Le "moment iPod" du livre est certainement arrivé

Julien Helmlinger - 18.02.2013

Edition - Economie - Victoria Barnsley - HarperCollins - Amazon, Penguin et Random House


Au cours d'une interview, courant 2009, Barnsley avait soutenu l'idée que le « moment iPod » était encore à venir dans l'univers du livre. Approchée dernièrement par une journaliste de Live Mint, en marge du Festival littéraire de Jaipur, la P.D.G. de la maison HarperCollins est revenue sur la question. L'occasion d'évoquer l'état du marché de l'ebook, les rivaux comme Amazon, Penguin et Random House, ainsi que la stratégie de développement indienne de sa maison d'édition, tournée sur les ouvrages dédiés à l'éducation.

 

 

Crédits : HarperCollins

 

 

 

Tandis que le public semble avoir afflué dans la ville indienne, pendant le Festival littéraire de Jaipur, Victoria Barnsley y voit comme un signe positif pour le secteur de l'édition. Et des signes optimistes, l'industrie en avait bien besoin. Les diverses maisons d'édition peinent parfois à se positionner sur le marché du numérique, face aux grands acteurs de l'e-commerce venus changer littéralement les règles du jeu. La PDG estime que le « moment iPod » est arrivé, mais elle nuance toutefois :

 

« Mais ça a été moins dramatique que l'industrie musicale. Les ebooks représentent aujourd'hui 20 % de nos ventes. Le numérique, au sens large, a complètement transformé notre commerce. Seulement 35 % de nos romans sont vendus par des détaillants physiques. Le reste est soit en ligne ou dans des formats autochtones. Cela soulève toutes sortes de questions sur notre entreprise. Comment pouvez-vous découvrir un nouvel auteur, si vous n'allez pas naviguer dans un magasin de livres ? » 

 

 

Un développement globalisé pour faire face

 

Désormais, via son programme HarperCollins 360, la maison planifie son développement de manière mondiale, en proposant sur tous les marchés une offre à la fois imprimée et numérique. L'entreprise entend ainsi faire face à la menace représentée par Amazon, qui est à la fois détaillant et maison d'édition, même si Victoria Barnsley semble douter du modèle du géant américain.

 

« Amazon est potentiellement l'iTunes de l'industrie de l'édition. C'est une entreprise incroyable. Mais dans le fond, c'est une entreprise de vente au détail. En son cœur, c'est une entreprise qui place en premier le consommateur et non l'auteur. Ce n'est pas dans l'intérêt des auteurs de voir leur livre vendu à si bon marché, mais il l'est dans l'intérêt du consommateur. »

 

Amenée à redéfinir ce qu'est un livre à l'heure actuelle, la PDG avoue qu'il s'agit bien de sa préoccupation du moment. Ajoutant qu'à long terme, l'activité d'HarperCollins se centrera sans doute autour du contenu et des histoires. Elle confie : « Potentiellement, nous pourrions revenir au modèle de Dickens où nous livrons un chapitre chaque semaine. »

 

Récemment, HarperCollins a annoncé le lancement de sa division d'édition d'éducation en Inde. Celle-ci prévoit de développer du contenu pour le Conseil central de l'enseignement secondaire, s'attaquant à un marché de 150 millions £ pour les manuels scolaires anglophones. 

 

 

Pas de regrets d'être passée à côté de l'achat de Penguin

 

Alors que les concurrents Penguin et Random House s'apprêtent à fusionner, il est à noter que HarperCollins avait déposé sans succès une offre d'achat pour Penguin. Victoria Barnsley préfère voir le bon côté de la chose : 

 

« Il y a un inconvénient à être la plus grande entreprise au moment d'une transition. Que vous avez beaucoup à investir dans le statu quo. L'histoire nous apprend que, souvent, dans les moments de perturbation des affaires, les gens qui mènent la course ne sont pas ceux qui y gagnent parce qu'ils ont tellement investi pour que les choses restent les mêmes. Donc, c'est ce qu'ils ont à surveiller. »