Le Mexique célèbre le centenaire de son Nobel, Octavio Paz

Julien Helmlinger - 31.03.2014

Edition - International - Octavio Paz - Centenaire - Nobel de littérature 1990


Ce lundi marque le centenaire de la naissance d'Octavio Paz, essayiste, poète, mais aussi diplomate mexicain, lauréat du Nobel de littérature en 1990. Tandis que celui-ci est considéré comme l'un des plus grands écrivains de langue espagnole du siècle dernier, le Mexique célèbre la mémoire de la figure littéraire décédée en 1998. Un écrivain « dont la dimension fut celle d'un homme universel », comme l'exprime sa compatriote, la romancière Elena Poniatowska, qui a elle-même remporté la dernière édition du prix Cervantès. Pour elle, il fut « un pont entre les cultures », qui aura permis d'unir son pays au Japon, à l'Angleterre et à la France.

 

 

 

CC by 2.0 par Arturo Espinoza

 

 

De par son engagement politique notamment, Octavio Paz, né le 31 mars 1914 dans une ville de Mexico alors en pleine révolution, allait se tailler l'envergure d'un important personnage public antifasciste. Son grand père était homme de lettres et son père le représentant du leader révolutionnaire Emiliano Zapata, aux États-Unis, où le futur écrivain commença ses études.

 

Ce ne fut que plus tard, lorsqu'il étudiait le droit au sein de l'université de Mexico, qu'Octavio Paz allait commencer à écrire, inspiré notamment par l'imposante bibliothèque de son grand père. On se souvient de lui surtout pour la beauté de sa plume, ses essais et poèmes, et notamment son recueil Liberté sur parole, publié en 1955.

 

Aujourd'hui le centenaire de la naissance de l'homme de lettres sera marqué en son pays natal par un portrait croisé d'une vingtaine de personnalités l'ayant connu. Mais la commémoration se poursuit également tout au long de l'année via un cycle de conférences, de concerts et d'expositions qui lui sont consacrés.

 

Des oeuvres littéraires et diplomatiques

 

En 1945, il intégra le corps diplomatique mexicain et fut envoyé à Paris, où il se lia d'amitié avec André Breton et autres surréalistes. Ce fut au sein de la capitale française, en 1950, qu'il écrivit Le labyrinthe de la solitude, un essai essentiel sur l'identité mexicaine. Selon la romancière Elena Poniatowska : « Ce fut un livre de référence parce que la première chose que firent ensuite les étrangers et les intellectuels pour connaître le Mexique était de le lire ».

  

Les positions politiques de l'auteur, contre le totalitarisme, avaient attiré l'animosité d'une partie de la gauche latino-américaine, en dépit de son engagement en faveur des républicains lors de la guerre civile espagnole. Cependant, pour l'écrivain mexicain Álvaro Enrigue, dire qu'Octavio Paz était politiquement de droite ne serait pas faire justice au personnage.

 

Enrigue estime que ce jugement ne serait que le produit de la « radicalité » de la gauche latino-américaine des années 70, époque au cours de laquelle l'homme de lettres aurait pris ses distances avec la révolution cubaine. Il soutient en outre qu'Octavio Paz avait renoncé à ses fonctions diplomatiques en Inde pour protester contre la tuerie d'étudiants, intervenue au Mexique en 1968, à la veille des Jeux olympiques.

 

Selon l'historien Enrique Krauze, mexicain lui aussi, Octavio Paz se serait lui-même décrit comme un libéral, fils de libéraux dont les premières lectures ont été les encyclopédistes français. Quand son pair britannique Hugh Thomas, qui connut Octavio Paz en 1988, a estimé qu'il « fut un participant actif au drame des temps présents, avertissant clairement que, pour lui, c'était le socialisme démocratique - et non pas totalitaire - qui est peut-être la seule sortie rationnelle de la crise de l'Occident ».

 

Octavio Paz a obtenu le Prix Cervantès en 1981, récompense la plus prestigieuse du monde hispanophone, avant de se voir décerner le prix Nobel de Littérature en 1990. En France, en 1989, le président français François Mitterrand lui avait remis le prix Alexis de Tocqueville.