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Le monde de Pram : À la découverte du Buru Quartet

Auteur invité - 05.09.2018

Edition - Les maisons - Indonésie Saga Zulma - Buru Quartet publication - Pramoedya Ananta Toer


Les éditions Zulma se sont lancées dans la publication des quatre volumes de ce qui constitue le Buru Quartet. Une œuvre clé, imposante, fruit d’un écrivain majeur : l’Indonésien Pramoedya Ananta Toer, dit Pram. Encore injustement méconnue, cette tétralogie a été publiée pour la première fois en langue française. Il s’agit d’une aventure éditoriale hors du commun. 




 

Le troisème tome a été publié ce printemps, le dernier est prévu pour le mois de novembre : plongez dans l’histoire de cet auteur, de son pays, avec un récit inoubliable, terriblement romanesque et franchement addictif. Vous ne le regretterez pas 
 

Parmi les centaines de nouveautés qui arrivent régulièrement entre ses mains, quels sont les livres qui retiennent vraiment l’attention d’un libraire ? Les grands bonheurs de lecture sont parfois dus au hasard. Ou pas exactement... Il arrive que ce dernier – qui n’existe peut-être pas – prenne apparence humaine. Dans le cas présent, celle de mon épouse qui travaille avec moi.

Un soir, elle dépose sur ma table de « lectures prévisionnelles » un beau livre épais édité chez Zulma – formidable maison d’édition – en me disant : « Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que ce roman est pour toi » ; cinq cents pages, une élégante couverture graphique aux tons chauds et un titre ambitieux : Le Monde des hommes. L’auteur ? Un Indonésien dont – mon ignorance est grande – je n’avais jamais entendu parler : Pramoedya Ananta Toer, surnommé Pram. Deux jours après l’arrivée dans ma vie du Monde des hommes, le livre était terminé, dévoré avec un appétit frénétique !
 

Plongée dans les Indes néerlandaises


Il est de ces histoires auxquelles on pense toute la journée, dans l’attente impatiente de retrouver ses personnages... et ma joie était immense de savoir que Zulma annonçait trois autres volumes pour boucler ce cycle, appelé communément le Buru Quartet. L’histoire du Monde des hommes se déroule à la toute fin du XIXe siècle dans les Indes néerlandaises, alors colonie hollandaise qui deviendra l’Indonésie. Dans cette société rigide et hiérarchisée, Minke est un indigène, condition considérée comme très inférieure au statut d’Européen ou de métis.

D’origine noble, il est cependant autorisé à effectuer des études poussées. À l’instar d’autres intellectuels de son rang formés dans le système colonial, le héros doit composer avec ses traditions et les savoirs importés d’Europe. Il intègre les leçons de rationalité et d’humanisme de ses professeurs. Amer, il constate qu’elles ne sont guère à l’œuvre dans le monde colonial où les hommes, et encore plus les femmes, ne se valent pas. 
 

Sa rencontre avec deux femmes hors du commun, Ontosoroh, la nyai, concubine d’un riche colon, et sa fille Annelies, va changer sa vie. Suite à la défaillance du mari et père, elles régissent ensemble une des fermes les plus prospères de la région... avec sagacité et fermeté ! La situation est incroyable pour l’époque. Comment une indigène, qui plus est une concubine, peut-elle se trouver à la tête d’une entreprise aussi considérable ?

Dans cette société corsetée, ce domaine administré par deux femmes sent le soufre. Minke mettra en péril son honneur et sa carrière en devenant l’ami de ce e famille et en tombant amoureux de la ravissante Annelies. Cette expérience va bouleverser la conception du monde des hommes de cet apprenti écrivain journaliste : elle va le plonger dans des aventures périlleuses et une impossible passion. 
 

Pram a passé une large partie de sa vie en prison, comme opposant au régime colonial d’abord, puis sous la dictature de Soeharto. C’est un immense écrivain de la liberté et de l’émancipation, souvent comparé par la critique à Soljenitsyne ou Kadare. C’est un texte incroyablement romanesque et émouvant, mais aussi politique et social, une grande œuvre à découvrir d’urgence. 
 

Après la lecture des trois premiers tomes, c’est avec impatience que j’attends la conclusion du cycle et remercie mon épouse pour son instinct, et Zulma pour son remarquable travail éditorial. 
 

Pramoedya Ananta Toer, dit Pram 


Pramoedya Ananta Toer est né en 1925 sur l’île de Java. Après avoir été emprisonné par le gouvernement colonial hollandais de 1947 à 1949, il est envoyé en 1965, sous la dictature de Soeharto, au bagne de Buru, dont il sort en 1979 sous la pression internationale. Grand humaniste, fidèle à ses idéaux jusqu’à la fin de sa vie en 2006, il est surveillé et systématiquement censuré. Son œuvre est immense – plus de cinquante romans, nouvelles et essais, traduits dans près de quarante langues. 
 

Buru Quartet. Tome 4, La maison de verre, paraîtra le 22 novembre.


 

Dossier coordonné par Wilfrid Séjeau, Le Cyprès-Gens de la Lune (Nevers) 

 

 

 

Pramoedya Ananta Toer, trad. Dominique Vitalyos (de l’indonésien) – Une empreinte sur la terre ; Buru Quartet. Tome 3 – Editions Zulma – 9782843048043 – 24,50 €




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