numéro de la revue DECAPAGES), parfois ils n'ont pas envie d'écrire tout le temps, etc.



Pour nuancer sur la question de la concurrence : ce n'est pas la concurrence entre les auteurs qui fixe la rémunération. Imagine que je trouve un bon manuscrit parmi ceux qui m'ont été envoyés, je ne vais pas dire : ah non, je préfère prendre un manuscrit pourri parce que l'auteur du manuscrit pourri accepte de signer sans à valoir, et celui du bon manuscrit veut un à-valoir. L'élément structurel qui fixe les échelles de rémunération, ce sont les espérances de vente principalement. Le problème est que cela fixe des rémunérations en dessous d'un seuil décent. C'est une forme tordue de capitalisme. Dans le capitalisme classique, l'ouvrier travaille, son travail produit de la valeur et un excédent. La valeur donne le salaire. Et l'excédent va dans la poche de patron. Dans le cas de l'édition, on n'a pas d'excédent, mais souvent une sous-value. Bien sûr, un système ne peut exister s'il est déséquilibré. Deux équilibres sont possibles : quand l'auteur vend bien et qu'il commence à produire une plus-value. Ou ; les auteurs qui vendent bien financent ceux qui vendent moins bien. Le hic de ce second scénario, c'est que cette péréquation fait sens pour les éditeurs, pas pour les auteurs, qui peuvent ne pas comprendre pourquoi les méventes des uns tirent vers le bas les revenus des autres.



NB : ma formation en économie est très frustre. Si quelqu'un a les compétences et le temps pour reformuler ce qui précède dans un vocabulaire correct et plus précis, je l'en remercie.
Je ne pense pas qu'on puisse comparer l'autoédition et l'édition traditionnelle en terme de pourcentage reversé à l'auteur.

Je suis auto édité et je fais donc tout le travail de relecture, correction, mise en page, conception de la couverture, communication, etc... Et ça me prend presque autant de temps que le pure travail d'écriture. En passant par un éditeur cette partie "technique" est déléguée à l'éditeur. sans compter que je le fais moins bien (et de loin) que des pro du secteur (relecteur, correcteur, graphiste…)
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