Le Moniteur de l'Odéon n'émettra plus : les architectes montent au créneau

Clément Solym - 28.11.2012

Edition - Librairies - librairie Le Moniteur - fermeture - Place de l'Odéon


Décidée depuis la fin du mois de septembre, la fermeture de la librairie Le Moniteur du quartier Odéon se concrétisera dès vendredi soir. Les explications avancées par le groupe reprennent un refrain désormais bien connu, loyer en hausse et baisse de la fréquentation... Des réalités certes confirmées par les employés, mais une toute autre hypothèse pourrait expliquer la fermeture.

 

 

 

 

Dans un communiqué publié sur son propre site, le Groupe Moniteur fait part de son intention de « transférer l'activité de ce point de vente sur ses 2 autres librairies », celles de la rue d'Uzès, au siège social du groupe, et celle de la Cité de l'Architecture et du Patrimoine. Spécialisée dans l'architecture et le design comme ses confrères,  la librairie de l'Odéon subit le contrecoup d'un quartier « qui n'est pas favorable au commerce des librairies ».

 

Au sein de la librairie encore en activité jusqu'à la fin de la semaine, Samuel Hoppe, le responsable de l'établissement, confirme une « baisse notable des ventes et de la fréquentation ». « Une réalité » pour ce libraire, depuis 7 ans au sein du Groupe Moniteur. Sur les 6 employés de la librairie, en comptant la directrice générale des librairies, 3 personnes conservent leurs postes dans les 2 librairies restantes, et 3 autres seront licenciées. 1 poste supplémentaire sera créé dans un des deux établissements restants.

 

Faire vivre l'architecture

 

Dès l'annonce de la fermeture, l'éditeur Dominique Carré a pris place devant son pupitre pour rédiger une lettre envoyée au ministère de la Culture et à Lyne Cohen-Solal, maire du 5e arrondissement. Dans l'épître, il demande aux autorités d'agir : si le ministère n'a pas donné suite, Lyne Cohen-Solal « a réagi assez rapidement, a rencontré les libraires et s'est tenue à leur disposition. Un local a d'ailleurs été proposé aux libraires souhaitant monter leur propre structure. »

 

La lettre, reformulée en tribune pour le journal Libération (abonnés uniquement), pointe le recours à un mécanisme financier particulier, le Leveraged Buy Out, qui consiste en l'achat, la rentabilisation maximale, puis la revente d'une société ou d'une entreprise. Dernier propriétaire en date, Bridgepoint, un fonds de pension qui en a assez vu avec l'architecture.

 

Si le transfert des fonds de la place d'Odéon à la rue d'Uzès est bel et bien programmé par le groupe, les éditeurs d'ouvrages d'architecture déplorent « la disparition d'un point de vente important. Toutes les grandes villes qui se respectent font vivre l'architecture. La librairie Le Moniteur y contribue, et reste un rendez-vous pour les architectes de passage à Paris » explique Dominique Carré. « Et puis nous sommes bien en affaires, ils nous font vivre comme nous les faisons vivre. »

 

Les clients de la librairie de la Place de l'Odéon, eux, craignent la disparition d'une partie de l'offre : celle de la Cité de l'Architecture propose « des ouvrages centrés sur les expositions, ce qui est normal », tandis que celle de la rue d'Uzès reste « très technique » détaille encore l'éditeur.

 

Les libraires invitent leurs clients, et les retardataires, à venir une dernière fois Place de l'Odéon vendredi, tandis qu'une pétition en ligne, aux contours plutôt flous quant à la concrétisation des actions, est disponible. 2500 personnes, tout de même, l'ont déjà signé.