Le monde du livre américain dénonce la mainmise d'Amazon

Antoine Oury - 18.08.2020

Edition - International - Amazon livre - etats unis Amazon - GAFA congres


Trois organisations américaines, représentant les auteurs, libraires et éditeurs des États-Unis, cosignent un courrier adressé au sous-comité chargé de la concurrence de la Chambre des Représentants. Elles y dénoncent « la puissance » et « l'influence » d'une société sur le monde du livre, Amazon. Et cette situation n'aurait fait que « s'amplifier » avec la crise liée à la pandémie de Covid-19.

Amazon Bookstore on Seattle University Village


« L'importance de l'activité d'Amazon et ses parts de marché en matière de distribution de livres ont atteint un point tel qu'il est impossible pour un éditeur d'être absent de sa boutique en ligne », résume de manière laconique le courrier commun de l'Association of American Publishers, l'Authors Guild et l'American Booksellers Association. Ces trois organisations représentant à elles seules une bonne partie de l'industrie du livre aux États-Unis, éditeurs, auteurs et libraires.

Alors que le sous-comité chargé de la concurrence et le comité judiciaire de la Chambre des Représentants s'intéressent de très près aux activités des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) et à leurs pratiques commerciales, le courrier vient apporter des éléments nourrissant l'hypothèse d'un monopole d'Amazon sur le marché du livre, dommageable pour les autres acteurs du secteur.

« Amazon a utilisé son contrôle du marché, de manière agressive, contre ses fournisseurs et ses clients, et dispose d'un pouvoir malsain, capable de décider de l'avenir de nombreuses sociétés », indique le courrier. Les organisations du livre soulignent que la puissance du marchand ne vient pas seulement de ses parts de marché, mais aussi du volume de données qu'il peut utiliser : Amazon connait l'historique des achats, mais aussi les jeux vidéo auxquels joue un consommateur (via Twitch) ou les films et séries qu'il regarde (via Amazon Prime), et peut même s'appuyer sur les ordres donnés à son enceinte connectée, Alexa.
 

Des données à récupérer


Les données des vendeurs tiers utilisant la plateforme d'Amazon font aussi l'objet d'une attention particulière des parlementaires américains : la multinationale aurait en effet utilisé ces informations contre les vendeurs eux-mêmes, pour mettre au point des produits et des arguments de vente plus efficaces. 

Au cours des auditions de Jeff Bezos, PDG d'Amazon, par le Congrès américain, la représentante démocrate Lucy McBath avait d'ailleurs fait part des problèmes rencontrés par une libraire utilisant la marketplace de la société pour vendre des manuels scolaires. Après plusieurs mois de succès, cette libraire avait vu Amazon restreindre ses possibilités de vente. En moins de six mois, « Amazon nous a systématiquement empêchés de vendre dans la catégorie “manuels scolaires” », indiquait cette professionnelle, qui assure avoir envoyé 500 messages à Amazon, sans succès.
 
Interrogé, Jeff Bezos avait assuré ne pas être au courant de ce cas particulier.



Dans leur courrier, les organisations professionnelles demandent la mise en place de mesures de régulation limitant l'utilisation de ces données par Amazon, mais aussi l'interdiction de certaines clauses imposées par la multinationale, ou encore la vente à perte des livres, considérés comme des produits d'appel.

La lettre est lisible ci-dessous.



Photographie : une librairie Amazon à Seattle (kiewic, CC BY 2.0)


Commentaires
Amazon est la quintessence du libéralisme prôné en sous-main (rêvé/fantasmé)) par nos dirigeants et chaque maillon du système, du plus infime au plus hégémonique. Vouloir tuer Amazon c'est comme refuser de tuer le père et de coucher avec la mère. C'est vouloir tuer nos fantasmes. Nous sommes donc en pleine tragédie grecque, en pleine contradiction.
Cela n'est pas tout à fait juste cher Koinsky. Les principes de fonctionnement du marché supposent l'absence de monopole. C'est la raison pour laquelle sont développés des arguments de constitution ou non constitution de monopole dans la vidéo entre la congresswoman Mc Bath et Mr Bezos.

Si une telle preuve était apportée, le risque de démantèlement pèserait sur les épaules de Amazon comme ce fut le cas pour Bell il y a qq décennies.
Malheureusement votre argument est altéré par des biais cognitifs.

Vous utilisez ce que vous connaissez déjà pour réfléchir. C'est une illusions.



Attention, je ne dis pas ce que fait Amazon est bien ou "pas bien". Là n'est pas la question. Le sujet est de dire que vous devez réfléchir en oubliant tout ce que vous savez ou pensez savoir.
Cher John_FR,

Sans conteste nous sommes tous soumis à des biais cognitifs.

Il serait intéressant, voir constructif, de vous entendre développer les points que vous considérez altérés par mes biais plutôt que de vous arrêter à les dénoncer.
C'est exact, mais ça n'a rien à voir avec le libéralisme : c'est une loi américaine qui interdit le monopole. L'État américain est très libéral... à condition de ne pas avoir d'ombre par un géant. Tout le contraire de la France où l'on pratique presque un soviétisme désuet.

Bref, il y a le libéralisme, et l'application du libéralisme, selon les états.
Un soviétisme désuet, voilà une définition bien tournée pour décrire le fonctionnement de notre pays.
c'est bien gentil de discuter sur les lois mais le fond, comme le démontre l'auteur de l'article, n'est pas que commerciale. Quand amazone empêche un libraire de vendre ce qu'il a l'habitude de vendre- les manuels scolaires- il y a abus de pouvoir et atteinte à la liberté. Comment ne pas s'interroger sur l'avenir? La pensée unique est déjà bien ancrée, allons- nous laisser Amazone nous dicter ce qui est bien ou mal? Sommes- nous prêts à vivre, pour notre plus grand confort, comme en Chine?



Une autre questionraspberryourquoi Amazone est- il intervenu dans ce domaine précis? Quels sont ses motifs, ses mobiles? - se préserver ce monopole? S'il est dans cette démarche, jusqu'où ira- t-il?



Cette main mise sur le commerce se passe dans tous les domaines:des aiguilles pour piqueter aux machines agricoles et pièces détachées, faisant baisser la qualité pour continuer à être rentable. Mais jusqu'où?



Une fois de plus, comme pour le covid, attendrons nous qu'il soit trop tard pour se faire une vue d'ensemble des conséquences et penser à long terme et ajuster nos lois? ou allons- nous subir comme des veaux dans la passivité jusqu'à ce que cela nous tombe dessus?



Il y a pourtant une solution simple, qui ne demande pas de loi, n'achetons pas sur Amazone! Mais je ne vois pas beaucoup de journaliste pour démonter la propagande que les clients, eux mêmes, attribuent à Amazone -tout simplement parce que cela touche à leur porte monnaies-. Pas de journaliste pour montrer que le moins cher se paie toujours d'autres façons. Nous en avons pourtant bien des exemples avec pertes de qualités et perte de savoir- faire, ce trésor si difficile à reconquérir!
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