Le monde du livre serait dominé par des femmes blanches hétérosexuelles

Camille Cornu - 29.01.2016

Edition - Société - diversité édition - éditorial étude mixité


Remarquant que peu de livres publiés reflétaient une réelle diverstié humaine, des chercheurs intimement persuadés que cela était dû à un manque de diversité dans le personnel éditorial ont cherché à le prouver, et ont mené une étude, afin de pouvoir, enfin, avancer des chiffres scientifiques. Avec l'espoir que les graphiques et camemberts puisse aider à faire évoluer les consciences. 

 

 

 

En partant du constat que « la grande majorité des livres publiés sont écrits par des auteurs blancs sur des personnages blancs », l'éditeur Low Lee Books, éditeur de livres pour enfants se revendiquant « multiculturel », s'est lancé dans une collecte de données afin de créer une « culture de la transparence ». 

 

L'étude a été menée sur 1524 employés de la presse et 11.713 employés de l'édition parmi les principales maisons d'édition et plusieurs journaux indépendants. Le taux de réponse à l'étude a été de 25,8 %... Tout a été fait pour préserver l'anonymat des répondants, qui ont reçu un sondage à remplir par mail. Les données maison par maison n'ont pas été dévoilées, toujours dans le but de respecter l'anonymat des personnes. 

 

Parmi les personnes ayant reçu le questionnaire, qui a répondu et qui ne l'a pas fait ? « Les personnes s'identifiant comme appartenant à la diversité ont pu se sentir plus concernées et être plus disposées à répondre. Dans ce cas, cela voudrait dire que nos résultats montrent l'édition comme plus diversifiée qu'elle ne l'est en réalité », expliquent les responsables de l'étude, qui a été menée en partenariat avec l'université de Sainte-Catherine. 

 

Les personnes ont été interrogées sur leur ethnie, leur genre, leur orientation sexuelle et leur potentiel handicap. Aucune question ne portait néanmoins sur l'origine sociale ou la possession d'un diplôme. La semaine dernière, Penguin Random House annonçait pourtant renoncer à recruter ses salariés en fonction de leurs diplômes, afin d'attirer des candidats aux profils « plus variés ». 

 

Des disparités en fonction des postes occupés

 

Les résultats de l'étude montrent que dans l'industrie éditoriale en général, le personnel est composé à 79 % de personnes blanches, à 78 % de femmes cisgenres [qui reconnaissent leur genre comme celui attribué à leur naissance], à 88 % de personnes hétérosexuelles, et à 92 % de personnes valides. 

 

Le nombre d'hommes, qui semble très minoritaire (21 % dans l'industrie en général), remonte pourtant à 40 % lorsqu'il s'agit des postes de direction. 

 

Le pourcentage de blancs ne diminue que pour les fonctions marketing, où la catégorie des Asiatiques passe de 7 à 10 %. On remarque ensuite que l'industrie générale n'est constituée qu'à 4 % de personnes noires, à 7 % d'Asiatiques ou de natifs d'Hawaï ou d'une autre île du Pacifique, à 6 % d'Hispaniques, Latinos ou Mexicains.

 

La catégorie reflétant le moins de diversité est celle des chroniqueurs de livres, dont le personnel est à 89 % blanc, et où le pourcentage de noirs chute à 1 %. Cette catégorie comprend également 12 % de personnes handicapées (contre 4 % aux fonctions dirigeantes, et 8 % dans l'industrie en général). 

 

Maintenant, la connaissance de ces chiffres participera-t-elle réellement à améliorer la diversité dans le milieu de l'édition ? « Connaître ces statistiques nous donne une manière de mesurer les progrès que nous ferons, mais seules les actions peuvent permettre de changer les choses », conclut le rapport. 

 

En avril 2015, la Society of Authors, représentative des auteurs britanniques, dénonçait une industrie du livre au manque cruel de diversité. Dans un rapport accablant, la SoA recommandait à l’industrie du livre de faire un effort  : « La littérature devrait rendre compte de la diversité au sein de la société, et même aller plus loin. [...] Une industrie de l’édition qui ne rend pas compte de la société dessert les auteurs, les lecteurs et elle-même. »

 

En novembre 2015, une fillette de 11 ans lançait une campagne #1000blackgirlbooks appelant à représenter plus de jeunes filles noires dans les livres, dans lesquels elle aimerait pouvoir davantage s'identifier.