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Le milieu littéraire est-il misogyne ?

- 21.03.2011

Edition - Société - misogynie - joy sorman - edition


Le débat avait lieu au MOTif (décidément, courez-y - en plus, le café est rudement bon) et rassemblait Christine Detrez (sociologue), Jean Marc Roberts (éditeur), Laure Lemongi (éditrice), Joy Sorman (auteur) et Nathalie Lacroix (libraire). Le tout récent magazine Causette animait le débat.


 
Ouverture des hostilités

Christine Detrez ouvre la voie: Le milieu littéraire est-il plus misogyne qu'un autre ? Le monde entier est misogyne ! Le milieu de l'édition regroupe plus de femmes que d'hommes. Cependant, on constate plus de prix décernés aux auteurs masculins...A méditer.

Il est vrai que la littérature regorge évidemment de stéréotypes comme les rayons de littérature dite « féminine » réduisant les femmes à battre des paupières et cuisiner une mousse de canard à la perfection. Sans revenir au Guide pratique de la femme (ou comment souffrir en silence lorsqu'une migraine nous prend et que le mari rentre accompagné du boulot). On sait que la femme auteur et la femme lectrice est catégorisée. Mais ce n'est pas que cela. Joy Sorman ajoute qu'il tient aussi du fantasme des hommes, qui friands de la presse féminine se plaisent à imaginer la fille en rose...

                      Quand on parle du loup, on en voit la queue...

Christine Detrez a recours au manga. En effet, la littérature manga distingue Shojo et Shonen, soit le roman pour les filles et le roman pour les garçons. Seulement, cette classification est loin d'être imperméable et au contraire invite le sexe opposé à visiter l'autre côté du mur. Beaucoup de garçons, sans que cela soit réducteur lisent les shonen, et inversement ! De quoi se réjouir !

Jean-Marc Roberts revient à la position de l'auteur féminin. Annie Ernaux par exemple se fait nommer « Annie », se permet-on la même familiarité pour Alexandre Jardin ou Alain Decaux ?

We want SEX Equality !

Évidemment, il faut signaler la terrible réalité de l'inégalité des salaires encore présente aujourd'hui. Joy Sorman raconte une anecdote. Une amie à elle, éditrice, appelle un auteur qu'elle vient de faire paraître parce que Le Monde a publié en page 4 un article à propos de son livre, elle lui dit donc d'ouvrir le journal à la page 4. Celui-ci répond: « Ah ouais, c'est parce que t'es toute nue à la page 4 ? ». Outre l'irrespect hiérarchique, il y a une véritable atteinte à la personne. Il n'y a pas là de quoi rire.

True Story.


Il ne faut pas Ghettoiser !

Christine Detrez nous fait constater l'ampleur du problème. De nombreuses étudiantes (oui, c'est une réalité) désirent rédiger une thèse sur la question du genre. Alors on remarque que ce ne sont que des professeurs femmes qui acceptent de suivre le travail. La question doit toucher tout le monde tout comme le féminisme n'est pas réservé qu'aux femmes ! Retenez au moins cela.

Il faut agir !

C'est un fait, 83% des métiers de pouvoir sont tenus par des hommes (domaine politique). Le féminisme a une courte histoire sur l'échelle de l'humanité. 40 ans, c'est récent. On se doit de remarquer une belle avancée depuis Une chambre à soi de Virginia Woolf. Seulement le milieu de l'édition refléterait la societé, et le carcan dans laquelle elle se trouve. Il faut s'affranchir de la pression qui pousse les petites filles à lire des histoires de princesse. Enfin, si, il faut en lire ! Mais aussi laisser à disposition des livres de pompiers et de camions.

Autre fait de societé: la misogynie des femmes envers les femmes. Oui, ne soyons pas sexistes, ce comportement n'est pas réservé qu'aux hommes, non ! Des femmes reproduisent ce même schéma. Au moins, pas de discrimination la-dessus, si tout le monde peut-être misogyne, alors tout le monde peut-être féministe.

En lecture complémentaire sur le sujet : King KongThéorie de Virginie Despentes, Gender Studies de Judith Butler ou Boys Boys Boys de Joy Sorman...