Un outil d'analyse et de surveillance web pour le ministère de la Culture

Nicolas Gary - 30.07.2015

Edition - Economie - internet Fleur Pellerin - veille analyse internet - surveillance presse blogs


Ce 27 juillet, le ministère de la Culture a lancé un appel d’offres visant à la « mise à disposition d’une plateforme de veille et d’analyse sur le web et les réseaux sociaux ». L’avis est présenté sur le Bulletin officiel des annonces des marchés publics et l’ensemble de la prestation ne devra pas excéder 90.000 €. C’est peu, pour surveiller internet...

 

Big Brother is Watching

Andrea Yori, CC BY 2.0

 

 

Mise à jour 14h29 : Le ministère de la Culture a contacté ActuaLitté pour expliquer que ce marché était préexistant, et qu'il ne s'agit absolument pas d'une demande spécifique du cabinet de Fleur Pellerin. La plateforme précédemment développée n'aurait probablement pas répondu aux besoins exprimés : la publication de cet appel d'offres reconduit un marché antérieur et s'assimile, selon le ministère, à un service de veille web tel que des sociétés privées peuvent en proposer. Le ministère souhaite disposer de son propre outil, afin que ce dernier réponde à des demandes spécifiques : il permettra au ministère d'obtenir des retours sur sa politique, en temps réel, avec des éléments mis à jour rapidement.

 

En l’occurrence, on trouve trace d’une consultation opérée en août 2010, et qui s’inscrit parfaitement dans la prolongation de l’appel d’offres paru en ce mois de juillet 2015. La consultation fait état de la « fourniture d’outils de veille médiatique » précisé comme « fourniture de panoramas ou revues de presse numériques, pendant la semaine, du lundi au vendredi inclus », avec les équipes du ministère, et week-end et jours fériés sans elles. (voir ici ou ici)

 

Les moyens à déployer étaient cependant moindres que ceux aujourd’hui réclamés par le nouvel appel d’offres. « Les besoins du DIC, de la DGCA et la DGPAT sont d’environ/moyenne de 34 000 articles sélectionnés sur un an avec rediffusion interne au sein du Ministère de la Culture. » À l'époque, c'est Frédéric Mitterrand qui logeait à la rue de Valois.

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Le prestataire qui remportera le marché devra se montrer ambitieux : outre l’outil de veille et de mesure, il doit disposer d’une assistance téléphonique pour le SAV, mais également préparer le terrain. Au menu sont prévues « réunions de travail à l’initiation de la prestation et en tant que de besoin durant l’exécution du marché » ainsi que des « sessions de formation avec mise à disposition d’une documentation utilisateur ». 

 

Un montant global est prévu, et certaines prestations complémentaires, opérées via bon de commande sont également prévues – pour un montant de 4000 € HT annuel, maximum. Le marché est lancé pour une année, mais reconductible sur trois années. Nul doute que le prochain locataire de la rue de Valois profitera de l’outil, si ce dernier s’avère fonctionnel. 

 

Blogs, presse, institutions, vidéos et photos

 

Il semblerait que l’approche du projet de loi Création motive donc le ministère à se doter d’un outil à même de prendre la tension du web à tout moment, estime Next INpact, qui présente le cahier des clauses techniques particulières.

 

Des fonctionnalités exigées, on en vient à se demander s’il ne s’agit pas d’une nouvelle NSA dédiée à internet, puisque la plateforme devra opérer veille et analyse à travers « le plus large panel de sources possibles », tant pour la France que l’international. Elle opérera depuis des sources fixes et flux RSS, et devra disposer d’un « nombre infini de requêtes à paramètrer ». Et bien entendu, alerter en temps réel par un modèle push mail.

 

Le tout avec un outil qui fonctionnera tout seul, puisque les équipes ne doivent rien avoir à configurer ni à opérer d’autre que des requêtes. 

 

Pour ce qui est des sites à traiter, on inclura « a minima les types de sources suivants : 

 

— sites d’information généralistes (agences de presse, TV, radios, presse nationale, presse régionale, pure players) ;
— sites d’information spécialisés (presse économique, webzines technophiles, sites d’information culturelles) ; 

— sites institutionnels ;
— blogs ;
— plate forme de partage de vidéos et de photos ;

— réseaux sociaux. 

 

La plate-forme de veille et d’analyse devra également permettre l’intégration de corpus de sources spécifiques dont les pages et les flux RSS seront mis sous surveillance ».

 

Amis, Likes, Followers : tout le monde à l'oeil

 

En outre, des indicateurs de volumétrie s’ajouteront pour mesurer les partages opérés sur les réseaux, de même que le nombre de vues ou encore les Amis, Like et Followers. D’ailleurs, les réseaux disposent d’un traitement de faveur puisque la rue de Valois apprécierait « que soit mis à la disposition de la cellule de veille un outil de scoring permettant de mesurer le niveau d’influence des acteurs de ces réseaux sociaux. Le candidat précisera les facteurs entrants en ligne de compte dans la construction de ses algorithmes et le poids respectif de ces facteurs. Il indiquera dans sa réponse si ces indicateurs ont un caractère dynamique ou statique (score attribué fixe ou relatif) ».

 

Si les documents doivent être remis avant le 30 août pour l’appel d’offres, les recherches par l’outil devront pouvoir agir avec une antériorité de 3 mois minimum. La plateforme devra être opérationnelle 72 heures après la date de notification du marché, mais, consolation, « l’assistance technique sera opérationnelle les jours ouvrés de 9 h à 18 h. Le prestataire précisera les délais maximums de réponse ».

 

Nous avons sollicité le ministère de la Culture pour un commentaire sur cette entreprise pour le moins pharaonique. C’est que toutes ces données représentent tout de même un fameux nombre de dossiers que le ministère de la Culture aurait sous la main – et pas une seule fois dans le CCTP il n’est fait mention de confidentialité... (voir le BOAMP) Selon un spécialiste, consulté par ActuaLitté, le projet est particulièrement lourd : « Cela nécessitera des moteurs de recherches robustes, à travers toute une plateforme dédiée. Sans compter les outils d’analyse de résultats, les algorithmes de recherche, ou encore les outils de mesure spécifiques pour les réseaux – à acheter ou à développer... »

 

 

 


Pour approfondir

Editeur : CNRS
Genre : marketing,...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782271073426

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