Le mythe des 'intellectuels' s'effondre autour de l'affaire Dreyfus

Clément Solym - 26.08.2010

Edition - Société - intellectuels - religion - dreyfusards


L'affaire Dreyfus, pour les mémoires défaillantes, commence avec la condamnation à l'isolement à vie de l'officier Albert Dreyfus, accusé de trahison en faveur des Allemands. Son frère Mathieu, convaincu de son innocence, tente d'éveiller les consciences.

La France se divise alors en deux : Dreyfusards (Zola, Clemenceau), autoproclamés les intellectuels, qui se rallient sous la bannière de Zola et de son réquisitoire « J'accuse ». En face, les anti-Dreyfusards (Maurras, Drumont), taxés d'antisémitisme, - Dreyfus est juif – qui rassemblent, en gros, l'Église, l'armée et une partie de l'État. L'officier est finalement gracié, et la sentence cassée quelques années après.

Mais l'importance de cette affaire dans la construction de la société française a donné lieu à de nombreux ouvrages. Nombreux aussi sont les historiens, analystes et autres consultants qui se sont échinés sur « l'affaire Dreyfus ».

Le mythe des intellectuels s'effondre


Et la dernière en date est Ruth Harris. historienne anglaise spécialiste de l'Histoire française, personne ne nous connaît aussi bien que notre meilleur ennemi, et professeur à Oxford. Son livre, The Man on Devil's Island ( L'homme sur l'ile du Diable, 2010) est une avancée majeure dans l'analyse de l'évènement. Plutôt que d'y voir deux clans bien opposés, les bons et les mauvais, comme nous aimons à le penser de par chez nous, Ruth Harris montre les liens entre les deux partis. Les « intellectuels », qu'elle soutient (peut-il en être autrement ?) en prennent pour leur grade.

L'idée que l'on s'était faite jusque-là de l'affaire est plutôt simple. Nous avions assimilé les deux camps à la droite et la gauche politique française. Avec les intellectuels à gauche, et les catholiques à droite. Comme si nous étions Américains (c'est pratique parfois).

Premier point : alors que les Dreyfusards décrient un complot catholique, le frêre Mathieu s'est largement appuyé sur la religion pour défendre la cause de son aîné. Et il est de notoriété publique que les préceptes du catholicisme sont bien plus proches de la gauche, que de la droite - et ce, même si le regretté G.W.Bush a remis au goût du jour les Croisades.

Les mêmes idées..

De même, les Dreyfusards rejettent l'obscurantisme et l'autoritarisme de leurs adversaires. Ils se posent comme défenseurs de la science, alors que beaucoup d'entre eux versent dans les sciences occultes, à commencer par Mathieu. Ils pointent également du doigt l'antisémitisme – prouvé – des anti-Dreyfusards, alors qu'ils ont tendance à partager, sans se l'avouer, les mêmes idées.

Mais Ruth Harris va plus loin. Parmi les ambiguïtés qu'elle relève : absolutisme, rigidité, préjugés, racisme et militarisme à droite. Guère plus reluisant à gauche : intolérance des engagements religieux, individualisme, et rejet du patriotisme. Des notions, sont selon elle, encore bien présentes. Tout comme l'étrange ressemblance entre les deux partis, et le flou artistique par lequel deux côtés finalement semblables tentent de se différencier. Un regard sur notre société qui fait froid dans le dos.

Car même si l'histoire est au programme scolaire, nous ne serions toujours pas aptes de l'analyser, et d'en tirer les leçons. Alors, à quoi bon ?