Le ministère de l'Education brouille les cartes

Clément Solym - 11.05.2011

Edition - Société - ministère - éducation - chiffre


Nos confrères de Libération sont allés mettre le doigt là où ça fait mal, montrant les incohérences et les errements du ministère de l’Education nationale sous l’ère Sarkozy. En premier lieu l’esbroufe des chiffres : Luc Chatel s’arme sans cesse de chiffres et de statistiques en tous genres pour nous faire croire qu’avec toujours moins, on fait toujours beaucoup mieux. Mieux que du temps de la gauche, bien sûr, où régnaient la gabegie et le gaspillage.

Pourtant, si l’on fait un bilan, depuis 2007, le ministère de l’Education nationale multiplie les grosses bourdes, allant de la semaine des quatre jours, qui est une hérésie en rapport du rythme de l’enfant, en passant par la réforme de la formation des enseignants, qui a réussi à faire pire que ce qui se faisait avant…c’est dire, en mettant des profs sans aucune formation directement devant les élèves. Et nous ne parlerons pas de la réforme des lycées, vaste supercherie pour gagner quelques postes, se faisant passer pour une nécessaire rénovation en phase avec les besoins des élèves.

Mais le meilleur encore, ça reste les chiffres. Luc Chatel les aime, ils sont sûrs, tout du moins en apparence. A chaque fois qu’on l’écoute, on en a toujours plein les esgourdes. Il s’agit de faire croire que les suppressions de postes et la baisse des crédits servent la réussite des élèves quand elle s’inscrit avant tout dans la droite ligne de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Quel beau tour de passe-passe…et l’on aimerait y croire !


Ainsi lorsque Chatel déclare sur Europe 1 qu’il vient de faire voter « le budget le plus important qui n'ait jamais été voté : 65 milliards d'euros ». Là, on est soufflé quand même. Libération s’empresse de nous livrer la clef en révélant que les dépenses consacrées à l’éducation étaient en 1997 équivalentes à 6,5 % du PIB alors qu’en 2007, on est passé à 6 %, chiffre assez bas en comparaison de nombre de nos voisins de l’OCDE.

Quant aux suppressions de postes qui vont toucher à la rentrée 2011 tout spécialement le primaire, cela s’explique simplement : Georges Tron affirmait, il y a peu, que 18 000 enseignants étaient de trop sur ce secteur, n’exerçant pas directement leurs fonctions devant les élèves. Et Libération de révéler que ce chiffre émane d’un vieux rapport de 2005 déjà remis en question à de multiples reprises pour ses incohérences.

En définitive, il faudrait tout de même qu’il reste assez de profs de maths pour que les électeurs n’oublient pas de faire eux-mêmes les comptes, même après avoir entendu la manière de compter propre au ministère de l’Education nationale.